Les Arabes apparaissent enfin comme des précurseurs de la race
chinoise; ils répandent, sous les califes, l'unité de Dieu, la
médecine, les mathématiques, le commerce, la géographie, la chimie,
l'algèbre, et disparaissent après avoir annoncé ces grandes
découvertes. Ils fondent Bagdad, capitale du monde oriental civilisé.
L'Espagne, le Portugal, les Anglais, complètent la géographie par la
découverte de l'Amérique et des Indes orientales.
«La période de découvertes dans les espaces terrestres, l'ouverture
soudaine d'un continent inconnu, n'ont pas ajouté seulement à la
connaissance du globe; elles ont agrandi l'horizon du monde, ou, pour
m'exprimer avec plus de précision, elles ont élargi les espaces
visibles de la voûte céleste. Puisque l'homme, en traversant des
latitudes différentes, voit changer en même temps la terre et les
astres, suivant la belle expression du poëte élégiaque Garcilaso de la
Vega, les voyageurs devaient, en pénétrant vers l'équateur, le long
des deux côtes de l'Afrique et jusque par-delà la pointe méridionale
du Nouveau Monde, contempler avec admiration le magnifique spectacle
des constellations méridionales. Il leur était permis de l'observer
plus à l'aise et plus fréquemment que cela n'était possible au temps
d'Hiram ou des Ptolémées, sous la domination romaine et sous celle des
Arabes, quand on était borné à la mer Rouge ou à l'océan Indien,
c'est-à-dire à l'espace compris entre le détroit de Bab-el-Mandeb et
la presqu'île occidentale de l'Inde. Au commencement du XVIe siècle,
Amerigo Vespucci dans ses lettres, Vicente Yañez Pinzon, Pigafetta,
compagnon de Magellan et d'Elcano, ont décrit les premiers, et sous
les couleurs les plus vives, comme l'avait fait Andrea Corsali lors de
son voyage à Cochin dans les Indes orientales, l'aspect du ciel du
Midi, au-delà des pieds du Centaure et de la brillante constellation
du Navire Argo. Amerigo, littérairement plus instruit, mais aussi
moins véridique que les autres, célèbre, non sans grâce, la lumière
éclatante, la disposition pittoresque et l'aspect étrange des étoiles
qui se meuvent autour du pôle Sud, lui-même dégarni d'étoiles. Il
affirme, dans sa lettre à Pierre-François de Médicis, que, dans son
troisième voyage, il s'est soigneusement occupé des constellations
méridionales, qu'il a mesuré la distance des principales d'entre elles
au pôle et qu'il en a reproduit la disposition. Les détails dans
lesquels il entre à ce sujet font peu regretter la perte de ces
mesures.»