plus outre et que nous ferions quelque chose, ce qui fut cause que
je me levay pour aller fermer la porte, de peur que par hazard nous
ne fussions surpris par la servante, qui estoit en bas. (6) M’ayant
demandé où j’allois, et ayant eu peine à me laisser aller, je vis
qu’il rajustoit cela par dedans, et quand je fus retournée (mesme
je descendis pour donner de l’occupation à la servante, afin que
pour quelque bruit elle ne vînt à interrompre nostre plaisir), ainsi
asseurée que je fus, je m’en allay droit à luy, qui me sauta au col
dès aussitost qu’il me vit et ne me voulut point laisser asseoir sur
le lict comme auparavant, mais me tira debout entre ses jambes et
m’estraignit de toute sa force, et croiois d’abord qu’il me vouloit
estouffer, et je luy dis ma pensée, mais il me dit:—C’est que je
t’aime, mon cœur. Et ainsi disant, il fourra la main derrière par la
fente de ma jupe, et tirant peu à peu la chemise, il fit tant qu’il me
vint à toucher les fesses, lesquelles il trouva fermes et rebondies, et
de l’autre main qu’il avoit libre, il me prit la mienne et s’aventura
en me regardant, de la mettre, comme sans y penser, sur sa brayette.
_Susanne._ O! que tu fais durer cela longtemps!
_Fanchon._ Dame, il estoit pourtant ainsi, et aussi long comme je vous
le dis, ma cousine (7). Je sentis donc cela qui estoit dur et qui se
poussoit en avant contre ma main, et voyant que je n’en tesmoignois
aucun semblant, il se déboutonna par là. Fourrant ma main dedans,
il me dit:—Touche, m’amour; touche, mon cœur. Je vis qu’il estoit
bien ayse que je luy touchasse; je fis donc ce qu’il voulut et me
laissay doucement forcer à lui complaire, et il sembloit qu’il deust
mourir d’ayse à chaque atteinte que je lui donnois, car tantost il me
disoit, en conduisant ma main:—Touche icy, touche là, et plus bas, aux
coüillons, m’amie; sens-tu les poils? reviens icy, empoigne et frotte
haut et bas.
_Susanne._ Il me semble que j’y suis.
(8) _Fanchon._ Après quoy, il dit:—Je veux que tu le voyes. Et tout
disant cela, il me le fit tirer hors de la brayette, dont je fus
estonnée de la forme et grosseur qu’il avoit, car il est fait tout
autrement quand il est dur que quand il est mol. Il s’aperçeut de mon
estonnement, et me dit:—Tu ne sçais pas, m’amour, où il faut que cela
entre, et cependant tu as un endroit sur toy propre à le recevoir.
Lors, s’émancipant tout d’un coup, il me troussa la chemise tout autour
et me descouvrit le ventre et les fesses, se plaisant à les patiner, et
puis tantost il me touchoit du vit les cuisses, tantost les hanches,
tantost revenoit aux fesses et au ventre, après entre les poils de ma
rouge motte, et puis incontinent après il vint au trou mignon.
_Susanne._ Eh! là donc, je n’attendois que cela.
_Fanchon._ Il me prit, dis-je, par le con, où il s’arresta quelque
temps, me pressant les deux babines l’une contre l’autre et quelquefois
passant les doigts entre les poils qui sont dessus la motte, laquelle
il empoigna aussi, faisant par ce moyen entr’ouvrir la fente de ma
nature. Après, il me fit rebuter un peu en arrière, et passa les
genoux entre les miens, et soulevant un peu le cul, dévala son haut de
chausse, et ayant rangé sa chemise, il prit son affaire dans sa main et
me fit approcher.
_Susanne._ Or c’est icy qu’il faut bien prendre garde.
