_Susanne._ Ouy dea, avec la main, en le frottant doucement, et si tu

savois les vertus (23) de la main de la fille, et combien elle a de

pouvoir à donner du plaisir aux garçons, tu en serois esmerveillée.

_Fanchon._ De grace donc, ma cousine, dites-moy comment et en quelle

rencontre cela arrive.

_Susanne._ Voicy comment il arrive: quelquefois que le garçon et la

fille sont seuls dans une chambre ou dans un jardin, il n’importe point

où, et s’entretiennent de choses indifférentes, le plus souvent ils ne

pensent point à se faire bien aises ny à se donner du plaisir, à cause

de quelque autre soucy qu’ils auroient en tête, et le garçon voudroit

seulement baiser une fois la fille avant de s’en aller, comme par

manière d’acquit. La fille qui est faite à cela, si tost qu’elle sent

la bouche du garçon contre la sienne, vient à pousser petit à petit sa

langue en pointe dedans, et la fait frétiller contre ses lèvres avec

un grand ragoust; que cela met en humeur le garçon, qui la prie de

recommencer. Alors, la fille peut prendre un autre plaisir, qui plaist

aussi encore au garçon, et ayant regardé tout autour d’elle si personne

ne la voit, elle met la langue aussitost dans la bouche du garçon

(24). Tandis qu’elle luy fait cela, elle le baise, coulant sa main sur

son engin, qu’elle prend dans la braguette, et quand elle l’a patiné

quelque temps, de mol qu’il estoit auparavant, elle le fait devenir dur

comme un baston. Et on ne sçauroit dire pourtant comme cela se fait

ny par quelle vertu, car elle le frotte seulement deux ou trois fois

par dessus la peau, et le garçon qui sent cela ne sçauroit s’empescher

de dresser, quand il voudroit. Et comme il faut que tout se fasse par

ordre et dans les règles du plaisir, et que la fille est assez bien

instruite à cela, si tost qu’elle l’a fait ainsi droit, elle le retire

hors de la braguette, et le regarde et luy donne une petite secousse

pour l’achever, et puis le laisse ainsi tendu en estat, pour s’en

servir en après.

_Fanchon._ Ho! ho! je ne pourrois retenir tout cela, et faut-il, ma

cousine, qu’une fille sçache toutes ces choses?

_Susanne._ Et bien d’autres encore; ce n’est pas là tout, et quand elle

a demeuré quelques temps ainsi, elle essaye un autre plaisir pour faire

encore au garçon.

_Fanchon._ Encore!

(25) _Susanne._ Ouy, encore; elle lui met la main sur les ballottes

qu’il a au-dessous de cest engin et les soulève mignardement en les

passant et repassant doucement entre les doigts, et quand elle a fait

en cest endroit, elle lui vient manier les fesses et les cuisses, en

gravonnant entre ses poils, revient à luy branler l’engin, en sorte que

la teste, qui est tout en sueur, s’allonge et redresse et ressemble

un qui voudroit vomir et qui ne peut. Mais le garçon ne sent aucune

douleur de cela, au contraire: il est si ayse qu’il ne peut parler;

il pousse le cul en avant, pour que la fille luy fasse toujours; il

obéit à tout ce qu’elle veut et semble qu’il escoute tout ce qu’elle

luy fait, et à voir comme son visage est attentif à toutes les caresses

qu’elle lui départ de sa main, il semble qu’elle le gratte bien où il

luy démange et qu’il n’a point d’autre soucy au monde que celui-là.

Mais par après, quand il se voit chevauché par elle qu’il devroit

chevaucher luy mesme, ô dame, c’est alors qu’il est bien plus ayse,

et que cela luy est presque aussi doux à supporter que comme s’il

deschargeoit continuellement.

(26) _Fanchon._ Certes, voilà bien des sortes de plaisirs, et je ne

sçais si je pourray bien retenir tout. Et comment fait donc la fille,

ma cousine, pour chevaucher le garçon quand il est si ayse?

_Susanne._ C’est alors qu’il se couche à la renverse, et que la fille

monte dessus et se remue dessus luy.

_Fanchon._ Ho! ho! voilà encore une autre façon, et l’on fait donc ce

doux jeu en bien des postures?

_Susanne._ De plus de cent, vois-tu, et l’on y prend plaisir à toutes,

mais tu le sçauras plus à loisir.

_Fanchon._ Et pourquoy le garçon a-t-il plus de plaisir quand il est

chevauché de la fille, que quand il chevauche?

