Quelques mois plus tard, me trouvant à Naples au moment où le Vésuve
faisait sa mémorable explosion de 1811, je retrouvai le ministre
prussien dans cette ville. Je sollicitai la permission de me joindre à
lui pour aller observer de près, pendant une de ces nuits solennelles,
le phénomène du volcan en éruption, pour entendre, de sa bouche
savante et éloquente, les observations du Pline allemand sur cette
illumination du volcan; il eut la bonté de me l'accorder. Nous
partîmes de Naples à la nuit tombante; nous quittâmes nos voitures à
Portici, dont le fleuve de lave coupait la route; nous nous avançâmes
à travers les vignes crépitantes et les arbres incendiés par l'haleine
de feu; nous passâmes la nuit et la matinée du jour suivant en
présence de l'incendie de la terre. Guillaume écrivait, comme
autrefois Pline, des notes sur l'éruption pour les envoyer à son
frère; quant à lui, il parlait peu, il frissonnait comme nous aux
secousses du sol, et à la chute des peupliers enveloppés de leurs
treillages de flammes. Nous revînmes en silence à Naples au milieu du
jour. Je ne le revis plus; il fut nommé ambassadeur à Londres, puis au
congrès de Vienne, et mourut peu d'années après à Tégel, où il avait
passé son enfance. Homme naturel, grand de sa propre grandeur,
modeste, paisible, et ne demandant à personne une grandeur supérieure
à celle que Dieu lui avait permis de développer pour sa patrie.