deux ou trois fois sans changer l’ordre ny la mesure, pour me façonner
toujours davantage, ensuite de quoy nous diversifiasmes le mouvement,
et j’avois du plaisir à l’entendre dire: Laine, bourre, coton, bourre,
coton, laine, coton, bourre, laine, coton, à quoy j’obéissois fort
exactement. Et pour un simple mouvement qu’il observoit qui estoit le
mouvement droit et du coton, il m’en faisoit exercer trois, à sçavoir
(27), un droit et deux obliques ou de costière. Quelquefois nous ne
nous pressions pas si fort, pour faire durer le plaisir plus long
temps, et quand je manquois à quelque chose, il me reprenoit doucement,
m’enseignant comme il falloit faire et disant que je remuois tantost la
bourre pour la laine, et tantost le coton pour la bourre et la laine;
au moyen de quoy je lui disois que le coton me plaisoit plus que les
deux autres, dont il me tesmoignoit me sçavoir bon gré (et en effect
j’avois raison), et s’efforçoit de me baiser.
_Susanne._ C’est que le coton faisoit entrer la cheville plus que les
deux autres et par conséquent donnoit plus de plaisir.
_Fanchon._ Et par conséquent, ma cousine, vous sçaviez donc bien ce que
c’est et je n’avois que faire de vous le dire.
_Susanne._ Achève, il n’importe, il y aura peut estre quelque chose à
sçavoir que je ne sçais pas.
_Fanchon._ Que vous diray-je davantage? Quand il cessoit de parler je
ne (28) bougeois et il le vouloit ainsi, et quand il disoit: Coton, ou
les autres, moy de remuer aussi tost autant de fois qu’il lui plaisoit
de l’ordonner. Nous continuasmes ainsi jusqu’à la fin, et parce que ce
coup lui sembla plus long que les autres et que je fus preste, par deux
fois, de faire auparavant luy, tout autant de fois il me retint et il
m’apprit ainsi comment il faut faire pour retarder le plaisir quand il
avançoit trop et pour l’avancer quand il retardoit. Et quand il fust
prest de descharger, il poussa sa voix plus fort que devant, disant:
Bourre, coton, laine, coton,—et tousjours plustost coton que les deux
autres. Je fus contrainte, à la fin, luy dire qu’il ne criast pas si
fort, crainte que l’on ne nous entendist d’en bas, et que je remuerois
bien sans cela; et nous nous disions tant seulement tout bas l’un à
l’autre, en l’ardeur du plaisir: Et tost, mon cœur, ma vie, ma pensée,
m’amour, mon connaud; et pousse donc, et coton, et serre!... et puis je
ne sais plus ce que tout devint.
(29) _Susanne._ Que je hais ces brailleurs-là qui font tant de bruict
et qui n’ont nulle considération. Car il y en a qu’on ne sçauroit
faire taire et qui, quand ils ejaculent, en mesme temps ne peuvent
s’empescher de crier, et quand on leur demande pourquoy ils crient, ils
disent que c’est le plaisir.
_Fanchon._ Comment, c’est le plaisir? Est-ce qu’ils prennent plaisir à
crier pour s’y esbattre, ou bien si c’est que le plaisir qu’ils ont les
contraigne à cela?
_Susanne._ Il est encore bon de la façon que tu le dis. Je crois que
c’est la force du plaisir qui les y contraint, et comme il y a des gens
qui crient de douleur quand on les escorche, il y en a aussi qui crient
de plaisir quand on les chatouille amoureusement.
_Fanchon._ Et comment font-ils pour crier si fort?
