VIII

«Lorsque je quittai l'Allemagne pour retourner dans les îles danoises,

dit Tycho Brahé, je m'arrêtai (_ut aulicæ vitæ fastidium lenirem_)

dans l'ancien cloître admirablement situé d'Herritzwald, appartenant à

mon oncle Sténon Bille, et j'y pris l'habitude de rester dans mon

laboratoire de chimie jusqu'à la nuit tombante.

«Un soir que je considérais, comme à l'ordinaire, la voûte céleste

dont l'aspect m'est si familier, je vis avec un étonnement indicible,

près du zénith, dans Cassiopée, une étoile radieuse d'une grandeur

extraordinaire. Frappé de surprise, je ne savais si j'en devais croire

mes yeux. Pour me convaincre qu'il n'y avait point d'illusion, et pour

recueillir le témoignage d'autres personnes, je fis sortir les

ouvriers occupés dans mon laboratoire, et je leur demandai, ainsi qu'à

tous les passants, s'ils voyaient, comme moi, l'étoile qui venait

d'apparaître tout à coup. J'appris plus tard qu'en Allemagne des

voituriers et d'autres gens avaient prévenu les astronomes du peuple

d'une grande apparition dans le ciel, ce qui a fourni l'occasion de

renouveler les railleries accoutumées contre les hommes de science

(comme pour les comètes dont la venue n'avait pas été prédite).

«L'étoile nouvelle, continue Tycho, était pourvue de queue; aucune

nébulosité ne l'entourait; elle ressemblait de tout point aux autres

étoiles; seulement elle scintillait encore plus que les étoiles de

première grandeur. Son éclat surpassait celui de Sirius, de la Lyre et

de Jupiter. On ne pouvait le comparer qu'à celui de Vénus, quand elle

est le plus près possible de la Terre (alors un quart seulement de sa

surface est éclairé pour nous). Des personnes pourvues d'une bonne vue

pouvaient distinguer cette étoile pendant le jour, même en plein midi,

quand le ciel était pur. La nuit, par un ciel couvert, lorsque toutes

les autres étoiles étaient voilées, l'étoile nouvelle est restée

plusieurs fois visible à travers des nuages assez épais.

«Les distances de cette étoile à d'autres étoiles de Cassiopée, que je

mesurai l'année suivante avec le plus grand soin, m'ont convaincu de

sa complète immobilité. À partir du mois de décembre 1572, son éclat

commença à diminuer, etc., etc.»

D'autres, selon M. de Laplace lui-même, sont des astres non détruits,

mais éteints, qui gardent leur place dans le ciel et éclipsent les

autres. Les étoiles, par leur changement de place relativement à la

Terre, servent à motiver les pas que notre système planétaire lui-même

fait en s'avançant dans l'espace absolu. On peut _conjecturer_, sans

le savoir, que tous ces mouvements des cieux étoilés sont gouvernés de

plus loin par un grand astre universel, dont notre propre soleil

dépend.

D'immenses énumérations et considérations sur les volcans du globe,

sortes d'embouchures de ses veines de feu, remplissent ce quatrième

volume. Elles ne renferment ni faits ni aperçus nouveaux. Aristote en

savait autant au temps d'Alexandre.

Voilà ce procès-verbal de l'univers connu en 1860; ce tableau

immobilier et mobilier des mondes, ce domaine de la pensée humaine.

Ajoutez-y le phénomène de la vie, qui n'est, selon M. de Humboldt,

qu'une combinaison d'hydrogène et d'oxygène, que la _nature_ rallume

et éteint comme une lampe, et qui produit la respiration et la pensée,

et tout est dit.

Voilà le Cosmos de M. de Humboldt.

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 93 / 140 题