M. LE PRÉSIDENT.--La parole est à M. le sous-secrétaire d’État
des Beaux-Arts.
M. LE SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT.--L’adoption de la proposition de
l’honorable M. de Lamarzelle aurait comme conséquence directe l’échec
complet de l’acceptation, par le Parlement, de la donation Rodin. Il ne
faut pas s’y tromper, en effet.
M. de Lamarzelle voudra bien croire que ceux de ses collègues qui
voteront et les membres du Gouvernement qui ont déposé le projet Rodin
ont, comme lui, le souci de l’avenir des mutilés de la guerre. Mais il
ne faudrait tout de même pas, sous le prétexte d’assurer à ces derniers
un abri que nous pouvons facilement leur trouver ailleurs, que l’on
fît échouer d’une façon définitive la donation qui doit enrichir l’art
français. J’ai confiance que le Sénat repoussera le contre-projet de M.
de Lamarzelle. (_Très bien! très bien!_)
M. LE PRÉSIDENT.--Je consulte le Sénat sur l’amendement
présenté par M. de Lamarzelle comme contre-projet.
(Le Sénat n’a pas adopté.)
M. LE PRÉSIDENT.--M. de Lamarzelle vient de me faire parvenir
plusieurs dispositions additionnelles à l’article unique du projet de
loi.
Avant de les mettre en délibération, je donne une nouvelle lecture de
cet article:
«Sont acceptées définitivement, aux charges et conditions stipulées, les
donations consenties à l’État par M. Auguste Rodin, statuaire, grand
officier de la Légion d’honneur, suivant actes notariés des 1er
avril, 13 septembre et 25 octobre 1916, dont copies sont annexées à la
présente loi.»
Je mets aux voix l’article unique du projet de loi.
(Ce texte est adopté.)
M. LE PRÉSIDENT.--Je donne lecture de la première des
dispositions additionnelles présentées par M. de Lamarzelle: «Ajouter à
la fin de l’article la disposition suivante: A l’exception, toutefois,
des clauses concernant la chapelle, laquelle ne sera pas comprise dans
l’immeuble affecté au musée.»
M. LE PRÉSIDENT DE LA COMMISSION.--La Commission, d’accord avec
le Gouvernement, demande au Sénat de ne pas prendre cet amendement en
considération. (_Très bien!_)
M. LE PRÉSIDENT.--La parole est à M. de Lamarzelle, sur la
prise en considération.
M. DE LAMARZELLE.--Messieurs, je suis un peu étonné, pas trop
cependant, que le Gouvernement repousse mon amendement.
Le Gouvernement lui-même, en effet, dans l’acte de donation, s’est
réservé le droit d’extraire de la donation, si je puis m’exprimer ainsi,
les clauses relatives à la chapelle, c’est-à-dire de reprendre cette
chapelle.
Il a fait preuve en cela d’un sentiment de délicatesse dont je ne
saurais assez le louer. Eh bien, je lui demande d’aller jusqu’au bout et
de décider que la chapelle ne fera pas partie de la donation.
Il serait superflu de revenir sur la nature et la cause des sentiments
qui me guident; mais enfin la chapelle va recevoir certaines œuvres
que vous savez (_Mouvements divers._), je laisse de côté le musée secret.