M. DE LAMARZELLE.--Eh bien, je répète que l’introduction, dans
la chapelle, des œuvres de Rodin, telles qu’elles sont décrites dans
le rapport de M. Simyan, serait un acte blessant, non pas seulement pour
tous les catholiques, mais pour tous ceux qui ont certains sentiments de
délicatesse.
Tout à l’heure, on nous disait avec éloquence: «Alors que tant
d’œuvres d’art sont détruites par la guerre, c’est le moment,
pour l’État, d’en acquérir d’autres.» Je renverse l’argument et je
dis: Ce n’est pas au moment où tant d’églises catholiques viennent
d’être détruites par l’envahisseur--plus de trois mille!--qu’il faut,
permettez-moi de prononcer le mot qui est sur mes lèvres et que je ne
prends pas dans son sens mondain mais dans le sens religieux, qu’il faut
déshonorer une chapelle!
M. LE RAPPORTEUR.--Les œuvres auxquelles il est fait
allusion sont de petites œuvres; elles sont dans l’hôtel Biron.
Mais, dans la chapelle, il n’y aura que la vingtaine des grands
chefs-d’œuvre devant lesquels la mère, sans danger, pourra conduire
sa fille.
M. DE LAMARZELLE.--Oui, tant que vous serez là, peut-être, mais
c’est un musée pour toujours que vous créez!
Je dis que, dans ce moment où nous sommes si unis--nous venons de le
constater une fois de plus tout à l’heure à l’audition du remarquable
discours de M. le ministre des Finances--vous devez faire disparaître de
ce projet cette cause de division.
Je ne vous demande que peu de chose: retirer la chapelle de la donation;
admettez même, si vous voulez, qu’elle soit rendue au culte: vous
devez bien cela aux catholiques de France, si unis avec vous sur tous
les terrains, dans un patriotisme complet, comme M. le ministre des
Finances vient de vous le dire. (_Très bien! très bien! à droite._)
M. LE PRÉSIDENT.--Je consulte le Sénat sur la prise en
considération de l’amendement de M. de Lamarzelle, dont j’ai donné
lecture.
(Le Sénat n’a pas adopté.)
M. LE PRÉSIDENT.--M. de Lamarzelle se proposait d’ajouter la
disposition suivante:
«Toutefois, il sera ajouté à l’article 3 de la deuxième donation, après
les mots «destiner par la suite» ceux-ci: «et qui auront été comptées
par une commission nommée par le sous-secrétaire d’État des Beaux-Arts.»
Mais cet amendement portant, non sur l’article unique, mais sur le
texte même de la convention, je ne puis le mettre en délibération.
(_Assentiment._)