M. GAUDIN DE VILLAINE.--C’est bien ainsi que je l’entends,
m’adressant à l’auteur du rapport... Derrière eux se profilent d’autres
spéculateurs dont le Sénat, à, son insu, par le vote qu’on attend de
lui, se ferait l’avocat, au détriment du pays, des contribuables et même
au détriment du bon sens.
Le 14 décembre 1909, messieurs, j’ai fait perdre à M. Bernheim
(l’ancien), c’est-à-dire à la bande noire, la première manche; mais
il est d’autres spéculateurs, qui, sans être les parents du premier,
sont peut-être ses cousins dans l’exploitation de la misère ou de la
bêtise humaine, en travaillant dans cette peinture incohérente qui,
aux environs de la Madeleine, exaspère l’œil du passant artiste.
Certains de ces spéculateurs masqués n’auraient-ils pas eu la pensée
de faire au sculpteur Rodin une réclame sensationnelle, et, en lui
obtenant la consécration nationale, de donner à tous les «laissés pour
compte» de l’artiste et, à leur profit, une plus-value énorme, faite
de snobisme, d’ignorance artistique, de vanités en démence, auprès de
certaines poires millionnaires ou milliardaires des deux mondes et,
particulièrement, du Nouveau Monde? (_Rires._) La question Rodin est, en
outre, un numéro de l’asservissement matériel, intellectuel et moral de
ce pays, par une secte.
N’est-ce pas là, derrière la toile, tout le secret de la comédie qui en
est ici, à son second acte... (_Mouvements divers._)
M. MURAT, _président de la Commission._--Vous n’allez pas dire
qu’il est juif!
M. GAUDIN DE VILLAINE.--Non, mon cher collègue, je ne débaptise
jamais personne, sans son assentiment--il y a même de bons juifs et de
mauvais catholiques. (_Rires._)
M. LE RAPPORTEUR.--Il ne faut pas les confondre avec celui
d’Eugène Sue. (_Sourires._)
M. GAUDIN DE VILLAINE.--Messieurs, bien renseigné--et je crois
l’être--j’ai voulu simplement et au début de cette discussion, apporter
ici une parole de bon sens et de vérité! Et comme dans la question des
séquestres, dans la question de l’espionnage allemand, dans la question
des métaux, dont je m’occupe aujourd’hui et qui n’est pas encore réglée
(_Mouvements divers_), j’entends--s’il y a des dupes--ne pas accepter
devant la nation, qui observe et qui nous juge, une place dans la
galerie: ni dupe, ni complice; aujourd’hui, ni jamais! (_Très bien et
applaudissements à droite._)
Messieurs, je comptais en rester là de mes observations--pour le moment
du moins--mais l’absence de mon collègue et ami, M. Delahaye, m’incite,
fidèle à sa pensée, à apporter ici un document et quelques citations de
toute opportunité... document extrait du _Bulletin municipal officiel_
du lundi 6 avril 1914, nº 217.
Avant de descendre de la tribune, je ne résiste pas au plaisir
d’apporter quelques citations et tout d’abord ce document:
(Nº 217).--_Ordre du jour sur une demande de souscription à un ouvrage
de M. Rodin._