«Nous apprîmes tout à coup, avec frayeur, au commencement de mai 1859,
que Humboldt, sortant à la fin d'avril d'une réunion pour revenir à la
maison de Mendelssohn, avait éprouvé un refroidissement qui le tenait
au lit. Hélas! le bulletin publié, le 2 mai, par les deux médecins
Romberg et Traube faisait prévoir une issue funeste. Il y avait douze
jours qu'il gardait le lit, avant la publication de ces bulletins
médicaux; ses forces physiques avaient visiblement décliné, mais sa
vigueur d'esprit avait toute sa puissance, quoique la voix fût un peu
plus fatiguée. Le 1er mai au soir, d'après le bulletin des médecins,
la fièvre s'était un peu calmée, le catarrhe avait diminué, mais
l'état d'affaissement des forces était toujours alarmant. Pendant que
son esprit était maître de lui-même et qu'il reconnaissait son
entourage, la somnolence se joignit à l'abattement des forces, la
respiration devint courte et irrégulière; les médecins constatèrent
dans leur bulletin une faiblesse croissante. Jusque vers la dernière
heure, son intelligence resta nette, ses dernières pensées se
reportèrent avec lucidité vers ce roi éloigné de lui, ce roi malade
aussi et qui l'avait tant aimé. Il répondit encore clairement aux
questions faites à voix basse par les membres de la famille réunis
avec sollicitude autour de son lit, et surtout de sa chère nièce
l'épouse du ministre de Bülow et de son neveu le général de Hedemann,
enfin de son fidèle serviteur Seiffert... Alors il se tut et ferma les
yeux, sans souffrance, le 6 mai, à deux heures et demie de
l'après-midi, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, sept mois et quelques
jours.»