(30) _Susanne._ Ils sont montés sur les filles comme des saint George,
et tenant le vit au con avec un visage effaré, quand ils sentent le
foutre couler, ils s’escrient à haute voix: Eh! la, la, la, la! donne
donc, m’amie, m’amour, mon cœur, ta langue! allonge! et presse fort,
eh! pousse donc! eh! tu ne pousses pas!... Et quelquefois les voisins
qui entendent cela, ou les personnes, du logis, qui n’y sont pas
accoustumez, viennent au secours avec du vin et du vin aygre, croyant
qu’ils se meurent de douleur, et les trouvent après la besoigne, qui se
meurent de plaisir. Or, regarde la belle veuë que c’est de les trouver
ainsi.
_Fanchon._ Et il n’y auroit pas moins de plaisir à la fille pour cela,
s’ils ne menoient pas tant de bruict (à voir toutes les simagrées
qu’ils font). Et cela estant qu’ils ne s’en peuvent empescher, comme
vous dites, je ne voudrois non plus avoir affaire à ces gens là qu’à
des cloches, et je tascherois mesme d’éviter leur rencontre comme la
peste, tant j’aurois peur qu’ils ne criassent, seulement à me voir,
comme s’ils estoient après. Car enfin, il ne tiendroit donc ainsi qu’à
scandaliser les pauvres filles, veu qu’ils ne sçauroient faire rien que
tout le monde ne sçache, et qu’ils n’ont point de honte de tant faire
le fou. Certes, il est bien permis de se divertir autant que l’on peut
et de prendre du plaisir sans scandale, mais non pas de crier ainsi
comme des perdus, à gorge déployée.
_Susanne._ Les filles aussi, pour ne pas mentir, y sont subjettes
quelquefois aussi bien que les hommes, et tandis qu’elles font
bien leur devoir de remuer du croupion et de pressurer la grappe
soigneusement pour faire que le jus en sorte, elles cornent
continuellement à l’oreille de celuy qui est dessus, emportées du
plaisir qu’elles ont: Eh! hau! hau! mon fils, mon mignon, pousse le
donc et mets-y tout! et disent quasi toutes les mesmes choses que les
hommes. Mais pour ceux cy, ils ne sont pas si à craindre comme les
autres sortes d’insensibles et ladres d’amour, que l’on fesse pour
mettre en humeur, et c’est bien là une autre extrémité de malheur que
d’avoir affaire à ces gens là (31); car, pour les premiers, on les peut
corriger un peu, à force de remonstrances, ou s’ils sont incorrigibles,
on les peut mener à la cave, au grenier, dans les bois, à la campagne
et dans des lieux esloignés où ils auront beau faire du bruit avant que
l’on les entende, mais pour ceux cy, ils ne se peuvent amender en façon
quelconque et n’y a point de remède pour les guérir.
_Fanchon._ Quel malheur! et qui sont donc ces ladres là?
_Susanne._ Ce sont des gens qu’il faut fesser pour mettre en humeur.
Ils se despouillent tout nuds en pleine place, et les filles prennent
des verges et leur en donnent sur le ventre et partout et tant qu’elles
voient que leur affaire vient à dresser, et quand l’ont fait dresser
et venir en bon point, elles jettent là les verges, comme si de rien
n’estoit, pour se la fourrer après ainsi dans le bas du ventre, et s’en
donnent du plaisir par après.
_Fanchon._ Mais ne deschargent-ils pas aussi, eux?
_Susanne._ Vrayement ouy et plus que les autres; on ne les sçauroit
tenir par après.
_Fanchon._ N’importe, oh! la peute chose quand une fille est assez
malheureuse pour estre obligée de fouetter son amy pour le faire
bander!
(32) _Susanne._ Ceux là que tu voulois dire qui ne deschargent point,
sont les chastrez, à qui on a coupé les deux boullettes, et ne sont
bons à rien qu’à bander quelquefois, mais en ce pays ci les dames
n’en veulent point du tout et on n’entend pas dire qu’elles leur ayent
jamais fait caresse; si ce n’est qu’au temps passé les dames grecques
et romaines s’en servoient, faute de mieux, pour se faire chatouiller
par le frottement du membre qui estoit roide, et à cause aussi que
cela avoit quelque ressemblance à la vérité. Et encore de présent,
en Turquie, elles ne laissent pas de s’en servir aussi quand elles en
trouvent, d’où vient qu’on s’est avisé depuis peu, pour empescher cela,
de les faire pour eunuques, de leur couper les trois pièces _rasibus_.