_Fanchon._ Je sentis cela roide contre la motte, et je cognus qu’il le
vouloit mettre dedans. Il m’ouvrit premièrement les deux babines avec
les deux mains, et poussa deux ou trois coups assez fort et m’eslargit
beaucoup, mais il ne put entrer davantage, parcequ’il me fit mal, et
fut obligé de s’arrester un peu, à la prière que je luy en fis. Et
s’estant un peu mieux rajusté que devant, il me fit plus ouvrir les
cuisses et poussa son affaire un peu plus avant, mais je le forçay
encore de s’arrester. Il me disoit bien que je prinsse patience, que
ce n’estoit qu’un petit mal, et que quand cela auroit une fois trouvé
passage, il n’auroit plus de peine à entrer par après; que cela luy
faisoit bien mal aussi comme à moy, mais qu’il se contraignoit pour
l’amour de moy. Je me contraignis donc aussi pour l’amour de luy, et il
en fit entrer deux ou trois doigts à bonne mesure, sans luy résister,
et me tenant ainsi enconnée, il me conjuroit assez de souffrir le
reste. Voyant que je ne voulois pas, il voulut essaier une autre
posture. Il se lève donc et me renverse sur le lict et (9) se couche
sur moy, mais je le sentis trop pesant. Il soulève mes deux cuisses sur
ses deux bras, et ainsi me soulageoit un peu, se tenant debout contre
les bords du lict, car il n’appuyoit pas tant, mais je trouvay toujours
une telle rudesse à me sentir ouvrir par son gros engin, que je ne le
pus souffrir. Dans ceste inquietude, il se retira tout de dedit, et moy
je me vis tout entr’ouverte au bas du ventre.
_Susanne._ Quel plaisir, cousine, et que n’ay-je un tel vit! De bon
cœur, je ne m’en plaindrois point.
_Fanchon._ Patience donc, je ne m’en plaignis pas tousjours aussi
(10). Pour conclusion, il revient et me baise, il manie mon con, il met
le doigt dedans pour veoir ce qu’il a opéré, et ne sçachant plus que
faire, se met à se promener par la chambre, jurant, maugréant, tandis
que je m’estois recouverte.
_Suzanne._ Le pauvre enfant, il avoit donc bien de la peine?
_Fanchon._ A la fin, il manie piteusement son affaire devant moy, et
il advise un pot de pomade qui estoit sur la cheminée; il le prend
aussitost et dit:—Bon, voylà qui nous servira bien. A mesme temps, il
en mit dans sa main et en frotta le manche haut et bas, pour le rendre
plus coulant.
_Susanne._ Il ne faut que cracher dessus et frotter avec la main.
_Fanchon._ Enfin, il s’advisa de cela et ne songea peut-être pas à
l’autre. Il me fit aussitôt mettre en posture dans une chaise et se
mit à genoux devant moy, et la pomade le fit entrer plus avant; après
quoy, voyant qu’il ne pouvoit encore rien faire, il me fit lever et
mettre (11) à quatre pattes sur le lict, et s’estant derechef frotté de
pomade, il m’attaqua par derrière.
_Susanne._ Que de façons pour un dépucelage! Vrayement mon amy n’en
employa pas tant pour moy, il eut fait en moins de rien et si je ne me
plaignis pas tant.
_Fanchon._ Quoy que c’en soit, l’affaire se passa comme je vous le dis.
Ma robe estoit donc troussée sur le dos, et me faisant roidir l’échine,
je luy présentay assez beau. Ce nouveau visage l’esmeut si fort qu’il
ne m’escouta plus; il poussa et m’entr’ouvrit avec plus de facilité
que devant, et fit tant à la fin, se remuant de cul et de teste, qu’il
força la barricade.
_Susanne._ Dieu soit loué du tout, ma cousine; je suis ravie de te voir
eschappée de tous ces petits accidents, venons au reste.
_Fanchon._ Je ne me plaignis pas tant alors que j’avois fait, et je
sentis quelque plaisir, voyant son membre logé si à l’estroit dans moy.
D’autre part, il estoit tout glorieux de l’effort qu’il avoit fait,
et n’ayant plus de difficulté à vaincre, il m’appeloit son cœur et
s’amie, et me dit qu’il m’alloit faire bien ayse; je sentis pour cela
l’opération naturelle du corps, et son membre allant et venant, avec le
plaisir qu’il avoit, me causa la démangeaison.
