pas plustost senty roide comme il estoit, que je ne songeai plus à
m’endormir, mais respondant à ses caresses, m’appelant son cœur et son
âme, nous roulasmes longtemps l’un sur l’autre, entrelassez de bras
et de jambes, et nous démarames tant que nostre couverture en cheut à
bas; néanmoins, comme il ne faisoit pas froid, nous ne songeames pas
à la ramasser, mais nous eschauffant de plus en plus, il me fit oster
ma chemise en ostant la sienne, et fit cent bonds sur le lict en me
monstrant son vit qui estoit roide. Puis m’ayant demandé permission
de folastrer en tous lieux et liberté, il répandit et sema par terre
cent boutons de roses, et me les fit aller ramasser toute nue, au beau
milieu de la place, me tournant d’un costé et d’autre, et considérant
à la lueur du feu et de la chandelle qui estoit en divers endroits de
la chambre les diverses postures que je faisois en me baissant et me
haussant après. Il me frotta avec une essence de jasmin par tout le
corps, et luy s’en frotta pareillement; et nous estant remis sur le
lict, nous fismes vingt culbutes pour nous esgayer. En suite de quoy,
me tenant agenouillée devant luy, il me consideroit partout, les yeux
ravis en extase. Il exaltoit tantost mon ventre, puis mes cuisses,
puis mes tétons, et tantost l’enflure de ma motte qu’il trouvoit ferme
et rondelette, y portant quelquefois la main, et je ne dis point que
toutes ces petites fantaisies ne me plaisent infiniment. Et puis me
tournant par derrière, il contemploit tantost mes épaules, puis mes
deux fesses, et puis me faisant baisser les mains sur le lict, il
montoit à cheval sur mon dos et me faisoit aller; et quand il eut
ainsi demeuré quelques temps, il descendit de son cheval, non pas de
costé, mais à reculons (car il ne craignoit pas, disoit-il, que je luy
ruasse des coups de pied), et ainsi tout d’un temps, en descendant son
membre par entre mes deux fesses, il me le fichoit dans mon con. Au
commencement, je me voulois lever et faisois la rétive, mais luy me
prioit, me conjuroit, se désesperoit, si bien que j’en avois pitié;
je me remettois, et luy prenoit son plaisir à me le fourrer dedans et
le retirer tout d’un coup, se délectant à le voir entrer et sortir,
et (44) cela faisoit un bruict, cousine, comme les boulangers qui
enfoncent leur poing dedans la paste et le retirent soudain, ou comme
les petits enfants qui retirent leur baston de leur canonnière où ils
ont desjà mis un tampon de papier.
_Fanchon._ Quel dévergondage, ô Dieu! de part et d’autre. Et aviez-vous
du plaisir à cela aussi, vous?
_Susanne._ Pourquoy non? Quand on s’aime bien, ce sont de petites
coyonneries qui plaisent toujours et qui ne laissent pas de chatouiller
un peu, et cela fait passer autant de temps agréablement, outre que
l’on le trouve meilleur par après.
_Fanchon._ O bien donc, poursuivez, si vous le trouvez bon.
