Napoléon songeait alors à séduire les cardinaux afin d'élever autel
contre autel, par un concile soumis à ses inspirations. Les manoeuvres
hostiles du cardinal Fesch contre Consalvi dans cette circonstance se
combinent avec la tentative avortée du concile pour exaspérer de plus
en plus l'Empereur contre l'ami de Pie VII.
Jusqu'aux désastres de 1813 et de 1814, l'histoire de Consalvi n'est
que le martyrologe volontaire de ses exils, de ses misères et de ses
persécutions. Avant la dernière campagne de Napoléon en France, il
sentit la nécessité de se réconcilier avec Pie VII, captif à
Fontainebleau. Il s'y rendit avec la jeune impératrice, sous prétexte
d'une partie de chasse. Il promit tout au Pape à condition de
certaines concessions innocentes, au moyen desquelles il lui
restituait ses États. Le Pape, si fidèle quand ses intérêts seuls
étaient en question, fut doux et conciliant devant les caresses de
l'Empereur. Il consentit et signa tout, au premier moment. L'Empereur
repartit pour Paris avec la signature de ce nouveau traité; mais les
cardinaux, conseillers du Pape, lui ayant été rendus, ils l'alarmèrent
sur ses concessions et le firent regretter sa complaisance. Tout fut
rompu et s'envenima. Pie VII reprit le rôle de martyr.
Après l'abdication de 1814, le consentement de l'Empereur et la force
des événements le rendirent libre. Il reprit la route de Rome. Arrivé
à Bologne, il y trouva le roi de Naples Murat, dont l'équivoque
intervention hésitait entre la soumission au Saint-Siége et l'appel à
l'insurrection de toute l'Italie contre l'Autriche et contre la France
elle-même. En présence du pape Murat n'osa pas se prononcer. Il le
laissa passer pour se donner du temps; Pie VII passa et arriva à Rome
porté sur les bras et sur le coeur du peuple. Il reprit les rênes et
rappela son ami Consalvi au gouvernement.
Pendant cette indécision, Murat se déclara, livra bataille aux
Autrichiens, fut défait et se réfugia à Naples d'où il s'embarqua pour
Toulon, puis pour la Calabre, où la mort l'attendait; mort cruelle où
un roi héroïque tombait sous la balle d'un roi à peine restauré; tache
de sang sur deux couronnes, qui tuait le vainqueur autant que le
vaincu!