_Susanne._ Bon.
_Fanchon._ Il me demanda si j’estois bien ayse; je luy dis qu’ouy;
il me dit qu’il l’estoit pareillement. Alors, me serrant de plus en
plus fort, me tenant embrassée sur les hanches, se tenant appuyé sur
ma croupe, il me touchoit quelquefois d’une main les mamelles et de
l’autre les fesses ou la mothe.
_Susanne._ C’estoit pour luy donner courage.
(12) _Fanchon._ Mon plaisir mourant à mesure qu’il remuoit, et ne me
pouvant plus tenir sur les mains pour l’ayse que j’avois, les bras me
faillirent et je tombay le nez sur le lict.
_Susanne._ Tu ne te cassas point le nez contre la plume?
_Fanchon._ Non, attendez. Il me dit:—Prends garde, sans s’arrêter, et à
la fin il fondit d’ayse sur moy, en disant:—Mon cœur, je fous!
_Susanne._ Et comment te trouvas-tu alors avec luy? Ne fis-tu pas aussi?
(13) _Fanchon._ Belle demande! et quel moyen de s’empescher quand cela
vient? Je perdis toute connaissance et fus ravie en pasmoison. Il n’y a
point de sucre ny de confitures qui soyent si doux à la bouche que cela
est au con; le chatouillement se rendit universel par tous mes membres
et fus comme esvanouie.
_Susanne._ Tu ne croiois pas cependant qu’il deust estre si grand?
_Fanchon._ Non, je n’eusse eu garde, ne l’ayant point esprouvé. A la
fin, s’estant retiré, je me sentis un peu mouillée en cest endroit et
je m’essuay avec ma chemise, et je vis aussi que son affaire n’estoit
pas si droit qu’auparavant et qu’il baissoit la tête peu à peu en se
retirant.
_Susanne._ Il n’y a point de double.
_Fanchon._ Cela fait, je me trouvay bien refaite et ne souhaitay rien
plus. Après, il me baisa et me parla du plaisir qu’il avoit eu. Je
lui parlay du mien, dont il me tesmoigna estre plus aise que du sien
propre. Nous contasmes longtemps (14) pour sçavoir lequel avoit esté
le plus grand, chacun disant ses raisons, le plus raisonnablement du
monde, pour monstrer le grand ayse qu’il sentoit et qu’il en avoit
eu plus que l’autre. A la fin, nous conclusmes sans nous accorder que
chacun avoit senty le sien; mais il me dit qu’il avoit esté plus ayse
du mien et qu’il en avoit reçeu à me veoir faire, et moy je luy dis
pareillement.
_Susanne._ Cela n’est pas sans exemple ce que tu dis; car quand on
ayme bien on est plus ayse du plaisir d’autruy que du sien propre.
D’où vient que si le garçon veut faire cela à la fille quelquefois
qu’elle n’est pas d’humeur, néanmoins, à cause qu’elle ayme le garçon
seulement, elle consent qu’il le luy fasse, non pas pour l’amour
d’elle, mais pour l’amour de luy, qui fait qu’elle luy dit, en se
descouvrant sur le lict:—Sus, mon cœur, prenez de moy vostre bon
plaisir et faites à vostre volonté. Et quand c’est le garçon qui n’est
pas d’humeur et que c’est la fille qui en a envie, il se soumet à son
vouloir et a la mesme complaisance qu’elle a euë pour luy une autre
fois.
_Fanchon._ Je suis bien ayse de sçavoir encore cela; j’en feray
souvenir Robinet quelquefois qu’il ne sera pas d’humeur.
_Susanne._ Fort bien.