_Susanne._ Enfin, quand il fut las de me chatouiller de la sorte,
nous allasmes, aussi nuds que nous estions, auprès du feu, où il me
fit asseoir dans une chaise auprès de luy, et aussi tost alla prendre
dans un coin de la chambre une bouteille d’hypocras avec certaines
confitures dont il me fit manger, et je me sentis merveilleusement
restaurée. Or cependant que nous mangions, il s’estoit remis auprès
de moy en posture humble et suppliante, et me cajolloit comme s’il ne
m’avoit jamais vue, me contant son martyre et qu’il se mouroit pour
l’amour de moy, avec les plus douces paroles du monde. Si bien que,
feignant d’en avoir pitié, je lui ouvrois mes cuisses, ainsi mise que
j’estois, et luy, tenant son engin au poing, se traînoit à genoux entre
deux, disant qu’il le vouloit seulement mettre à couvert. Et ayant
aussi tost pourveu à cela, me tenant enfilée sans mouvoir davantage,
ainsi en mangeant toujours nous raisonnions doucement de chaque chose,
et quand il estoit à moitié mangé nous le renvoyions de bouche en
bouche. Tant qu’estans lassés de ceste posture nous en recommençasmes
une autre, et tantost une autre, et ainsi à l’infiny, me considérant
partout, et il sembloit qu’il ne l’avoit encore jamais fait et qu’il
ne s’en deust jamais soûler. Ensuite de quoy il se ravisa et prit un
verre sur la table, qu’il remplit d’hypocras, et voulut que je beusse
la première. Je le vuiday entièrement, et l’ayant aussitost remply pour
luy il en fit autant que moy. Nous continuasmes deux ou trois fois, en
sorte que les yeux nous pétilloient d’ardeur et ne respiroient que le
combat naturel. Nous fismes donc trève de bonne chère, et retournant à
me caresser, me prist soubs les bras et me fit lever, et quand je fus
debout il fit mine de me chevaucher ainsy, et se trémoussa vers moy
en se baissant et moy vers luy en me haussant; les culs nous alloient
à tous deux comme s’il eust desjà le vit au con, et voyant qu’il ne
pouvoit rien faire entrer à cause de l’incommodité d’estre debout, il
m’apprit au moins que ce qu’il en faisoit estoit pour m’enseigner à
remuer les fesses (45) de mesure pour quand nous serions accouplez, et
que le remuement de deux fesses bien accordées, qui s’approchent et se
retirent quand il est temps, est un grand assaisonnement à la volupté.
Il m’apprit ensuite plusieurs autres choses à faire, qu’il trouvoit
agréables devant et pendant le déduit. Que diray-je davantage? il ne
nous manquoit qu’un miroir pour mieux contempler nos postures, à faute
de quoy il me monstroit tous ses membres qu’il avoit les mieux faits,
et vouloit que je les maniasse, prenant autant de plaisir d’estre
touché de moy qu’il en avoit à me toucher. Bref il n’avoit jamais
mis tant d’apprêts à me chevaucher comme il fit ceste fois là, et
luy en ayant tesmoigné ma pensée, je le priay de mettre fin à toutes
choses. Il estoit las de baiser, manier, fouiller et farfouiller,
c’est pourquoy il m’escouta et nostre plaisir ne put souffrir un plus
long delay. Je l’empoignay par le manche et le menay au pied du lict,
où je me couchay à la renverse, l’attirant dessus moy; je m’enconnay
moi-même son vit dans mon con jusques aux gardes; il faisoit craqueter
le lict en poussant, et je luy repoussois de toutes mes forces. Bref,
tout estoit en agitation parmy nous, et ne pouvions plus rien faire
entrer par le remuement des fesses; je sentois les coüillons d’ayse qui
battoient la cadence contre les miennes. Enfin, il eslance de plaisir
contre moy et me dit qu’il alloit faire un grand coup, dont je serois
toute ravie. Je luy dis qu’il se despeschât vistement, et nous nous
dismes en suite plus de vingt fois l’un à l’autre: Et tost, m’amour,
mon cœur, et quand feras-tu? lors il commença à faire la descharge et
m’en donna le signal en me baisant et me poussant de force toute sa
langue dans la bouche. Il me semble (46) encore que j’y suis, quand
il eslanca par plus de six fois la liqueur amoureuse en moy, et cela
se faisoit à petites secousses, et chaque secousse me faisoit mourir
autant de fois. Je fis aussi ma descharge avec luy, et pour bien
exprimer quel estoit nostre plaisir, tiens, ma cousine, tu aurois esté
ravie en extase en voyant seulement comme il toussoit et se tourmentoit
sur moy dans le temps que nous achevions de fournir notre carrière.