_Susanne._ C’est qu’il dit qu’il luy est bien obligé de tant de peine

qu’elle prend, et qu’il juge mieux par là de sa bonne volonté; et

il dit qu’il se veut soumettre à elle par humilité et qu’il n’est

pas digne de prendre le dessus, et la fille, qui est pleine de

reconnaissance, elle fait un grand effort sur son courage.

_Fanchon._ Aussi vrayement elle le doibt, car voilà une grande civilité

du garçon.

_Susanne._ Et qui est continuée jusqu’à la fin, car il ne se remue en

façon du monde et luy laisse faire à elle ce qu’elle veut, qui n’y a

pas moins de plaisir cependant que luy.

_Fanchon._ Cela estant, ma cousine, il me semble que la peine qu’elle

prend luy doit estre bien agréable, car vous m’avez mise tout en humeur

à vous entendre seulement dire qu’elle se remue ainsi sur le garçon.

_Susanne._ J’ay bien encore une autre raison que celle-là, mais

j’attendray à la dire jusqu’à ce que tu sois mieux instruite des choses

que tu doibs sçavoir auparavant.

_Fanchon._ Grand mercy, ma cousine, vous aurez la bonté donc de me

l’apprendre. Cependant, puisque nous sommes en discours, dites-moy

pourquoy, la pluspart des nuicts, je sens des démangeaisons en cet

endroit (à sçavoir au con) qui ne me laissent presque point dormir. Je

me tourne, je me vire d’un côté et d’autre, sans que, cela se puisse

appaiser. Qu’est-ce qu’il me faudroit alors?

(27) _Susanne._ Il te faudroit un bon gros vit nerveux, et le fourrer

dedans ta nature pour y faire le doux nectar qui appaiseroit ta

chaleur. Mais, à faute de cela, quand cela te adviendra, il faut le

frotter avec le doigt quelque temps; après tu sentiras le plaisir de la

descharge.

_Fanchon._ Avec le doigt! est-il possible?

_Susanne._ Ouy, avec le doigt du milieu, en faisant sur le bord comme

cela.

_Fanchon._ Certes, je ne l’oublieray pas. Mais, à propos, ma cousine,

ne m’avez-vous pas dit que vous avez ce plaisir quelquefois?

_Susanne._ Ouy dea, quand je veux, et c’est un garçon que j’aime bien

qui me le donne.

_Fanchon._ Vrayement, je le pense, et il faut bien qu’il soit vray que

vous l’aimiez, car vous dites qu’il ne se peut autrement; mais que je

suis esmerveillée! et cela vous fait-il donc bien ayse?

_Susanne._ Si ayse que je n’en puis plus.

_Fanchon._ Et comment ferois-je pour en avoir un qui m’en fist autant?

(28) _Susanne._ Il en faut prendre un qui t’aime bien, qui soit discret

et qui n’en dise mot à personne.

_Fanchon._ Et qui pourrois-je prendre, à vostre avis, qui fust propre à

cela?

_Susanne._ Pour moy, je ne sçay, je n’en connois point de plus propre

que le jeune Robinet, car il t’aime bien et de plus il est beau et

de bonne grâce. Et je l’ay veu une fois baigner en la rivière, où je

fus tout esmerveillée, parce qu’il a une belle chair blanche, ni trop

grasse ni trop maigre; il a les cuisses grosses et nerveuses, et les

reins forts et larges, avec un grand et puissant engin par devant,

cotonné d’un poil follet, et toutes ces bonnes qualitez contribuent

beaucoup au plaisir de la fille.

(29) _Fanchon._ Mon cœur, je tremble, je ne sçay pourquoy, quand je

suis si proche à me porter à cela; mais, ma cousine, n’y a-t-il point

de mal à le faire?

_Susanne._ Et quel mal y auroit-il, sotte? regarde comme je suis.

_Fanchon._ Mais cela n’est-il donc point défendu?

_Susanne._ Pourquoy défendu, m’amour? il y a tant de plaisir! et puis

l’on n’en sçaura rien, car qui est-ce qui le diroit? Je me fie bien

à toy, ne te fieras-tu pas bien à moy? A ceste heure, Robinet n’aura

garde de l’aller dire, parce qu’il est discret; outre que s’il l’avoit

dit, il y perdroit autant que toy, car il ne te verroit plus, et on ne

feroit plus compte de luy parmy la ville.

