Dès son enfance il était remarquablement beau; non de cette beauté
ostentative qui s'étale et qui s'affiche sur la physionomie, mais de
cette beauté modeste, pleine de pensée et voilée de réticences, qui
s'insinue dans l'âme par le regard. Sa taille, naturellement élevée,
mais légèrement inclinée par la modestie, cette convenance de son âge,
était mince et élégante; ses yeux sincères, son front délicat, sa
bouche accentuée d'une grâce sévère. Il était impossible de le voir
sans attrait; le son de sa voix avait toute la délicatesse de son âme;
il n'y avait jamais eu ni un geste faux dans sa main féminine, ni un
ton affecté dans sa voix. Tout était naturel dans cette franche
nature. Sa démarche lente et rhythmique, sans bruit comme sans
précipitation, résumait son corps merveilleusement cadencé. Sa
physionomie convaincue portait la conviction où portait son regard. Il
n'avait aucune coquetterie où Fénelon en laissait trop percer; son
désir de plaire ne s'affectait pas, il plaisait en se montrant;
c'était un être persuasif, politique sans le savoir, diplomate sans le
vouloir; il parlait peu et à demi-voix; ce n'était pas sa voix,
c'était sa personne qui était éloquente. Tel était tout jeune le
cardinal Consalvi. Il avait des envieux, mais point d'ennemis.
On peut dire qu'il était resté jeune jusqu'à soixante-sept ans, âge où
un chagrin de son coeur fut plus fort que la fermeté de son esprit, et
où la mort de son ami le tua. Je l'ai connu peu d'années avant sa fin;
le portrait que je fais de ses années pleines et mûres serait
certainement le portrait vivant de ses premières. Je crois le voir
encore et je crois le revoir à vingt ans. L'âge des sens change avec
les années, l'âge de la physionomie ne change pas; c'est l'âge de
l'âme. Quand je le connus, il touchait à la vieillesse; mais cette
vieillesse avait toute la grâce même de la jeunesse, la douceur, la
sérénité, l'accueil souriant des belles années. Le pressentiment du
repos définitif se faisait place à travers les dernières fatigues du
jour; il jouissait à moitié de l'apaisement que sa politique, si
conforme au génie de son maître, avait assuré à l'Europe.