_Fanchon._ Fi, fi, de ces gens là, ma cousine, n’en parlons point.
Disons plustost de ceux là qui sont bien fournis d’instruments à
fouterie et qui sont propres à donner un plaisir par tout.
(33) _Susanne._ Il y en a d’autres qui ne disent mot et qui ne font que
soupirer d’ayse, mais, il y a une troisième espèce d’amoureux qui sont
bien à désirer, qui ayment s’entretenir bas, et ceux là plaisent bien
davantage à la fille et se dorlotent aussi bien mieux dans le plaisir.
_Fanchon._ Eh là donc! voilà comme je les demande. Mais aussi les
filles n’ont-elles rien à tesmoigner de leur costé pendant que les
garçons leur font tant de caresses?
_Susanne._ Donne-toy patience; c’est là où je voulois venir, mais il
estoit bon auparavant de te remettre sur ce que nous avions dit. Nous
avons donc dit jusques (34) à cette heure comment on mettoit le vit au
con et comment on ressentoit le plaisir en la descharge, et les autres
satisfactions qui se tirent du baiser, du toucher, du parler et du
regarder, mais nous n’avons pas encore fait d’application particulière
aux lieux où il s’en falloit servir, quand et comment il le falloit
faire, et c’est ce qu’il faut que tu apprennes ce jourdhuy, comme
estant la chose la plus nécessaire et comme estant la seule en quoy
principalement est compris l’art d’aymer, souverainement aux hommes.
_Fanchon._ Ma cousine, cecy doibt estre beau, sans doute, et c’est
aussi ce que j’avois à vous demander.
_Susanne._ Or sus, posons le cas que tu sois aux prises avec ton amy
et que tu ne sçaches comment te porter à l’escarmouche: (35) il faut
que tu uses envers luy de petites affeteries de la voix, qui sont les
vraies délices en amour. Par exemple, tandis qu’il remuera sur toy,
dis-lui quelques paroles de douceur et sans contrainte et qui partent
de l’essence du plaisir et de l’amour que tu auras; appelle-le ton
cœur, ton âme et ta vie; dis-luy que tu es bien ayse et applique tout
ton esprit à la pensée de vostre besoigne. Il y a des certains hélas!
ou ah! qui sont faits si à propos et qui percent l’âme de douceur à
ceux qui nous les causent; car nous faisons cecy, penses-tu, non pas
comme les bestes, par brutalité et par nécessité, mais par amour et
par connoissance de cause. Et fais quelque petit grattement de mains
ou petit remuement de croupion qui le comble de joye infinie; si tu
as quelque chose à luy demander, il le faut faire en ce temps-là où
il ne te refusera pas, car il n’y a rien qui ouvre tant le cœur et
la condescendance et confidence et à se déclarer mutuellement ses
pensées, comme les actions secrettes de la fouterie, et il s’est trouvé
telle fille, qu’on n’auroit pas regardée auparavant, à qui un simple
remuement de fesses a valu l’honneur d’espouser un grand seigneur.
Toutes ces mignardises donc, ainsi practiquées, rempliront ton amy
d’une douce rage, et comme il fera son possible pour te contenter, il
t’appellera son âme, sa déesse, son connaud, son ange, ses yeux. Il
inventera des caresses pour te faire et souhaitera d’estre tout vit
pour se couler tout en toy, et quand son plaisir sera venu au point
qu’il le désire, il ne manquera point de t’en donner connoissance
par ses soupirs et quelques paroles qu’il ne tranchera qu’à demy, en
disant: Je vais faire!... Alors, prends garde soigneusement comme je te
diray.