(30) _Fanchon._ Quel malheur! Mais quand on est marié (quand j’y

pense), un mary ne fait-il pas donc moins cela à sa femme, et s’il

venoit à reconnoistre qu’un autre luy eust desjà fait?

_Susanne._ Tu n’as que faire de craindre, car quand cela t’arriveroit,

je te donneray un secret pour qu’il n’y paroisse plus.

(31) _Fanchon._ Mais y a-t-il d’autres filles qui le fassent aussi?

car elles n’oseroient, et puis si on venoit à le sçavoir, on ne les

marieroit plus par après.

_Susanne._ On n’a garde, m’amie, de le sçavoir, puisqu’elles le font

en cachette, et on ne le sçait non plus d’elles que l’on le sçaura de

toy, ou de moy aussi. Vrayement, il y a plus de la moitié qui le font,

et si par hazard les parents viennent à le sçavoir de quelqu’une, ils

n’en disent mot à personne, et ne laissent pas cependant de la marier à

quelqu’un qui n’en sçait rien.

_Fanchon._ Et Dieu qui sçait tout?

(32) _Susanne._ Dieu qui sçait tout ne le viendra pas dire et ne

descouvre rien aux autres. Et puis, à bien dire, ce n’est qu’une petite

peccatille que la jalousie des hommes a introduite au monde, à cause

qu’ils veulent des femmes qui ne soyent qu’à eux seuls; et croy-moy

d’une chose, que si les femmes gouvernoyent aussi bien les églises

comme font les hommes, elles auroient bien ordonné tout au rebours.

(33) _Fanchon._ Les hommes pourtant, à ce qu’il me souvient avoir

entendu dire à ma mère, ne laissent pas de dire qu’ils font mal comme

nous, et s’ils avoient estably cette loy, comme vous dites, ils ne

l’auroient point establie contre eux-mesmes.

_Susanne._ C’est pour abuser d’autant plus qu’ils en ont fait. Car

s’ils ne s’estoient pas soubmis à ceste loy qu’ils ont inventée, les

femmes auroient dit: Ho! ho! et pourquoy ferons-nous mal là où les

hommes n’en font point? Mais cependant ils n’ont pas laissé de se tirer

de pair par une autre raison: c’est qu’ils disent que devant Dieu ce

péché est un péché comme les autres; c’est pourquoy ils font tout de

mesme et sans crainte d’estre punis, non plus que s’ils avoient mangé

des œufs en carême (34). Mais, pour les femmes, ils y ont attaché un

certain point d’honneur, afin de les tenir toujours en crainte devant

eux, et une note d’infamie à celles qui contreviendroient aux lois

de cet honneur, laquelle les prive (quand on le sçait) de plusieurs

avantages qui sont parmy elles.

_Fanchon._ Quand on ne le sçait pas?

_Susanne._ Elles sont aussi honnestes que les autres.

_Fanchon._ Tellement donc qu’il n’y a que la croyance qu’on a de leur

honnesteté qui les rende honnestes?

_Susanne._ Non certes, et il vaudroit mieux pour elles qu’elles

eussent ce plaisir et que l’on n’en sçeut rien, car elles seroient

aussi honnestes que si elles ne l’estoient point et qu’on vînt à se

l’imaginer. Car il faut que tu sçaches encore qu’il y en a qui sont si

malheureuses que l’on croit d’elles ce qui n’est point, et c’est le pis

qui leur peut arriver que cela. C’est pourquoy, si j’estois d’elles, et

que je visse que je ne pusse oster cette croyance du monde, je voudrois

du moins la rendre véritable en effect et prendre un plaisir qui ne

me cousteroit rien et dont il ne me sçauroit arriver pire, outre que

j’empescherois que tant de monde, par un faux et mauvais jugement,

fussent damnés, car il n’y a que l’opinion qui fait le mal.

_Fanchon._ Vrayement, c’est bien raisonné, et faire toujours le bien

contre le mal. Et cela estant, si j’estois une fille comme vous dites,

je n’en ferois pas moins pour esteindre la mesdisance, mais le meilleur

à tout cela, comme vous avez desjà dit, c’est de se comporter si bien

que l’on vienne à n’en sçavoir rien.