_Fanchon._ Non seulement je le crois, ma cousine, mais je sens une
émotion toute pareille dans la description que vous m’en faites, et
pour vous dire franchement mon advis, j’aimerois mieux les conclusions
en ces sortes d’affaires que de m’amuser autant de sortes d’apprêts que
vous m’avez là racontés.
(47) _Susanne._ C’est au contraire de ce que tu dis. La conclusion
ne peut manquer, et cela estant, il faut estre plus mesnagère de ce
plaisir, qui autrement seroit de courte durée sans la préparation qu’on
lui apporte. Or si je croyois assez avoir de temps avant que Robinet
fust venu, je te ferois un petit discours qui te serviroit encore bien
d’instruction là-dessus.
_Fanchon._ Hé! de grâce, ma cousine, puisque nous y sommes, achevez, et
faites que je vous aye l’obligation entière.
_Susanne._ Apprens donc qu’il y a cent mille délices en amour qui
précèdent la conclusion, et lesquelles on ne peut autrement gouster
que dans leur temps, avec loisir et attention, car autre chose est le
baiser que l’attouchement, et le regard que la jouissance parfaite.
Chacun de ces quatre a ses différences ou divisions particulières.
Il y a premièrement le baiser du sein et de la bouche et des yeux,
bref de tout le visage; il y a le baiser mordant, qui se fait par
l’attouchement et impression des dents dedans la chair; le baiser de
la langue, qui est le plus suave, et le baiser des autres parties du
corps, selon que la fantaisie amoureuse, qui n’a point de bornes, est
capable d’emporter la raison; et chacun de ces baisers a ses goûts
différents et qui sont capables d’amuser longtemps par la nouveauté
et douceur qui s’y rencontrent. Pour l’attouchement, il est divisé
selon la division des membres et ses plaisirs sont aussi différents. Le
téton ferme et rebondi remplit agréablement la main et fait aussitost
dresser le vit par imagination d’autre délices; du téton l’on vient
aux cuisses, et l’on gouste un autre plaisir à sentir deux colonnes
d’albâtre, vives et charnues, quand la main se pourmeine autour. Bref,
la main va agissant par tout: tantost sur le ventre plein et arrondy,
tantost sur la motte velue, qu’elle empoigne et tire par les poils,
fouillant et farfouillant des doigts à l’entrée du con, en faisant
entr’ouvrir les deux lèvres de nature avec des émotions vives et
ardentes, et de là faisant le tour par les hanches, elle est emportée
sur les fesses, qui sont d’aimant pour elle et qui l’attirent avec tant
de vertu que l’on voit le membre amoureux se tendre roidement vers le
centre velu qui l’attire. Ce membre aussi a ses plaisirs particuliers
d’attouchement et se plaît d’estre logé tantost dans la main de la
dame, tantost entre les cuisses, tantost entre les fesses et tantost
entre les mamelles. Si tu sçavois quel plaisir que c’est, quand un
corps nud se vautre sur un autre et que les bras, les jambes, les
cuisses sont entrelacés les uns parmy les autres d’une douce estrainte,
à la façon des anguilles, tu ne voudrois jamais faire autre chose. Pour
les regards amoureux, il n’y a rien si plaisant à considérer qu’un beau
corps en la personne aymée, la structure de ses membres, ses postures
et ses dispositions lascives; il n’y a rien qui excite davantage au
plaisir, autant à voir qu’à estre veu; toutes les passions s’expriment
par là, et l’âme se donne entièrement à connoistre en furetant les
lieux qui luy sont plus plaisants à voir. A ceste heure, la joye est
si grande de regarder aux yeux de la personne aymée et de luy faire
cependant quelque lasciveté au corps, dont elle soit honteuse ou esmue
de quelque autre passion, qu’il n’y a langue humaine qui le puisse
dignement exprimer. Quelle joye aussi de se montrer nud aux yeux de
