XIII

Sa vie était celle d'un sage qui a semé dans les agitations et qui a

récolté ce qu'il a semé, la paix. Je ne sais pas s'il était dévot,

mais il était honnête homme. La tolérance la plus large était plus que

sa loi, c'était son instinct, son caractère. Les longs rapports qu'il

avait eus dès sa jeunesse avec les hommes d'État de tous les

gouvernements, à commencer par le prince régent, avec Canning,

Stuart, Castelreagh, en Angleterre; Talleyrand, Fouché, Napoléon, en

France; Gentz, Hiebluer, dans le Nord; l'empereur Alexandre, de

Maistre, en Russie; Capo d'Istria, en Grèce; Cimarosa, à Naples, le

grand musicien, ami et successeur de Mozart, prédécesseur de Rossini;

Pozzo di Borgo, Decazes, sous la restauration; Matthieu de

Montmorency, le duc de Laval, Chateaubriand, Marcellus, dans

l'ambassade de France à Rome; Metternich et son école, en Autriche;

Hardenberg, en Prusse: lui avaient enseigné que le vrai christianisme

se compose, sans acception, de ces idées générales qui, sans se

formaliser pour ou contre tel ou tel dogme, généralisent le bien, la

civilisation, la paix sous un nom commun, et font marcher le monde

pacifié non dans l'étroit sentier des sectes, mais dans la large et

libre voie du progrès incontesté sous toutes ces dénominations. Le

plus chrétien de ces gouvernements, à ses yeux, était le plus honnête.

Il n'en haïssait aucun, il les aimait tous. Le Pape pour lui était le

père commun de la civilisation chrétienne. Il n'excluait pas même les

gouvernements de l'Inde, de la Perse, de la Turquie, de la Chine, de

ces égards et de ces assistances politiques. Partout où ces

gouvernements lui montraient une vertu, il disait et il faisait dire

au Pape: «C'est une partie de mon Église, et c'est ainsi que je la

reçois et que je la conserve universelle.» Aussi ne peut-on, malgré

tous les efforts contraires, montrer sous Pie VII la semence d'un

schisme qui ait fructifié dans le monde. Les schismes sont étroits; la

tolérance, mère de la bienveillance, les tue en les laissant respirer

en liberté. Cet embrassement universel du coeur était toute sa

politique. Elle avait résisté dans le Pape et dans lui à toutes les

iniquités et à toutes les persécutions; elle avait triomphé par toute

la terre, et le calme des consciences était son fruit. Quel est le

souverain, quel est le grand ministre en Europe qui eût pu dire: «Je

ne suis pas de la religion de Pie VII et de Consalvi?» L'amitié était

sa nature, l'amitié était sa doctrine, l'amitié était l'unique charme

de sa vie.

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 38 / 140 题