(35) _Susanne._ Dame ouy, et cela n’est point mal aysé quand on a un

amy qui est discret et qui ne se vante de rien, et quand tu auras un

peu accoutumée cette vie, tu auras un plaisir non pareil. Quant au

reste des filles, tu en verras cent à l’église, dans les rues, dans

les compagnies, qui passeront pour honestes, desquelles tu te mocqueras

impunément, d’autant qu’elles n’auront garde de s’aller imaginer cela

de toy. Tu passeras devant elles, selon ta condition, ne parlant que

de choses bonnes et honestes; tu seras louée et estimée de chacun,

car la connoissance intérieure de ce que tu auras expérimenté en

cachette te donnera une certaine petite joye et suffisance de toy-mesme

qui te rendra plus hardie en compagnie et mieux disante; d’où vient

que l’on te préférera aux autres filles qui sont pour la pluspart

honteuses et stupides. Et il ne se peut faire qu’à la fin, parmy tous

ceux qui t’aimeront (envers lesquels tu useras toujours d’une petite

sévérité honeste), il n’y en ayt quelqu’un qui donne dans le panneau

pour t’épouser. Cependant tu verras ton amy indifféremment aux lieux

publics et l’entretiendras sans scrupule, goustant avec luy la douce

satisfaction de tromper tant de gens, et le bon de tout cela est

qu’après que tu auras bien employé la journée à causer et discourir, et

que tu te seras mise en humeur par les contes et bonnes chères qu’on

t’aura faites, te mocquant en ton âme de la sottise de tes compagnes

qui emploient si mal la nuict toutes seules, tu la viendras passer

amoureusement entre les bras d’un amy qui la passera aussi doucement

que toy et fera tous ses efforts de nature pour tascher de satisfaire

ta passion.

(36) _Fanchon._ Certes, vous estes bien heureuse, ma cousine, à ce que

je voy, et il me tarde bien desjà que je n’aye commencé de faire comme

vous. Mais comment est-ce que je m’y doibs gouverner, car je ne le

sçay pas et j’ay besoin de vostre courtoisie et conseil, et si vous ne

m’assistez, je sens bien que je ne feray rien de ce que j’ay le plus à

cœur.

_Susanne._ Hé bien! voions; mais pour qui est-ce que tu aurois le plus

d’inclination?

_Fanchon._ Pour Robinet, n’en faut point mentir.

_Susanne._ Il faut donc s’arrester à luy et le prendre; il a toutes les

qualitez d’un honeste homme.

_Fanchon._ Mais comment faire cela? je n’ai pas la hardiesse de le luy

demander.

_Susanne._ Hé bien! je luy diray pour toy ce qu’il faudra; tu n’auras

qu’à le laisser faire. Mais sur tout, quand vous serez ensemble une

fois, avisez bien aux moiens de vous revoir souvent, car ce plaisir est

si attachant de soy que depuis qu’on en a gousté on ne s’en pourroit

plus passer par après.

_Fanchon._ J’entends bien, et quand est-ce que nous commencerons?

_Susanne._ Le plus tost que faire se pourra. Robinet ne viendra-t-il

point te voir aujourd’huy?

_Fanchon._ Je l’attends, ma cousine, et voicy tantost son heure.

_Susanne._ Sans différer davantage, il faut le prendre en arrivant. Tu

ne sçaurois trouver une plus belle occasion que celle-là. Ta mère est

aux champs et ne reviendra qu’à ce soir, et il n’y a que la servante au

logis. Pour elle, on trouvera bien moyen de l’employer à quelque chose,

et quand Robinet viendra je luy parleray de toy ce qu’il faut et puis

je m’en iray, et si quelqu’un te viendra demander, tu feras dire que

tu n’y es pas: Voilà un lict qui est tout propre à vostre besoigne, et

si l’on le trouvoit gasté, tu diras que tu t’es couchée dessus. Tu ne

mentiras pas, car, si tost qu’il sera venu, il ne manquera pas de t’y

adjuster d’une façon ou d’autre.

_Fanchon._ Mon cœur, je tremble. Et quand j’y seray, le laisseray-je

faire, ma cousine?

_Susanne._ Vrayement ouy, il le faut laisser faire; il te mettra son

engin dans le tien et te fera bien ayse.

_Fanchon._ Et cependant n’y aura-t-il plus rien à faire après cela, et

ce plaisir me viendra-t-il comme à vous?

_Susanne._ Ne te l’ay-je pas desjà dit? tu n’auras à faire que ce qu’il

t’enseignera.

_Fanchon._ Je vous demande pardon, ma cousine, c’est que je suis

ignorante. Mais en attendant qu’il viendra, dites-moy un peu, je vous

prie, comme vostre amy vous fait quand vous estes couchés ensemble,

afin que je ne sois pas si novice quand le mien me voudra faire de

mesme.