ce qu’on ayme, et de plus, luy causer ainsi d’abord de l’estonnement
et de la confusion par un spectacle qui ne luy doit donner par après
que du ravissement. La jouissance vient ensuite dans son rang, comme
la dernière, et elle doibt donner lieu et temps que ces premières se
soyent passées auparavant, car après elle les autres n’ont presque
plus de goust ny de pointe, et elles luy doivent toujours servir
d’avantcoureurs. Or cette jouissance dernière comprend et surpasse tous
les autres plaisirs, et a ses façons particulières de mettre le vit au
con, qui sont de plusieurs sortes: dans le glissement d’un vit dans
un con large ou estroit (et il est toujours plus plaisant qu’il soit
trop estroit que trop large), dans la considération du temps et des
lieux, dans le mouvement prompt ou tardif, dans les delays qu’on prend
pour descharger, dans la quantité de la liqueur que l’on répand, dans
les accolades et embrassements. Et parmy tout cela, depuis le premier
moment qu’on a commencé à baiser, regarder, toucher et enconner,
jusques à l’entier accomplissement de l’œuvre, il faut donner place et
entremesler cent mille mignardises et agréments: jalousies et petits
mots, lascivetés, pudeurs, frétillements, douceurs, violences douces,
querelles, demandes, responses, remuements de fesses, coups de main,
langueurs, plaintes, soupirs, fureurs, action, passion, gesticulation,
souplesse de corps et instruction d’amour, commandements, prières,
obéissance, refus, et une infinité d’autres douceurs qui ne peuvent pas
être pratiquées en un moment (48). Voilà ce que je t’avois à dire là
dessus, ma cousine; or regarde donc maintenant si toutes ces sortes de
douceurs et caresses ne sont pas douces à supporter et si je n’ay pas
occasion de me louer de ma bonne fortune qui m’a procuré un amy qui en
sçait si bien user dans le temps et qui est si raisonnable d’ailleurs.
_Fanchon._ Certainement je reconnois que c’est un art bien difficile
à apprendre que celui-là, ma cousine, et il y auroit bien encore
plus de choses à dire, ce me semble, si l’on demandoit les raisons
particulières de chaque point.
_Susanne._ Vrayement il ne faut pas que tu doutes qu’on n’y puisse
adjouster, et quand je te reverray, j’espère bien de t’en raconter
davantage. Mais parlons encore de mon amy; à propos, que t’en semble,
encore une fois?
_Fanchon._ Je vous dis que vous estes bien heureuse, ma cousine, et que
vostre mérite aussi vous rend digne en partie du bien qu’il vous fait
recevoir.
(49) _Susanne._ Point du tout, mon cœur, car mon mérite ne le rend
point sage comme il est. Tu ne sçaurois croire au reste la discrétion
qu’il a pour moy: quand nous sommes devant le monde, il n’oseroit
presque me regarder, par respect, et il semble qu’il n’auroit pas la
hardiesse de baiser le bas de ma robe, tant il a peur de m’offenser, et
cependant, il faut advouer qu’il sçait si bien bannir le respect quand
il est temps, qu’il n’y a sorte de mignardises et de lascivetés qu’il
ne commette et ne fasse commettre, pour me donner du plaisir et à tous
deux du contentement.
_Fanchon._ Eh! paix!
_Susanne._ Qu’y a-t-il donc?
_Fanchon._ Ah! ma cousine, le cœur me bat, et j’entends Robinet qui
vient icy.
_Susanne._ Eh! tant mieux! réjouis-toi; de quoy as-tu peur? Que je
porte desjà d’envie à ton bonheur et au plaisir que tu vas recevoir.
Cependant rasseure-toy toujours un petit et te dispose à luy faire
bonne chère de tes faveurs; je m’en vais au devant de luy pour le
recevoir. Tandis que tu l’attendras sur le lict, feignant de travailler
à ton ouvrage, je lui conteray comment il se doibt comporter, afin que
tu ne sois pas surprise. Adieu.