(15) _Fanchon._ Cependant, de peur qu’il ne vînt quelqu’un, il avoit
remis son haut-de-chausse et s’estoit assis auprès de moy et me contoit
l’obligation qu’il vous avoit, quand il vous rencontra sur le degré,
disant que sans vous il seroit mort d’angoisse pour ne pouvoir plus
attendre, et qu’il y avoit long temps qu’il estoit espris de ma beauté
et qu’il avoit envie de me faire cela, pour la grande affection qu’il
me portoit, mais que jamais il n’avoit osé me le dire qu’à ceste heure
qu’il en avoit essayé. Il ne pouvoit assez louer les bonnes qualités
qui estoient en moy, et qu’il en avoit encore plus reconnu depuis sa
jouissance qu’il n’avoit fait auparavant. C’est pourquoy il voulut
lier avec moy une amitié indissoluble qui fust aussi longue que sa vie;
ensuite de quoy il me fit cent protestations d’amour et de service et
me conjura de l’aimer toujours et de luy estre toujours fidèle, me
promettant la réciproque. Et pour donner lieu que cette amitié fust
accompagnée des mesme plaisirs que nous venions de prendre, afin que je
n’eusse de regret, il me promit de me renouveller tous les jours deux
fois ce mesme plaisir l’un portant l’autre; dont je le remerciay, et
pour cest effect nous nous avisasmes à nous conduire si secrettement
que personne ne peust s’apercevoir de nostre pratique. Ce qu’estant
résolu, nous parlasmes d’autre chose, et fouillant dans sa pochette, il
en tira quelques pistaces et mirobolans dont il m’en fit manger, disant
qu’il n’y avoit rien meilleur pour réparer les forces perdues au jeu
d’amour. Tandis que je mangeois, je le priay que je pusse aller en bas
pour veoir où en estoit la servante, et cependant il se mit à chanter
pour oster tout soupçon. Je fus quelque temps à revenir, m’estudiant
derechef à l’occuper; je luy dis que ce jeune Robinet m’importunoit
beaucoup et que j’eusse bien voulu en estre despetrée.
_Susanne._ Ha! la bonne bête!
_Fanchon._ Et quand je fus remontée je refermay la porte sur moy et
m’en allay à luy qui s’estoit remis sur le lict et qui regardoit son
engin, qu’il avoit presque droit à la main. Si tost qu’il me vit, il le
laissa là et m’embrassa, se plaignant que j’avois trop tardé. Il me le
fit toucher encore, parce qu’il n’estoit pas assez dur, et en moins de
rien il s’endurcit soubs mes doigts.
_Susanne._ Cela s’appelle, comme il estoit, bander à vit mollet.
_Fanchon._ Je luy estraignis quelque temps, plus hardie qu’auparavant,
et pris mon plaisir à luy tenir, mesurant la longueur et la grosseur,
et pensant à part moy la vertu que cela avoit de donner tant de
plaisir, et il prenoit aussi plaisir d’en mesurer la grosseur et
longueur. Luy aussitost m’estendit sur le lict à la renverse, et me
troussa mes robes jusques au nombril, se plaisant à me considérer. Je
ne m’opposay point à son dessein. Il me porta d’abord la main au con
et me prit par les poils, et après il me tourna sur le ventre pour me
considérer les fesses, et non content de cela, il me tourna et retourna
dessus et dessoubs, me battant et me mouvant, et me fichant quelquefois
les dents dans la chair, et me faisant cent folastreries avec les
doigts. Pendant ce temps là, il m’apprit autant de particularitez
de l’amour et me dit les raisons par quoy il en usoit ainsi. Je
l’escoutois attentivement, désireuse d’apprendre, et cependant cela, il
avoit redevalé son haut de chausse et me mettoit son outil entre les
fesses, ores entre les cuisses, se remuant quelquefois pour veoir, et
m’enseignant de faire pour quand il conjoindroit à moy.
_Susanne._ Le paillard! il y prenoit donc bien du plaisir?
_Fanchon._ Que vous diray-je davantage? il me fit agencer de cent
postures, m’enconnant à chacune, et me montrant comment il se falloit
tenir pour (16) mieux engaigner le vit, et n’en acheva pas une.