(37) _Susanne._ Volontiers pour cela. Tu dois savoir que le plaisir de

mettre le vit au con est accompagné de cent caresses et assaisonnements

en amour qui le font trouver meilleur. Une fois entre autres, mon amy

m’en fit esprouver en une nuict la plus grande partie; je ne le vis

jamais tant en humeur qu’il estoit ceste nuit-là.

_Fanchon._ Mais quand il vous approche, comment vous dit-il, comment

vous fait-il?

(38) _Susanne._ Voicy à peu près la façon qu’il est accoustumé d’en

user. Premièrement, il me vient voir la nuict, quand tout le monde est

couché, par un petit escalier desrobé, et me trouve le plus souvent au

lict, que je suis couchée et quelquefois endormie. Lors, sans perdre de

temps, il se déshabille et met la chandelle allumée au chevet du lict,

et cela fait, il se couche tout de son long à costé de moy. Quand il

a esté un peu de temps à se réchauffer, il s’avise et commence à me

dire: Dormez-vous, m’amie?—et allongeant une main sur mon estomach:—Je

suis si fatigué d’aujourdhuy que je ne me saurois remuer. Et tout

disant cela il me conte sa douleur, et me met la main sur le sein, et

en me maniant les tétons à gogo, me conte tout ce qu’il a fait le long

de la journée. Cependant il manie toujours mes mamelles, et quand il

a fait à l’une il vient à l’autre et puis à toutes deux, et me dit

quelquefois:—Que je suis heureux, m’amie, d’avoir un tel ordinaire.

Lors je le sens qui se tourne sur le côté et qu’il prend la fantaisie,

et je lui dis quelquefois:—Mon cœur, mon amy, je dormirois bien,

laisse-moy. Et lui, sans faire semblant de m’entendre, me met la main

sur le ventre, et quand il trouve la chemise, il la lève et m’appuye la

main sur la motte qu’il pince et frise quelque temps avec les doigts.

Après, il met sa bouche sur la mienne et me coule la langue dedans,

et puis il vient me toucher les fesses et les cuisses, et de là il

retourne au ventre, et tantost me succe une des mamelles. Et pour se

donner au cœur joye, parce qu’il est bien ayse de voir, il esloigne

le drap et la couverture, et quand ma chemise l’empesche il me la

fait oster et me regarde partout avec la chandelle. Après, il me fait

empoigner son chose, qu’il a roide, et quelquefois me prend à force de

corps et me fait rouler sur luy, tantost dessus, tantost dessous, et me

fait toucher son engin, ores entre les cuisses, ores entre les fesses,

et de là revient à me baiser la bouche et les yeux, m’appelant son

cœur et son âme. Ensuite de cela, il me monte dessus, et en me faisant

entrer son gros vit bandé au con, il me chevauche jusqu’à ce que son

foutre me coule au fond de la matrice.

_Fanchon._ Comment dites-vous l’autre mot que chevaucher? il ne m’en

souvient plus.

_Susanne._ C’est à dire qu’il me fout.

_Fanchon._ Vous en estes donc bien ayse?

(39) _Susanne._ Je te laisse à penser! Or, il y a diverses manières

de mettre cest engin-là dans l’autre, ainsi que je l’ay esprouvé avec

luy, car tantost il me fait dessoubs, tantost dessus, tantost de costé,

tantost de travers, tantost à genoux par devant, et par derrière comme

si je prenois un lavement, tantost debout, tantost assise. Quelquefois,

quand il est pressé, il me jette sur une forme, sur une chaise, sur un

matelas ou au premier endroit qu’il rencontre. Et à toutes les sortes

de façons il y a un plaisir différent, car son chose entre plus ou

moins et est disposé autrement dans le mien selon les postures qu’il

me fait tenir. La peine n’est pas aussi toujours mal plaisante à cela,

et c’est ce qui nous donne plus d’envie à faire. Quelquefois que nous

nous voyons de jour et que nous sommes seuls, il me fait baisser la

tête sur une forme avec les mains, et me retrousse ma robe par derrière

jusques par dessus ma tête. En cest estat, il a tout loisir de voir et

considérer, et de peur que nous ne soyons surpris, il n’abaisse point

son haut de chausse, mais tire son engin par la braguette, qu’il me

vient montrer, et puis va escouter tout doucement à la porte s’il n’y

a personne, et cela fait, il me fait signe du doigt que je ne bouge

et puis il s’en vient à moy et m’enconne brusquement par dessoubs les

fesses. Eh bien! il m’a juré cent fois qu’il avoit plus de plaisir de

me le faire ainsi à la desrobbée qu’autrement.

