Note de transcription
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L’ESCOLE DES FILLES.
Tiré à 150 exemplaires sur papier vergé et 8 sur chine, paraphés et
numérotés.
No
[Illustration]
L’ESCOLE
DES
FILLES
DE
MILILOT
REIMPRESSION COMPLETE DU TEXTE ORIGINAL
Sur la contrefaçon hollandaise de 1668.
[Illustration]
BRUXELLES
AUX DÉPENS
DES DAMES DE LA RUE DES CAILLES.
BIBLIOGRAPHIE ET TEMOIGNAGES
BIBLIOGRAPHIE.
_L’Escole des Filles ou la Philosophie des Dames, divisée en deux
dialogues._ AGERE ET PATI. Corrigé et augmenté d’un combat du ... et du
..., d’une (sic) dialogue entre le ... et Perrette, et une instruction
des curiositez dont la methode de trouver est marqué (sic) par les
nombres, suivant les tables. Imprimé à Fribourg, chez Roger Bon Temps,
l’an 1668.
In-12 de 224 p. pour le texte et de 32 p. pour l’Epistre, l’Argument
des deux Dialogues, la Table et trois autres pièces liminaires, dont
un madrigal à Monsieur Mililot sur son Escole des Filles; mauvais
frontispice gravé sur cuivre, représentant deux femmes assises; l’une
montre à sa compagne le livre de l’Escole des Filles, grand ouvert
et appuyé par le bas sur une table; au premier plan un petit panier
à ouvrage, au fond un lit à colonnes et un petit miroir.—Contrefaçon
hollandaise d’un livre imprimé pour la première fois à Paris en 1665,
qui fut brûlé et son auteur pendu en effigie; l’édition originale,
introuvable, avait un frontispice dessiné et gravé par François
Chauveau, lequel a sans doute servi de modèle à l’estampe que nous
venons de décrire. Guy Patin et Charpentier parlent du livre et de
l’auteur en défigurant le nom de ce dernier qu’ils appellent l’un
Helot, l’autre Milot.
Voir dans la _Bibliographie des ouvrages relatifs à l’Amour, aux
Femmes et au Mariage_, qui résume à ce sujet Murr et Ebert, la
nomenclature des contrefaçons et traductions hollandaises, toutes
rarissimes, de l’Escole des Filles, au dix-septième siècle. Ce petit
volume a été réimprimé plusieurs fois, au dix-huitième et même au
dix-neuvième, séparément ou dans des recueils, mais avec de nombreux
changements et retranchements. On aurait dû y regarder à deux fois
avant de toucher ainsi au premier livre déterminément obscène écrit
dans une langue illustrée depuis par tant de productions que la
pudeur défend de citer.
TEMOIGNAGES.
«Monet est le premier homme que nous aïons pour exceller dans les
portraits en miniatures. J’ai sçû de lui une particularité assez
curieuse, au sujet de _l’Escole des Filles_, que l’on vient d’imprimer
en Hollande. Monet apprenoit à dessiner à Chauveau, lorsqu’un nommé
Helot, fils d’un lieutenant des cent suisses du roy, vint prier
Chauveau de lui graver un petit sujet; ce qu’il exécuta selon l’idée
que l’autre lui en donna, et tel qu’on le voit au devant de _l’Escole
des Filles_, dont Helot est l’auteur. Celui-ci donna son manuscrit à un
libraire du Palais, qui le fit imprimer; il le vendit sous le manteau,
mais la justice aïant pris connaissance d’un livre si scandaleux, elle
fit faire des perquisitions pour découvrir l’auteur, qui en aïant eu
vent, sortit de France. Le libraire aïant décliné le nom de celui
qui lui avoit remis le manuscrit, Helot fut pendu en effigie, tous
les exemplaires de son livre furent brûlez au pied de la potence, et
le libraire condamné à une peine afflictive. Chauveau, qui ignoroit
l’usage que l’on vouloit faire du sujet qu’il avoit gravé pour Helot,
ne laissa pas d’être inquiété. Le bailli du Palais vint le prendre
chez lui, mais comme il n’avoit pas eu communication de _l’Escole
des Filles_, il en fut quitte pour voir casser la planche qu’il
avoit gravée, avec défense à lui d’en graver une seconde, si quelque
imprimeur la lui demandoit. Il s’en faut bien que l’estampe qui est au
devant de _l’Escole des Filles_ que l’on vient d’imprimer en Hollande
soit aussi correcte qu’étoit celle de Chauveau. Peu de personnes ont de
celles qui furent brûlées à Paris avec le livre.»
_Carpenteriana_, ou remarques d’histoire, de morale, de critique,
d’érudition et bons mots de M. Charpentier, de l’Académie
françoise, in-12, Paris, 1724, p. 79-82.
«On a ici pendu en effigie un nommé Milot, avéré auteur d’un infame
livre intitulé l’_Escole des Filles_, que l’on dit être tiré de
l’Arétin.»
Guy Patin à Charles Spon, à la date du 26 juillet 1655, édit. des
_Lettres_ de 1718, t. 2, p. 123.