_Fanchon._ Adieu, ma chère cousine, je me recommande bien à vous.
FIN DU PREMIER DIALOGUE.
ADVERTISSEMENT AUX DAMES
_Mes belles dames, il y aura encore quelque chose à profiter icy pour
vous, et après avoir contenté les plus pressées dans le précédent
discours, vous verrez que ce dialogue icy ne mérite pas moins de porter
le titre, sur la fin, de_ la Philosophie des Dames, _pour les belles
et rares difficultés qui y sont expliquées, que celuy qu’il continue
de porter, de_ l’Escole des Filles. _Je ne doute point, mes dames,
que vous ne soyez assez bien instruites à toutes les mignardises et
délicatesses de l’amour, et que vous ne sçachiez mettre en pratique,
encore mieux que l’on ne sçauroit dire, tout ce que l’art et la nature
ont inventé de plus ingénieux pour les rendre plus désirables. Mais il
y en a toujours quelques unes entre vous qui font déshonneur à leur
sexe, et c’est une honte de les voir ainsi belles, grandes et bien
formées qu’elles sont, néanmoins, pour avoir esté mal instruites, après
plusieurs années d’escole et d’apprentissage, se tenir immobiles au
lict comme des souches aux plus vifs attouchements, ne respondre que
froidement aux plus chaudes caresses qui leur sont faites, et n’avoir
pas l’esprit de dire seulement ce qu’elles sentent. La faute vient sans
doute de ce qu’elles n’ont pas eu la théorie avant la practique, et
elles méritent pour cela d’estre renvoyées à l’Escole, pour y apprendre
les commencements avec les filles. Pour vous, mes dames, qui estes
montées jusques à la première classe et qui estes passées maistresses
dans ceste Escole, et qui sçavez les moyens, quand il vous plaist, pour
enyvrer un amant de vos moindres faveurs et luy faire sentir mille
morts délicieuses avant qu’il soit venu jusques à la dernière, c’est
à vous que je dédie ces hauts raisonnements, tirés de la plus subtile
doctrine de l’amour. Ils ne sont pas indignes de vostre attention, et
vous y trouverez infailliblement des nouveautés qui occuperont vostre
esprit à les lire et à les examiner, pour peu que vous incliniez aux
belles choses. J’ose mesme croire, mes dames, que vous en ferez vostre
profit, comme j’ay dit, et que dans vos esbats particuliers, ayant
l’imagination remplie de ces agréables idées, ceux qui auront l’honneur
de vous posséder prenant part à vos pensées, vous unirez vos corps par
de plus douces estraintes et ferez des embrassements plus mols et plus
voluptueux, à vostre grande satisfaction._
L’ESCOLE DES FILLES
OU
LA PHILOSOPHIE DES DAMES
SECOND DIALOGUE
SUSANNE ET FANCHON, personnages.
_Susanne._ A ceste heure que nous voylà seules, conte-moy comment il va
depuis le temps que je ne t’ay point vue.
(1) _Fanchon._ Fort bien, ma cousine, dont je vous rends grâces, et en
dépit de ma bonne bigotte de mère qui m’avoit tant de fois preschée de
fuir les garçons, disant qu’ils ne valoient rien et qu’ils trompoient
les filles, car je vous asseure que celuy que j’ay ne m’a pas encore
trompée.
_Susanne._ Ho! ho! vrayement, il n’auroit guère de cœur et il faudroit
qu’il fust bien malheureux pour en user de la sorte. Mais tu n’es
pas faschée de luy avoir permis ce que tu sçais, à ce que je me puis
imaginer?
