«Considérez la petite faunesse à genoux, cep enchaîné et qui se
délierait, fruit divin de nature, dardé des calices secrets du sexe»,
et ailleurs «cette faunesse encore, énigmatique et gainée de limon
primitif»; et, plus loin «la petite femme animale, ondine ou singe,
accroupie avec le geste familier et toujours féminin de faire jouer ses
pieds entre ses doigts»... (_Sourires._)
«A mesure, de ses mains immenses et délicates, le grand animateur les
accouche à la vie, au désir, à la beauté, au péché sacré qui transmet la
substance...
«Son œuvre est orgiaque et religieuse comme les mystères de l’Inde
et de la Grèce, selon le rituel même de la vie, qui associe la démence
sexuelle à la fonction génésique.»
Messieurs, beaucoup d’entre nous connaissent la _Femme accroupie_, elle
est sans doute destinée à orner ce qui fut la chapelle du Sacré-Cœur.
J’estime qu’elle figurerait avec plus d’avantages dans le musée des
«accroupis de Vendôme» si jamais il était constitué et ouvert au public.
(_Mouvements divers._) Mais, pour en finir sur ce point, je terminerai
par une pensée du maître empruntée à son livre: _Les Cathédrales._
«Cherchez la beauté.
«Elle existe pour les bêtes, elle les attire. Elle détermine leur choix
dans la saison de l’amour. Elles savent que la beauté est un signe, une
garantie de bonté et de santé. Mais les êtres qui pensent, qui croient
penser, ignorent maintenant ce que les bêtes savent toujours.
«On nous forme pour le malheur. L’abominable éducation qu’on nous impose
nous cache la lumière dès l’enfance.»
Messieurs, il est probable que, dans un avenir plus ou moins prochain,
quand vous aurez déifié Rodin et ses œuvres, on débaptisera le
collège Victor Duruy pour l’appeler le lycée Rodin, et ce sera le genre
d’éducation que l’on donnera à nos filles. (_Exclamations à gauche._)
«On pourrait ainsi et indéfiniment se promener au travers du chaos des
idées exprimées par les Rodinolâtres adorant un faux dieu, infernal
peut-être, ridicule à coup sûr, au gré d’un snobisme artistique suraigu,
qui n’a eu comme pendant que le wagnérisme...»
Ainsi s’exprime M. René Rozet dans son _Idole au socle d’argile_ qu’il
faudrait tire en entier, pour donner toute sa physionomie à l’immense
mystification qu’on entend imposer à l’opinion publique.
Je n’en retiendrai que deux passages, l’un pris au début de sa
magistrale étude, l’autre à la fin...
«Or, puisqu’il n’est point le dieu que l’on prétend, qu’est-ce au fond
que M. Rodin, et qu’est-ce que son art?
«Dément, halluciné, possédé, convulsif... ou mystificateur, M. Rodin
affirme avoir enrichi et même rénové l’art. Cependant, l’œuvre du
grrrrrrrrand sculpteur ne fait illusion d’abondance, que par le nombre
des variantes et de simples répliques. Elle est doublement caractérisée
par une débauche d’ébauches et par la production de ruines toutes neuves.
«Ce qui s’en dégage, c’est l’effort de faire exprimer à la sculpture des
idées que ne comportent pas les limites de cet art, c’est l’insurrection
contre la forme, contre l’ordre, contre l’équilibre, contre la saine
raison, contre la tradition, contre le bon goût, contre le bon sens.»
Et voici la conclusion:
«Son œuvre est, dans son ensemble, une maladie de l’art; à quand la
convalescence? à quand la guérison?
«Demain peut-être. Mais patience. Tôt ou tard, le bon sens outragé se
vengera; circonvenue d’abord, l’opinion rendra un jugement équitable.
Elle assignera à cet artiste une place importante, mais par contre, elle
lui infligera une improbation sévère pour ses théories dissolvantes,
pour son mercantilisme, pour son injustice envers ses confrères et sa
risible adoration de lui-même.
«En dépit de la critique inféodée, qui fait pression sur le public et
sur notre trop crédule gouvernement, le pseudo grand homme ne jouira
pas de l’apothéose finale: ça aura été une longue vogue; ce ne sera pas
la gloire! l’hôtel de Biron ne deviendra pas l’hôtel des Invalides!...
Les œuvres systématiquement fragmentées de M. Rodin auront le sort
qu’elles méritent. Différemment, mais comme le poète dont parle Horace,
elles seront _disjecta membra sculpturæ_.»
Et sans vouloir rien dire de la question financière, pourtant si
troublante sous des apparences de convention--car les 10.812 fr. 50
énumérés au rapport représentent exactement les frais d’entretien d’un
trimestre--je laisse «le mot de la fin» à un grand ami de la France de
l’autre côté des Pyrénées, le très lettré Francis Melgan:
«Quand l’âme nationale est complètement prise par le drame qui se
déroule en Picardie... Quand l’envahisseur occupe encore une partie
importante du territoire de la République il y a un groupe de
parlementaires byzantins qui soulèvent la «question Rodin» et qui font
perdre séance sur séance pour faire une réclame colossale en faveur d’un
artiste égaré et décadent auquel on devrait faire au moins l’aumône du
silence!» (_Mouvements divers._)
Cet écho, venu de loin, messieurs, est aussi la pensée du pays! (_Vifs
applaudissements à droite._)