M. LE PRÉSIDENT DE LA COMMISSION.--Parce qu’on l’a mal placé.

M. LE RAPPORTEUR.--Il fallait le mettre au ras du sol, comme il

l’avait voulu.

M. HERRIOT.--Laissez-nous croire que vous avez eu raison!

(_Sourires_.)

M. DE LAMARZELLE.--Je vous ai dit et je répète encore que je ne

nie pas le talent de Rodin; je m’en garde bien!

L’honorable M. Lintilhac nous a avoué lui-même, dans son rapport,

qu’il y avait des œuvres de Rodin qui étaient au-dessous de

certaines autres; il nous a dit surtout--et c’est le passage de son

rapport qui m’a le plus frappé--qu’il y avait des œuvres absolument

incompréhensibles. Voici, en effet, l’anecdote qu’il nous a racontée:

«C’est ainsi qu’un jour nous cherchions à nous définir celle qui avait

inspiré certaines formes suaves, inachevées, comme ondoyant au creux

d’un bloc de marbre, quand une voix murmura derrière nous: «Des ombres

vues au fond de l’eau.»

Je ne sais pas ce que c’est, mais, pour moi, ce mot lapidaire--je crois

que l’expression est juste--me rappelle cette vieille charge d’atelier,

où l’on vous montre un tableau noir en disant que cela représente un

combat de nègres dans une nuit sans lune.

M. LE RAPPORTEUR.--Les ombres au bord de l’eau, voici ce que

cela signifie.

La _Porte de l’Enfer_, de Rodin, présente la pluie des ombres dont

parle Dante au VIIIe chant de la _Divine comédie_ et, comme

ces ombres incarnent toutes les passions humaines, il en a fait des

symboles de douce pathétique. Ces figures au creux du marbre dont je

ne cherchais pas la beauté--elle est visible--mais dont je cherchais

l’idée, puisqu’il en existe toujours une derrière chaque coup de ciseau

de Rodin, c’est la mer glacée que, dans les bréviaires, dans les livres

de notre religion on représente constamment, la mer glacée des damnés.

Rodin à l'hotel de Biron et à Meudon · 第 200 / 252 题