_Fanchon._ Non, aussi vray, ma cousine, tant s’en faut; et si c’estoit
à recommencer, je le ferois de bon cœur, sçachant ce que je sçay, car
je vous asseure que c’est un grand soulagement d’estre aimée, et je
trouve, pour moy, que je m’en trouve mieux de la moitié depuis que je
me suis appliqué la peau d’un garçon dessus.
_Susanne._ Tu en es seulement plus gaillarde à te voir comme tu es, et
tu me portes la mine d’estre un jour bien fine et rusée à ce jeu.
_Fanchon._ Ma cousine, ce n’est rien que cela, et j’apprends tous les
jours. On est un peu honteuse au commencement, parce qu’on n’a pas
accoutumé de le faire, mais, à la fin, je mettray soubs pieds toute
honte, car mon amy m’apprend peu à peu à n’en point avoir. Il dit
qu’il me veut rendre une des plus habiles filles qui soient capables de
donner du contentement aux hommes.
_Susanne._ O bien! il faut espérer cela de son amitié et de ton bon
naturel. Or, pour t’y porter encore plus, il faut considérer l’avantage
que tu as sur les autres filles, d’avoir un si grand plaisir qu’elles
n’ont point, et t’ouvrir d’ores en avant l’esprit, pour en faire un
petit commerce et considérer les raisons qu’il y a d’en user ainsi.
(2) _Fanchon._ Ma cousine, cela est estrange: depuis que Robinet a
couché avec moy et que j’ay veu et senty les choses, en examinant les
raisons, tout ce que m’a dit par cy devant ma mère ne me paroist plus
que sottises et des contes pour amuser les petits enfants. Comment,
il semble que l’on ne soit garçon et fille que pour cela, et l’on ne
commence de vivre au monde que depuis que l’on sçait ce que c’est et
que l’on en a gousté, et tout ce que les garçons et filles font, tout
ce qu’ils pensent, tout ce qu’ils disent, il semble qu’il ne doive
aboutir que là, quelle hypocrisie donc et quelle rigueur à ceux qui le
veulent empescher! Je n’estois bonne auparavant qu’à filer et me taire,
et à présent je suis bonne à tout ce que l’on voudra. Quand je parle
maintenant avec ma mère, je me fonde en raisons et je discours comme
si c’estoit une autre, au lieu qu’autrefois je n’osois desserrer les
dents. Pour ce qui est de cela, l’esprit commence à me venir, et je
mets mon nez dans les affaires où à peine aurois-je pu rien connoistre
auparavant, et quand ma mère y trouve à redire, je luy responds
bravement et luy fais voir son bec jaune; enfin, elle est tout estonnée
de me veoir et conçoit de là une meilleure opinion de moy.
_Susanne._ Et cependant elle n’a rien descouvert de vos affaires?
_Fanchon._ Non, point du tout. O! qu’elle n’a garde, vrayement; j’y
donne trop bon ordre.
_Susanne._ Mais en quel état sont-elles à présent?
_Fanchon._ Très-bien, ma cousine, excepté seulement que Robinet ne me
vient pas veoir si souvent que je le voudrois bien.
_Susanne._ Tu es donc bien accoutumée avec luy, à ce que je vois?
_Fanchon._ O! qu’ouy vrayement, nous sommes en la meilleure
intelligence du monde.
_Susanne._ Et n’as-tu pas eu un peu de peine auparavant, et n’as-tu pas
trouvé estrange du commencement de ses façons de faire?
_Fanchon._ Vous allez tout sçavoir, et vrayement, si vous m’avez fait
autrefois des contes de plaisir et de chatouillement, j’en ay bien
d’autres tout prêts à vous faire à ceste heure; j’ai de quoy vous payer
en la mesme monnoie que vous m’avez fait.
_Susanne._ Dis donc vite, ma connaude, cela ne peut estre mauvais, de
la façon que je me le figure, et quand tu auras dit, par après nous
verrons si tu as affaire à un habile homme.