_Fanchon._ Ainsi feray-je, ma cousine, mais en quelle posture vous
mettrez-vous?
_Susanne._ A l’ordinaire; tu serreras vistement les deux fesses vers
luy, et lui mettant un bras au col, tu le baiseras et tascheras à lui
lancer la langue dans la bouche, comme un dard, et qu’elle vienne
à frayer le dessous de la sienne; tandis que tu coigneras du cul
brusquement devers luy, et retirant ta langue et la repoussant vivement
entre ses dents, en cent façons de mignardises, tantost mince et
tantost espaisse, tu t’enlaceras autour de luy et de bras et de jambes;
et appuiant ta main sur ses fesses, tu avanceras les doigts jusques
à ses ballottes, et trémoussant tousjours du croupion, tu tascheras à
le faire entrer le plus avant que tu pourras. Le reste de la besoigne,
tu le feras aussi bien que moy, et je t’advise seulement qu’en usant
envers luy de ces préparatifs pour le plaisir, il ne sçaura quelles
caresses te faire par après, et quand il te donneroit tout son bien, il
te donneroit encore son âme avec, et s’estimeroit, plus que tout cela,
estre encore ton redevable.
_Fanchon._ Ma cousine, je vous remercie de tant de bontés, et je m’en
serviray quand je seray en pouvoir de le faire. Mais, pour le présent,
il faut un peu laisser couler le mauvais temps qui ne nous donne pas
tant de loisir possible pour jouir de nos amours et auquel je luy
puisse donner toutes les marques de mon affection.
_Susanne._ O bien! arrive quand il pourra, mais sçache que c’est la
faute ordinaire des jeunes gens qui ne songent rien qu’au temps présent
et ne pensent pas à faire durer leurs plaisirs long temps (36) en se
pourvoyant pour cela de moyens utiles et nécessaires. Mais quoy enfin,
ne vois-tu pas Robinet quand tu veux?
_Fanchon._ Nenny, ma cousine, et depuis quinze jours en ça que ma mère
a fait porter mon lict en sa chambre, pour raccommoder la mienne, je ne
l’ay veu quasi qu’en sa présence.
_Susanne._ Et comment as-tu donc fait pour avoir sa compagnie? T’en
es-tu bien peu passer jusques icy?
(37) _Fanchon._ Nenny dà, mais je ne l’ay eue que fort rarement, et que
si vous saviez les incommodités que nous avons eues pendant ce temps
là, et que nous allons encore avoir pendant sept à huit jours pendant
que ma chambre doibt estre raccommodée, vous en seriez tout estonnée.
_Susanne._ Je seray bien aise de les entendre, et selon que tu me
diras je seray encore capable peut estre de te donner du conseil pour
l’avenir.
_Fanchon._ Il y eut hier quinze jours justement que ma mère me fit
aller coucher dedans sa chambre, et depuis n’en ay pas désemparé. Je
le dis dès le lendemain à Robinet et luy fis veoir les incommodités que
nous aurions à nous trouver seuls; à quoy il me demanda s’il n’y avoit
point de moyen à me venir veoir la nuict, en faisant faire une fausse
clef à la porte du petit jardin, mais je luy dis que non, d’autant que
ma mère sort encore moins de la chambre la nuict que le jour et qu’elle
m’entendroit si je voulois sortir. Il me dit que je ferois semblant
d’aller à la garde-robe, et que là, sur le siége, nous ferions nostre
affaire, mais je luy dis que cela ne se pouvoit point, d’autant que
pour aller à la garde-robe il ne faut pas sortir de nostre chambre,
à cause qu’il y en a une au bout de la galerie, où ma mère veut que
j’aille de nuict, de peur de faire du bruict en ouvrant les portes. Ces
raisons le rendirent estonné, tellement qu’il dit qu’il nous falloit
prendre patience et l’occasion aux cheveux quand elle se présenteroit,
et cependant nous visiter tous les jours.
