XIX

«La faune offre, comme la flore, une propension très-générale à

devenir grimpante. Disons d'abord que, dans les forêts vierges, la

faune est bien moins nombreuse et bien moins variée qu'on ne le

supposerait _à priori_. Elle compte un certain nombre de mammifères,

d'oiseaux et de reptiles, mais extrêmement disséminés, et fuyant tous

l'homme, dont ils ont grand'peur. Dans cette vaste région uniformément

couverte de bois, les animaux n'abondent que dans certaines localités

propices qui les attirent. Le Brésil entier est pauvre en mammifères

terrestres, et les espèces sont toutes de petite taille; elles ne se

détachent point sur le fond du paysage. Le chasseur y chercherait en

vain des groupes analogues aux troupeaux de bisons de l'Amérique du

Nord, aux bandes d'antilopes, aux compagnies de pesants pachydermes

de l'Afrique du Sud. Au Brésil, la grande majorité de la faune

mammifère, qui est aussi la plus intéressante, vit habituellement sur

les arbres. Tous les singes du bassin de l'Amazone, ou plutôt tous

ceux de l'Amérique du Sud, sont des grimpeurs. Pas un seul groupe

correspondant aux babouins de l'ancien monde, qui vivent à terre. On

ne connaît point d'animaux mieux organisés pour vivre sur les arbres

que les singes de l'Amérique méridionale des genres alouate, atèle,

lagotriche, sapajou, saki, sagoin et nocthore, dont la plupart ont,

comme en guise de cinquième main, une queue musculeuse, nue en dessous

et prenante. Un genre de carnivores plantigrades voisins de l'ours

(les cercoleptes), qu'on ne rencontre que dans les forêts de

l'Amazone, habite exclusivement les arbres et possède une queue longue

et flexible comme celle des singes du nouveau monde. Les gallinacés

mêmes, qui tiennent ici la place des poules et faisans de l'Asie et de

l'Afrique, ont les doigts disposés de manière à pouvoir percher, et on

ne les voit jamais que sur la cime des arbres. Beaucoup de genres ou

d'espèces de géophiles, c'est-à-dire d'insectes carnivores qui vivent

ailleurs sous la terre, ont aussi des pattes conformées pour vivre sur

les branches et les feuilles. M. Bates, qui adopte les théories de

Darwin, voit dans ces faits la preuve que la faune de l'Amérique

méridionale s'est insensiblement accommodée à la vie des bois, et il

en conclut qu'il y a toujours eu dans cette région de vastes forêts,

dès l'apparition des mammifères.»

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 104 / 140 题