XVII

Pline l'Ancien décrit en prose la nature; les Indes orientales et la

Perse offrent des modèles de belles descriptions. La poésie biblique

est un lyrisme pieux.

«Grâce à l'uniformité qui s'est conservée dans les moeurs et dans les

habitudes de la vie nomade, les voyageurs modernes ont pu confirmer la

vérité de ces tableaux. La poésie lyrique est plus ornée et déploie la

vie de la nature dans toute sa plénitude. On peut dire que le 103e

psaume est à lui seul une esquisse du monde. «Le Seigneur, revêtu de

lumière, a étendu le ciel comme un tapis. Il a fondé la terre sur sa

propre solidité, en sorte qu'elle ne vacillât pas dans toute la durée

des siècles. Les eaux coulent du haut des montagnes dans les vallons,

aux lieux qui leur ont été assignés, afin que jamais elles ne passent

les bornes prescrites, mais qu'elles abreuvent tous les animaux des

champs. Les oiseaux du ciel chantent sous le feuillage. Les arbres de

l'Éternel, les cèdres que Dieu lui-même a plantés, se dressent pleins

de séve; les oiseaux y font leur nid, et l'autour bâtit son habitation

sur les sapins.» Dans le même psaume est décrite la mer «où s'agite la

vie d'êtres sans nombre. Là passent les vaisseaux et se meuvent les

monstres que tu as créés, ô Dieu, pour qu'ils s'y jouassent

librement.» L'ensemencement des champs, la culture de la vigne, qui

réjouit le coeur de l'homme, celle de l'olivier, y ont aussi trouvé

place. Les corps célestes complètent ce tableau de la nature. «Le

Seigneur a créé la lune pour mesurer le temps, et le soleil connaît le

terme de sa course. Il fait nuit, les animaux se répandent sur la

terre, les lionceaux rugissent après leur proie et demandent leur

nourriture à Dieu. Le soleil paraît, ils se rassemblent et se

réfugient dans leurs cavernes, tandis que l'homme se rend à son

travail et fait sa journée jusqu'au soir.» On est surpris, dans un

poëme lyrique aussi court, de voir le monde entier, la terre et le

ciel, peints en quelques traits. À la vie confuse des éléments est

opposée l'existence calme et laborieuse de l'homme, depuis le lever du

soleil jusqu'au moment où le soir met fin à ses travaux. Ce contraste,

ces vues générales sur l'action réciproque des phénomènes, ce retour à

la puissance invisible et présente qui peut rajeunir la terre ou la

réduire en poudre, tout est empreint d'un caractère sublime plus

propre, il faut le dire, à étonner qu'à émouvoir.

«De semblables aperçus sur le monde sont souvent exposés dans les

psaumes, mais nulle part d'une manière plus complète que dans le

trente-septième chapitre du livre de Job, assurément fort ancien, bien

qu'il ne remonte pas au-delà de Moïse. On sent que les accidents

météorologiques qui se produisent dans la région des nuages, les

vapeurs qui se condensent ou se dissipent, suivant la direction des

vents, les jeux bizarres de la lumière, la formation de la grêle et du

tonnerre, avaient été observés avant d'être décrits. Plusieurs

questions aussi sont posées, que la physique moderne peut ramener sans

doute à des formules plus scientifiques, mais pour lesquelles elle n'a

pas trouvé encore de solution satisfaisante. On tient généralement le

livre de Job pour l'oeuvre la plus achevée de la poésie hébraïque. Il

y a autant de charme pittoresque dans la peinture de chaque phénomène

que d'art dans la composition didactique de l'ensemble. Chez tous les

peuples qui possèdent une traduction du livre de Job, ces tableaux de

la nature orientale ont produit une impression profonde. «Le Seigneur

marche sur les sommets de la mer, sur le dos des vagues soulevées par

la tempête.--L'aurore embrasse les contours de la terre et façonne

diversement les nuages, comme la main de l'homme pétrit l'argile

docile.» On trouve aussi décrites dans le livre de Job les moeurs des

animaux, de l'âne sauvage et du cheval, du buffle, de l'hippopotame et

du crocodile, de l'aigle et de l'autruche. Nous y voyons «l'air pur,

quand viennent à souffler les vents dévorants du Sud, étendu comme un

miroir poli sur les déserts altérés.» Là où la nature est plus avare

de ses dons, elle aiguise les sens de l'homme, afin qu'attentif à tous

les symptômes qui se manifestent dans l'atmosphère et dans la région

des nuages, il puisse, au milieu de la solitude des déserts ou sur

l'immensité de l'Océan, prévoir toutes les révolutions qui se

préparent. C'est surtout dans la partie aride et montagneuse de la

Palestine que le climat est de nature à provoquer ces observations. La

variété ne manque pas non plus à la poésie des Hébreux. Tandis que,

depuis Josué jusqu'à Samuel, elle respire l'ardeur des combats, le

petit livre de Ruth la glaneuse offre un tableau de la simplicité la

plus naïve et d'un charme inexprimable. Goethe, à l'époque de son

enthousiasme pour l'Orient, l'appelait le poëme le plus délicieux que

nous eût transmis la muse de l'épopée et de l'idylle.»

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 83 / 140 题