_Fanchon._ Certes, il faut qu’il y ait bien du plaisir, ma cousine,

puis qu’il y a tant de façons, car je m’imagine desjà bien toutes

celles que vous me venez de dire, et puisque c’est seulement chercher à

mettre un vit dans un con en diverses manières pour le plaisir que l’on

y trouve, il me semble que j’en aurois bien tost imaginé d’autres que

celles que vous avez dites, puisqu’il n’y a personne qui n’en puisse

imaginer de nouvelles en la fantaisie. Mais il n’est pas question

à ceste heure de cela. Je voudrois seulement sçavoir comment vous

passastes ceste nuict avec votre amy, dans laquelle vous eustes avec

luy tant de sortes de plaisirs.

_Susanne._ Ah! ce fut hier que m’arriva ceste bonne fortune, et tu vas

entendre mille folastreries d’amour et qui ne se pratiquent qu’entre

les personnes qui s’aiment beaucoup. Tu as donc à sçavoir qu’il

y avoit deux nuicts que mon amy n’estoit venu pour me voir, et je

m’impatientois qu’une partie de la troisième fust desjà escoulée sans

en avoir des nouvelles, lorsque je le vis entrer dans la chambre, avec

une petite lanterne sourde qu’il a tousjours coutume de porter pour

s’éclairer, et qu’il tenoit soubs son manteau (40) quelques douceurs et

confitures, pour nous mettre en bonne bouche.

_Fanchon._ Il ne faut pas demander si vous fustes bien ayse alors.

_Susanne._ Or il se deschargea premièrement de son paquet, et me

trouvant en cotte, que je n’estois pas encore couchée, il la troussa

incontinent, et sans parler, me renversa là sur le lict, me le fit là

sur le champ et me fit taster son gros nerf, qui estoit extrêmement

dur, et, en moins de six coups de cul, je me vis arrouzée largement de

la liqueur amoureuse.

_Fanchon._ Mais on n’est donc jamais plus ayse que quand ceste liqueur

vient à sortir, et on ne prend jamais tant de peine pour se remuer

qu’afin de la mettre dehors?

_Susanne._ Non certes. Et quand il eut fait (41), je me mets aussi tost

au list, pendant qu’il se deshabilloit, là où je n’avois pas si tost

commencé à fermer les yeux (car il faut que tu sçaches encore qu’il

n’y a rien qui fasse si bien dormir que cela), quand je le sentis à mon

costé qui m’embrassoit amoureusement et me mettoit le vit à la main. Je

perdis aussitôt l’envie de dormir.

_Fanchon._ Mais combien est donc cet engin (42) de temps à se redresser

depuis qu’il est abattu, et combien le met-on bien dedans le con en une

seule nuict?

_Susanne._ Foin, si tu m’interromps toujours. C’est selon les personnes

qu’il y a, vois-tu, et comme ils sont plus esmeus à certains temps

qu’à d’autres; car quelquefois il y a des hommes qui feront deux

coups sans desconner, et cela fait grand bien à la fille; d’autres

feront leur descharge sept ou huict coups, dix ou douze; mais cela

n’est pas croyable, et cinq ou six coups raisonnables suffisent pour

la contenter. Il y en a qui ne peuvent faire que deux ou trois coups,

et sont prompts ou longs à descharger. Il faut remarquer que ceux qui

en font le moins rendent plus de liqueur que les autres et donnent et

reçoivent plus de plaisir, mais quoy qu’il puisse en estre vray des uns

et des autres, la fille trouve toujours en si peu qu’il y en a matière

d’une très grande satisfaction. La beauté de la fille contribue aussi

beaucoup à cela et fait faire un coup ou deux davantage, mais il y

a la coustume qui gaste tout et lasse le garçon quand il faut faire

cela tous les jours, et alors ce n’est pas mal aller que de le faire

tous les soirs une fois et une autre tous les matins. Voilà ce que je

t’avois à dire là dessus. Quand tu m’as interrompue, je ne sçai où j’en

étois.

_Fanchon._ C’est alors qu’il vous prit endormie et qu’il vous mit son

engin roide en la main.

L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668 · 第 2 / 9 段