_Susanne._ C’est à dire que vous avez esté autant avancés
qu’auparavant. Hé bien! qu’arriva-t-il?
_Fanchon._ Sur ceste résolution, il me vint veoir le lendemain, mais
nous espiasmes en vain l’occasion, sans la pouvoir rencontrer. Le jour
après nous fusmes plus heureux, car estant arrivé que la servante
estoit sortie, je luy allay ouvrir la porte par le commandement de
ma mère, et me trouvant aussi ardente à cela que jamais, de peur de
perdre le temps et que quand nous serions en haut nous n’aurions pas
trouvé la commodité, il me poussa contre le mur, et m’eslargissant les
cuisses, me troussa la cotte qu’il me fit tenir avec les deux mains,
et ayant aproché son vit roide, en se baissant, il me le mit dedans
le con le mieux qu’il put et s’efforça de pousser en la plus grande
haste du monde. Je le trouvay bon comme cela, parce qu’il y avoit long
temps que je ne l’avois fait, mais il eut plustost fait que moy, et
comme il voulut se retirer, je le retins et le priay d’attendre que
j’eusse fait aussi. Il en eut la patience, et quand nous eusmes achevé,
incontinent nous montasmes en haut, sans que ma mère se doubtast de
rien, sinon que, pour la forme, je luy dis qu’il m’avoit demandé si
une certaine personne n’estoit point au logis, parce qu’il ne la
vouloit point veoir. D’autres fois, nous fismes plus commodément,
selon que l’occasion s’en présentoit, et quelquefois que ma mère
estoit dehors, nous avions beau nous divertir, mais quand elle estoit
au logis ou qu’il y avoit compagnie, c’estoit tout ce qu’il pouvoit
faire de m’enconner une petite fois, pendant qu’elle alloit reconduire
quelqu’un, tantost sur une chaise, tantost sur un coffre, et en cest
estat nous nous pressions fort, et imaginez-vous si je me faisois bien
prier d’ouvrir les cuisses et de me mettre en la posture qu’il vouloit
pour avoir plustost fait. Mais il n’importe, quoy que nous fussions
en crainte, nous ne laissions pas d’avoir bien du plaisir; encore
estions-nous bien heureux quand cela arrivoit, car quelquefois que
nous estions en train de remuer les fesses, nous entendions du bruict
qui nous faisoit déconner, et pensez quelle rage cela nous donnoit.
Quelquefois aussi c’estoit une fausse alarme; nous nous remettions et
quelquefois nous achevions, quelquefois nous n’achevions pas, parceque
quelque autre nous interrompoit. D’autres fois, la présence de ceux qui
nous regardoient estoit si importune qu’il estoit assez heureux quand
il me pouvoit toucher la cuisse en un jour ou, tout au plus, me mettre
l’engin dans la main; c’estoit encore beaucoup quand nous le pouvions
faire toucher au mien et les faire baiser ensemble. Quelquefois que
nous estions assis sans nous toucher et que personne ne nous regardoit,
il mettoit son manteau audevant et me le faisoit veoir en bon point,
se complaignant avec les yeux, de quoy j’avois si grand pitié que je
ne me pouvois saouler de le regarder. Cela m’obligeoit quelquefois à
m’approcher de luy, et tenant ma chemise levée par dessoubs ma jupe,
il couloit la main par la fente de derrière et me touchoit la chair
depuis les fesses jusques aux hanches et tout autour du ventre, et se
consoloit de cela. Or j’avois plus souvent (prévoyant son dessein) ma
robe de dessus à demi troussée, comme ont la plupart des filles quand
elles sont à la maison, et cela faisoit qu’il lui estoit plus facile de
me passer ainsi la main, parceque ma robe, qui couvroit tout, faisoit
penser, quand on le voioit, que c’estoit par dessus la jupe qu’il
m’embrassoit, tellement qu’il luy estoit quelquefois aysé de la faire
arriver jusqu’au con dans les attouchements. Il me chatouilloit avec
le doigt; j’avois beau luy faire signe et luy dire à l’oreille qu’il
s’arrestast, il n’en faisoit rien, et pour peu que ma mère eust le dos
tourné ou qu’elle fist un pas à la fenestre, il me faisoit descharger.