J’appris tout fort aisément, résolue de le bien retenir. Et m’estant
disposée à son vouloir pour en achever quelqu’une, après il s’estendit
sur le lict, la lance droite à la renverse, et me tira sur son ventre.
Je me le fourray de moy-mesme dedans le con et me forçay à remuer,
disant que je besoignois. Il se faisoit faire ainsi, me considérant,
et tantost me disoit que je poussasse fort, me baisant, la langue à
la bouche, et tantost m’appelant (17) sa vie et son âme, et tantost
empoignant mes fesses, connaut, ma fouteuse, et autres injures à quoy
il prenoit plaisir. Sur la fin qu’il connut que la douceur venoit, il
ne se put empescher de remuer vers moy et moy vers luy; tant qu’à la
fin elle vint encore à sortir et nous finismes la carrière avec autant
de contentement que la première fois.
_Susanne._ Et deux.
_Fanchon._ Je reconnus alors pour vray ce que vous m’aviez dit touchant
les propriétés de ceste liqueur, et raisonnant dessus, je disois que
c’estoit un grand (18) bien au monde que d’avoir trouvé ceste invention
pour se divertir. Je luy demanday qui estoit le premier qui l’avoit
inventée. Il ne m’en sçeut rien dire, pour ce qu’il n’estoit pas assez
sçavant, mais cela l’ayant remis en humeur plus belle, luy me dit qu’il
aymoit mieux me le montrer d’effect que de paroles et que l’expérience
vaut mieux que le discours. Ensuite de quoy il me baisa, des baisers il
vint aux attouchements et des attouchements à me mettre le vit au con,
et me le fit encore une fois en levrier, le con derrière.
_Suzanne._ Et trois.
_Fanchon._ Et ceste façon, à son dire, luy plaisoit le mieux et plus
que les autres, attendu que c’estoit ainsi qu’il avoit eu mon pucelage
et qu’il enfonçoit son affaire plus avant. Et quelque temps après, il
me le fit encore une (19) fois, avant que de s’en aller, ayant ma face
tournée vers la sienne et mes deux jambes levées sur ses épaules.
_Susanne._ Et quatre. Comme tu les enfiles! et cela ira-t-il toujours
de même?
_Fanchon._ C’estoit un premier abord, et il ne pouvoit moins faire,
disoit-il, pour me donner des marques suffisantes de son amour et
amitié.
_Susanne._ Certes, ce sont les meilleures. Et combien fustes-vous de
temps à un tel ouvrage?
_Fanchon._ Jusqu’à la nuict, que ma mère n’estoit pas encore venue.
_Susanne._ C’est à dire trois heures ou environ. Certes, c’est plus
d’un coup par heure, et il avoit donc le feu au cul.
_Fanchon._ Quoy que c’en soit, je ne trouvois point que c’estoit trop,
et ce fut bien le moyen de l’esteindre. Du depuis, nous avons continué
tant que l’occasion nous a esté favorable et que nous n’y avons reçeu
aucun empeschement. Voylà, ma cousine, comme les choses se sont passées
depuis le temps que je ne vous ay veue et ce que j’avois à vous dire
pour ce que vous m’avez demandé. Or, dites-moy un peu vostre avis là
dessus.
_Susanne._ Certes, je vois bien à ceste heure que tu es passée
maistresse en ce mestier (20), et que tu n’as plus affaire de personne
pour t’apprendre parler pertinemment des choses.
_Fanchon._ Et pourquoy cela, ma cousine?
_Fanchon._ Comment? tu dis aussi bien en parlant, un outil, un engin,
un membre, un chose, un affaire, un trou, au lieu des mots de vit et
con qui sont leurs véritables noms.
_Fanchon._ Ma cousine, cela ne m’a pas tant cousté à apprendre comme
vous diriez bien. Quand nous sommes seuls, Robinet et moy, il veut que
je die vit et con, et quand nous ne faisons que discourir sans faire
autre chose, il veut que je die ces mots là qui sont plus doux et plus
honestes et qui plaisent davantage.