(3) _Fanchon._ Pour commencer donc, la première fois qu’il me fit cela,
j’estois sur le lict assise où vous m’aviez laissée, comme vous sçavez,
qui faisois semblant de coudre à mon ouvrage. Quand il entra dans la
chambre, il me salua d’abord et me demanda comment je me portois, et
luy ayant respondu civilement, après quelques cérémonies faites pour
s’asseoir, il se mit enfin auprès de moy, me regardant fixement au
visage. Je crois qu’il regardoit si je ne me doutois de rien, et après
s’estre enquis là où estoit ma mère et à quel ouvrage je travaillois,
il me dit, en tremblant, qu’il vous avoit rencontrée sur le degré, là
où vous lui aviez bien dit des choses de moy, si je vous en avois donné
charge. Je ne luy respondis rien, en souriant, et cela lui faisoit
peut-être penser qu’il en estoit quelque chose; au moyen de quoy, luy
voyant que je demeurois muette et quasi comme interdite, il prit un peu
plus de hardiesse et s’efforça de me baiser. Je le laissay faire sans
beaucoup luy résister, m’estant préparée à tout ce que vous m’aviez
dit. Et s’estant retiré après pour me considérer, il vit que j’estois
devenue toute rouge de honte et que je n’osois le regarder, ce qui fust
cause qu’en s’approchant aussi tost il me dit:—Tu rougis, m’amour;
baise-moy encore un coup. Et ce disant il me baisa, mais il demeura
un peu plus longtemps à ce baiser qu’à l’autre, parce qu’il avoit mis
sa langue dans ma bouche, et, je ne vous mentiray point, ceste façon
de baiser me plaist extrêmement. Si bien que voyant que c’estoit une
affaire qu’il faut, et qu’à toutes choses il y a commencement, je pris
une ferme résolution de complaire à tout ce qu’il me feroit.
_Susanne._ Fort bien.
_Fanchon._ Je reçus donc sa langue sous la mienne, où il la fit
frétiller longtemps, et demeuray ainsi collée avec luy, goustant, sans
penser à autre chose, le premier plaisir, tandis qu’il glissa sa main
soubs mon mouchoir de col, où il me prit les tetons, qu’il mania l’un
après l’autre, et puis la coula dans le sein le plus avant qu’il put.
_Susanne._ Voilà un bon commencement.
_Fanchon._ Et la fin n’en sera pas pire; car voyant qu’il ne me pouvoit
atteindre plus avant, il la tira dehors et la posa sur mes genoux,
et toujours en me baisant (4), il leva petit à petit ma jupe avec les
doigts, et me venoit à toucher enfin le dessus de la cuisse.
_Susanne._ Cela s’appelle, comme il faisoit, toujours gagner pays. Je
pense que le cœur lui battoit bien.
_Fanchon._ Vous allez veoir qu’il n’y a guère de filles, à ce qu’on
m’a dit, qui ayent de plus belles cuisses que moy, je puis me vanter
de cela, et qui soient mieux faites que les miennes, car je les ay
blanches, grosses et douillettes.
_Susanne._ Je le sçay bien, pour les avoir veues et touchées.
_Fanchon._ C’est pourquoi il tressaillit d’ayse en les touchant, et
s’estant serré plus fort contre moy en les pressant (5), pour me dire
qu’il n’avoit jamais senty de chair si douce, son chapeau, qu’il avoit
mis sur son genou, tomba à terre, et ayant aussi tost porté les yeux en
cest endroit, par curiosité, je vis, le long de sa brayette, une longue
enfleure qui poussoit et taschoit à sortir dehors.
_Susanne._ Ha! carogne, hé bien?
_Fanchon._ Je songeay aussi tost à cest engin roide que portent les
hommes pour pisser, comme vous m’aviez dit, et avec lequel il devoit me
donner du plaisir, et je me souvins qu’en entrant dans la chambre je ne
l’avois point veu comme cela.
_Susanne._ C’est qu’il ne bandoit pas alors.