Cependant, quand je pouvois, je luy prenois l’engin sous le manteau,
et regardant toujours ma mère, pour peu qu’elle eust destourné, je
luy branlois à luy pendant qu’il me branloit à moy et qu’il me faisoit
aussi descharger. Enfin, sans y penser, et à force d’imagination, nous
trouvasmes une invention (38) pour chevaucher devant le monde sans
qu’on s’en aperçoive.
_Susanne._ Et comment faites-vous cela?
_Fanchon._ Une fois que j’empesois, debout sur la platine, et que
ma mère estoit descendue en bas, il s’approcha aussi tost de moy,
et troussant ma chemise par la fente de ma jupe, tout en discourant
de diverses choses et de la cruauté de nostre destinée, il me mit le
manche roide entre les fesses, s’efforçant de le faire aller jusques
au con. Je sentis qu’il remuoit là auprès et demeuray attentive à ce
qu’il faisoit, sans songer à ce que j’avois sur la platine, qui estoit
un cotillon de fustaine blanche que je repassois parce qu’il n’estoit
pas assez sec. Voyant qu’il n’y pouvoit arriver, il me mit la main sur
le cul et me dit que je me baissasse, et qu’il prendroit bien garde
s’il venoit quelqu’un, mais en me baissant la fente de ma jupe n’estoit
pas assez longue et luy fit sortir l’engin par la raie du cul, si bien
qu’il me fit redresser, maudissant son aventure, et se contenta de me
descharger promptement entre les fesses.
_Susanne._ Quel dommage!
_Fanchon._ Son ardeur estant appaisée, il remit son engin dans sa
brayette, et je m’apperçus aussi tost que le feu avoit pris au cotillon
qui estoit sur la platine. Je fis un cry en l’ostant promptement
de dessus, et ma mère arriva sur ces entrefaites, qui me querella
bien fort de ma négligence et me dit qu’elle ne m’en donneroit point
d’autre. Mais Robinet mit le holà le mieux qu’il put, disant que
c’estoit une flammèche qui estoit sautée dessus pendant que j’avois
regardé à la fenêtre, et que ç’avoit esté la faute de luy, qui n’y
avoit pas pris assez garde. Et voilà comme l’affaire se passa.
_Susanne._ Mais où est donc cette invention que tu dis?
_Fanchon._ Entendez-moy, la voicy. Deux jours après, Robinet vint le
soir au logis et trouva qu’on dançoit. C’estoit une petite compagnie
ou réjouissance qui se faisoit pour le jour de la feste de ma mère.
Il avoit trinqué ce soir là plus qu’à l’ordinaire, et faisant semblant
qu’il vouloit dormir pendant que tout le monde dançoit, il se mit dans
une chaise ou fauteuil bas, et trouvant à point nommé que j’estois
si lassée que je n’en pouvois plus, il me tira par derrière et me fit
asseoir sur luy pour l’entretenir. Je faisois semblant, en l’escoutant,
de regarder les autres, et cependant il me coula la (39) main par la
fente du cotillon et fit tant qu’il vint à me toucher le con. Je sentis
aussitost son affaire roide qui poussoit dessous moy et cela me mit
en humeur de ne luy rien refuser. Il eust bien voulu la passer par la
fente du cotillon et me le dit bas à l’oreille, mais il ne pouvoit
détrousser le cotillon et n’y avoit pas d’apparence devant tant de
gens. Enfin, en mesurant avec la main combien il s’en falloit que ceste
fente du cotillon n’estoit pas assez longue pour parvenir au con, il
trouva justement à l’endroit qu’il falloit le trou que le feu avoit
fait au cotillon, quand ma mère me querella si fort; il me le dit
incontinent tout bas, et sans perdre de temps, rangeant ma chemise,
poussa son affaire dans le trou et coula tout entre mes cuisses. Je
m’accommoday dessus le mieux que je pus et fis tant qu’il en entra bien
la moitié. Nous fusmes longtemps de la sorte sans rien opérer, car il
n’osoit branler fort; néanmoins, s’aydant le mieux qu’il pouvoit, et
tousjours appuyant doucement du croupion, la compagnie ne s’aperçeut
point qu’il me avoit rien fait. Pour moy, je me tins ferme sur le
pivot et fis bonne mine jusques à la fin que j’eus assez de peine à
dissimuler le plaisir que je sentois. Il me le fit encore un coup, une
heure après, dans la même posture, et du depuis elle nous a bien servy
et j’ai béni cent fois le cotillon percé pour m’avoir causé tant de
plaisir.