_Susanne._ Tu dis aussi enfiler, enconner, engaigner, besoigner, faire
cela, au lieu de foutre et chevaucher.
_Fanchon._ C’est une mesme bien séance qu’il veut que je garde devant
et après qu’il a fait, voulant garder ces gros mots pour quand il est
en humeur.
_Susanne._ Ho! ho! vrayement, le mien n’est pas si cérémonieux, et
quand nous sommes seuls il n’a point de paroles si retenues. Mais
sçais-tu bien aussi qu’autre chose est dire besoigner, foutre,
chevaucher, qu’enconner, enfiler et engaigner?
(21) _Fanchon._ Besoigner, c’est mettre le vit au con, se remuer et
descharger, et celuy seul dit plus que tous les autres; foutre est
seulement mettre le vit au con et descharger, sans qu’il signifie
remuer; chevaucher, c’est aussi mettre le vit au con et se remuer, sans
qu’il signifie descharger; enfiler, enconner, engaigner, c’est une même
chose, et simplement mettre le vit au con, sans qu’il signifie les deux
autres.
_Susanne._ Il y a encore d’autres mots qui sont plus doux à prononcer
que ces premiers et qui sonnent mieux à l’oreille, afin que tu ne
t’étonnes pas en compagnie quand tu entendras dire, comme baiser,
jouir, embrasser, posséder et tant d’autres, au lieu de foutre et
chevaucher, et ceux là sont bons à dire devant le monde, par honesteté,
ou à des amoureux à leurs maistresses, quand ils ne les ont pas encore
instruites par practique. Mais je reviens à la première explication que
tu as dite, qui est certes aussi fine que j’en ay ouy dire de ma vie,
et quand ce seroit moy, je n’en pourrois point inventer une plus jolie.
_Fanchon._ Passe pour cela, ma cousine, je vous remercie de tant de
faveur; comme vous pouvez voir, je n’y entends point de finesse, mais
je m’estonne qu’il y a tant de fard parmy des choses qu’on les nomme de
cent façons.
_Susanne._ C’est pour les faire trouver meilleures, vois-tu. Car,
par exemple, le mot besoigner, c’est qu’effectivement les hommes
travaillent en nous quand ils nous font cela, et qu’à les veoir remuer
et se tourmenter comme ils font, il semble qu’ils prennent un œuvre
à tâche et qu’il y ayt beaucoup à gagner pour eux; enfiler, c’est
qu’ils nous enfilent comme perles; engaigner, c’est que nous avons la
guaine et eux le couteau, et ainsi des autres qui sont plus doux et
ont aussi leurs significations plus douces et spirituelles. Mais, avec
tout cela, penses-tu que quand les hommes sont entr’eux ils usent de
tant de cérémonies? O nenni, vrayement; les mêmes libertés que nous
avons à nous dire les choses comme elles sont, ils s’en servent (22) de
mesme dans leurs entretiens privés, tellement que s’ils voyent passer
quelqu’une dont ils ont desjà jouy, ils ne disent pas simplement: J’ay
baisé une telle, mais bien: J’ay foutu une telle, je l’ay chevauchée;
ma foi, elle y prenoit plaisir; non (si ce n’est la langue dans la
bouche): Je l’ay possédée, j’ay pris les dernières faveurs; ou bien:
Elle n’estoit point dégoustée, elle remuoit le cul comme il faut, elle
avoit le con large ou estroit, et se pasmoit d’aise en le faisant.
Quand tu les vois cinq ou six d’une bande sur le pas de leur porte, qui
se tournent et retournent de tous costés pour voir passer les filles
et qui se rient au nez quand ils en voyent quelqu’une qui leur plaist,
c’est comme cela qu’ils parlent entre eux et qu’ils se disent librement
ce qu’ils voudroient bien luy faire. Bref, ils s’entretiennent de nous
dans les mesmes termes comme nous le ferions d’eux si l’occasion s’en
présentoit.
_Fanchon._ Et comment, ma cousine, ils se disent donc les uns aux
autres ce qu’ils nous font?
