Pline l'Ancien décrit en prose la nature; les Indes orientales et la
Perse offrent des modèles de belles descriptions. La poésie biblique
est un lyrisme pieux.
«Grâce à l'uniformité qui s'est conservée dans les moeurs et dans les
habitudes de la vie nomade, les voyageurs modernes ont pu confirmer la
vérité de ces tableaux. La poésie lyrique est plus ornée et déploie la
vie de la nature dans toute sa plénitude. On peut dire que le 103e
psaume est à lui seul une esquisse du monde. «Le Seigneur, revêtu de
lumière, a étendu le ciel comme un tapis. Il a fondé la terre sur sa
propre solidité, en sorte qu'elle ne vacillât pas dans toute la durée
des siècles. Les eaux coulent du haut des montagnes dans les vallons,
aux lieux qui leur ont été assignés, afin que jamais elles ne passent
les bornes prescrites, mais qu'elles abreuvent tous les animaux des
champs. Les oiseaux du ciel chantent sous le feuillage. Les arbres de
l'Éternel, les cèdres que Dieu lui-même a plantés, se dressent pleins
de séve; les oiseaux y font leur nid, et l'autour bâtit son habitation
sur les sapins.» Dans le même psaume est décrite la mer «où s'agite la
vie d'êtres sans nombre. Là passent les vaisseaux et se meuvent les
monstres que tu as créés, ô Dieu, pour qu'ils s'y jouassent
librement.» L'ensemencement des champs, la culture de la vigne, qui
réjouit le coeur de l'homme, celle de l'olivier, y ont aussi trouvé
place. Les corps célestes complètent ce tableau de la nature. «Le
Seigneur a créé la lune pour mesurer le temps, et le soleil connaît le
terme de sa course. Il fait nuit, les animaux se répandent sur la
terre, les lionceaux rugissent après leur proie et demandent leur
nourriture à Dieu. Le soleil paraît, ils se rassemblent et se
réfugient dans leurs cavernes, tandis que l'homme se rend à son
travail et fait sa journée jusqu'au soir.» On est surpris, dans un
poëme lyrique aussi court, de voir le monde entier, la terre et le
ciel, peints en quelques traits. À la vie confuse des éléments est
opposée l'existence calme et laborieuse de l'homme, depuis le lever du
soleil jusqu'au moment où le soir met fin à ses travaux. Ce contraste,
ces vues générales sur l'action réciproque des phénomènes, ce retour à
la puissance invisible et présente qui peut rajeunir la terre ou la
réduire en poudre, tout est empreint d'un caractère sublime plus
propre, il faut le dire, à étonner qu'à émouvoir.
«De semblables aperçus sur le monde sont souvent exposés dans les
psaumes, mais nulle part d'une manière plus complète que dans le
trente-septième chapitre du livre de Job, assurément fort ancien, bien
qu'il ne remonte pas au-delà de Moïse. On sent que les accidents
météorologiques qui se produisent dans la région des nuages, les
vapeurs qui se condensent ou se dissipent, suivant la direction des
vents, les jeux bizarres de la lumière, la formation de la grêle et du
tonnerre, avaient été observés avant d'être décrits. Plusieurs
questions aussi sont posées, que la physique moderne peut ramener sans
doute à des formules plus scientifiques, mais pour lesquelles elle n'a
pas trouvé encore de solution satisfaisante. On tient généralement le
livre de Job pour l'oeuvre la plus achevée de la poésie hébraïque. Il
y a autant de charme pittoresque dans la peinture de chaque phénomène
que d'art dans la composition didactique de l'ensemble. Chez tous les
peuples qui possèdent une traduction du livre de Job, ces tableaux de
la nature orientale ont produit une impression profonde. «Le Seigneur
marche sur les sommets de la mer, sur le dos des vagues soulevées par
la tempête.--L'aurore embrasse les contours de la terre et façonne
diversement les nuages, comme la main de l'homme pétrit l'argile
docile.» On trouve aussi décrites dans le livre de Job les moeurs des
animaux, de l'âne sauvage et du cheval, du buffle, de l'hippopotame et
du crocodile, de l'aigle et de l'autruche. Nous y voyons «l'air pur,
quand viennent à souffler les vents dévorants du Sud, étendu comme un
miroir poli sur les déserts altérés.» Là où la nature est plus avare
de ses dons, elle aiguise les sens de l'homme, afin qu'attentif à tous
les symptômes qui se manifestent dans l'atmosphère et dans la région
des nuages, il puisse, au milieu de la solitude des déserts ou sur
l'immensité de l'Océan, prévoir toutes les révolutions qui se
préparent. C'est surtout dans la partie aride et montagneuse de la
Palestine que le climat est de nature à provoquer ces observations. La
variété ne manque pas non plus à la poésie des Hébreux. Tandis que,
depuis Josué jusqu'à Samuel, elle respire l'ardeur des combats, le
petit livre de Ruth la glaneuse offre un tableau de la simplicité la
plus naïve et d'un charme inexprimable. Goethe, à l'époque de son
enthousiasme pour l'Orient, l'appelait le poëme le plus délicieux que
nous eût transmis la muse de l'épopée et de l'idylle.»