_Suzanne._ Cela estoit pourtant bien dangereux de la sorte, car comment
faisois-tu, quand le foutre couloit dans ton con, pour empescher qu’on
ne reconnust que ton plaisir venoit.
_Fanchon._ Ma cousine, je me contraignois furieusement et grinçois des
dents en regardant contre terre.
_Susanne._ Vrayement, c’estoit là un beau moyen! Il ne falloit que
mettre les mains, comme cela, sur le visage et faire semblant d’avoir
mal à la teste.
_Fanchon._ C’est bien dit, ma cousine, mais, que voulez-vous, on n’a
point tout savoir. Je n’ay reçeu jusques à ce jour d’instruction que
de votre part, car pour Robinet, hélas! nous n’avons pas eu loisir de
cela; c’est pourquoy vous sçavez bien tout ce que vous me pouvez avoir
appris.
(40) _Susanne._ Eh bien! demande ce que tu voudras. Qu’est-ce qui
t’empesche? Tu sais bien aussi si je t’ay jamais rien refusé; car
comment veux-tu que je te devine si tu ne proposes rien.
_Fanchon._ Ma cousine, de tout ce que nous avons dit des plaisirs, j’ai
recueilly que ceste partie de l’homme qu’on appelle le vit est celle
qui donne le plus de satisfaction à la femme; (41) je voudrois bien
maintenant que me disiez quelles sortes de vits sont les meilleurs et
les plus divertissants.
_Susanne._ Je suis bien ayse que tu me proposes ainsi la chose par
ordre, et nous en viendrons à bout facilement. Tu doibs sçavoir
premièrement qu’il y a des vits de toutes les façons, mais tous
généralement se réduisent à trois, qui sont petits, grands et moyens.
_Fanchon._ O bon! les petits comment sont-ils?
_Susanne._ Ils sont de quatre à six poulces de longueur et gros à
l’advenant, mais ils ne sont pas de mise quand ils sont si petit, car
outre qu’ils ne remplissent guère le con, n’estant pas assez gros,
c’est que si la dame a le ventre un peu gros ou la mothe un peu trop
grossette, ce qui est une imperfection en elle, ou le trou placé un peu
trop bas, ce qui est un défaut pareillement, ils ne sçauroient entrer
que deux ou trois doigts en profondeur dans le col de la nature de la
femme.
_Fanchon._ Et les grands?
_Susanne._ Les grands escartent et entr’ouvrent trop la dame, par leur
grosseur, et luy font mal, quand mesme elle ne seroit pas pucelle, et
pour la longueur (42) ils atteignent trop avant dans la matrice, d’où
vient qu’il y a des hommes qui sont contraints de mettre des bourrelets
contre le ventre, ou bien la dame y met la main en les recevant, pour
les marquer selon la longueur qu’elle en veut et empescher que le reste
ne passe, et ceux là sont de dix à douze poulces.
(43) _Fanchon._ Et les moyen?