_Susanne._ Pourquoy non? quand tout le monde le sçait; car ils ne
parlent point de celles dont il n’est point de bruict, comme de toy ou
de moy.
_Fanchon._ Ah! bon donc, mais pourtant je ne me sçaurois resoudre,
quand j’y pense, que l’on sçeut de moy ce que Robinet (23) m’a fait
faire, ny qu’il l’allast dire, car il me fait agencer en tant de sortes
de postures que j’en suis honteuse et ne puis m’empescher de rougir par
après quand je le regarde.
_Susanne._ Mais ses caresses pour tout cela ne sont-elles pas bien
douces?
_Fanchon._ Ouy, je l’avoue.
_Susanne._ Eh bien donc! que a-t-il d’avantage à tout cela? Ce sont des
ragousts que les hommes prennent, et il leur faut laisser faire; s’ils
ne nous trouvoient pas belles et s’ils ne nous aymoient pas, ils ne
mettroient pas nos corps en tant de sortes de postures, et, pour ainsi
dire, à la capilotade.
_Fanchon._ Il est vray, ma cousine, que je reconnois par là que Robinet
m’ayme, car ce qu’il me fait faire est accompagné de tant d’apprest
et d’inventions de sa part, que quoy que j’en aye de la honte en le
faisant, je n’en ay pourtant point de regret et j’en reçois (24) une
satisfaction incroyable. Entr’autres, ces jours passés, il me fit voir
une certaine gentillesse d’esprit dont j’auray à jamais mémoire, parce
qu’elle est judicieuse et plaisante au possible; il la fortifia par
des instructions d’amour si plaisantes et qui sont si judicieuses à mon
gré, que je crois que c’est là le meilleur moyen qu’on puisse trouver
à une fille pour la rendre sçavante, tout d’un coup, à donner bien du
contentement aux hommes.
_Susanne._ Et n’y a-t-il pas moyen de sçavoir ce que c’est?
_Fanchon._ Ma cousine, vous en rirez en l’apprenant, et je me trompe
fort si vous ne vous servez de son invention.
_Susanne._ Et quelle est-elle donc?
_Fanchon._ La voicy, sans aller plus loing. Dimanche dernier, il
y a trois jours, il vint me veoir sur les trois heures après midy,
pendant que ma mère estoit sortie pour aller aux vespres et qu’elle
m’avoit laissée seule à la maison. Je ne vous diray pas qu’il me fit
cela une fois sur le coffre, à son arrivée, estant pressé, ny toutes
les autres caresses qu’il me fit et devant et après, dont je fus
contente à l’ordinaire. Je vous diray seulement qu’après avoir folastré
quelque temps entre nous de diverses choses, et ri une bonne fois de
la simplicité de ma mère qui ne s’appercevoit pas de nos folies, nous
revinsmes aux baisers et de là aux embrassements. (25) Et m’ayant
montré sa lance, qui estoit droite, il me prit à force de corps et me
coucha à la renverse sur le lict, où il me troussa la cotte, et m’ayant
fait escarquiller les jambes, il regarda si j’estois bien et me mit
encore un oreiller soubs le cul, pour m’agencer mieux. Après, il me
dit de ne point remuer, et ayant pris un petit toupet de bourre qu’il
avoit apporté exprès, il me le mit sous la fesse droite; il en prit
un de laine, qu’il me mit sous la gauche, et un autre de coton, qu’il
me fourra soubs le croupion. Après, il s’ajusta entre mes jambes et
approcha son vit en regardant, me le mit aux bords de la fente et me
dit que je prisse bien garde à ce qu’il feroit, pour lui obéir en tout
ce qu’il m’ordonneroit.
_Susanne._ Voilà qui est bien préparé.
_Fanchon._ Encore mieux exécuté.
(26) _Susanne._ Voyons.
_Fanchon._ Il me dit: Bourre, en poussant, et me fit remuer la fesse
droite; il me dit: Laine, et il me fit remuer la gauche; il me dit:
Coton, et me fit remuer le croupion.
_Susanne._ Bon.