L’ESCOLE
DES
FILLES
OU
LA PHILOSOPHIE
DES
DAMES
DIVISÉE EN
DEUX DIALOGUES
AGERE ET PATI
_Corrigé et augmenté d’un combat
du Vit et du Con, d’un dialogue
entre le Fouteur et Perrette; et
une instruction des Curiositez,
dont la méthode de trouver est
marquée par leurs nombres suivant
les tables._
IMPRIMÉ A FRIBOURG
CHEZ ROGER BON TEMPS
L’AN 1668
EPISTRE INVITATOIRE AUX FILLES
_Belles et curieuses damoiselles, voici l’Escole de votre sagesse, et
le recueil des principales choses que vous devez sçavoir pour contenter
vos maris quand vous en aurez; c’est le secret infaillible pour vous
faire aimer des hommes quand vous ne seriez pas belles, et le moyen
aysé de couler en douceurs et en plaisirs tout le temps de votre
jeunesse._
_C’est une foible raison, mes dames, que celle de vos mères, pour vous
défendre de sçavoir les choses qui vous doivent servir un jour, de dire
qu’elles ont peur que vous en usiez inconsiderement, et il vaudroit
mieux, à mon advis, qu’elles vous en donnassent une pleine licence,
afin qu’en choisissant vous-mêmes ce qui est bon, elles fissent
esclater davantage par ce choix votre honesteté._
_Aussi je veux croire, mes belles, qu’en ceste Escole vous prendrez
seulement les choses qui vous sont propres, et que celles d’entre
vous qui auront envie d’estre mariées auparavant n’useront point de
ces préceptes que quand il en sera temps, là où les autres qui auront
plus de haste et qui prendront des amis par avance pour en essayer,
le feront avec tant d’adresse et de retenue devant le monde, qu’elles
ne témoigneront rien qui puisse choquer tant soit peu la bienséance et
l’honesteté. C’est une belle chose que l’honneur, dont il faut qu’une
fille soit jalouse comme de sa propre vie; elle ne doibt non plus estre
sans cet ornement que sans robe, et certainement elle n’a pas l’honneur
et l’esprit du monde quand elle n’a pas l’industrie et l’adresse de
cacher ce qu’il ne faut pas qu’on sçache._
_Je vous invite donc, mes belles, à lire soigneusement ces préceptes et
à bien estudier les enseignements que_ SUSANNE _donne à_ FANCHON; _ils
sont d’autant plus exquis et considérables qu’ils partent d’une plume
tout à fait spirituelle, et d’un homme de ce temps qui a esté aussi
recommandable à la cour par son bel esprit que par sa naissance. Toute
la grâce qu’il vous demande pour les instructions gratuites qu’il vous
donne, et toutes les prières qu’il vous fait, c’est d’en faire le récit
à vos compagnes, et si vous n’en avez point le temps, de les envoyer à
l’Eschole._
ARGUMENT DES DEUX DIALOGUES
Soubs le règne de Loüis treisiesme, d’heureuse mémoire, Robinet, fils
d’un marchand de Paris, bien fait de sa personne et qui pour ses
grandes richesses avoit quitté le trafic de son père, se mettant à
hanter les bonnes compagnies, devint amoureux d’une jeune fille nommée
FANCHON, belle par excellence, mais un peu trop simple, pour avoir
toujours esté nourrie soubs l’aisle de sa mère, qui estoit une bonne
bourgeoise et dans la maison de laquelle il avoit liberté de la voir
quand il vouloit. Ayant long temps caché la passion qu’il avoit pour
elle, et voyant qu’il ne la pouvoit gagner à soy, pour sa trop grande
simplicité, il s’avisa de pratiquer une autre fille de son quartier,
nommée SUSANNE, plus expérimentée que l’autre, et qui pour estre un peu
moins belle, n’en estoit pas moins sçavante et spirituelle en amour,
et qui avoit mesme, pour plus de commodité à son dessein, quelque
rapport de parenté avec elle. Il fait donc si bien qu’il la gagne à
force de présens pour luy persuader de mettre l’amour à la teste de sa
cousine, et estant partie à cest effect, ayant premièrement instruit
Robinet de ce qu’il devoit faire, elle empaume si bien l’esprit de la
jeune Fanchon, par ses discours comme de fil en esguille, et lui sait
si bien représenter les douceurs de l’amour, dont elle jouissait d’une
bonne partie, avec des instructions et des naïvetez si plaisantes,
qu’elle lui en fait venir l’eau à la bouche, et l’oblige enfin à
consentir que Robinet vienne en cachette lui faire sentir les douceurs
de l’amour. Il arrive à point nommé comme leur discours finissoit, et
Susanne aussitost s’étant retirée pour les laisser seuls, il trouve son
escolière sur le lict, qui l’attendoit, dont il jouit à son souhait, et
la dépucelle. Voilà le sujet du premier dialogue.
Au second, Susanne estant revenue quelques jours après pour sçavoir
de sa cousine comment elle se trouvoit de ses amours et de son
dépucellage, elle lui en fait rendre un compte exact, et ces
deux filles en suite s’estant engagées en des discours qui leur
plaisoient, elles s’arrestent à s’enquérir et examiner tout ce qui
appartient à l’amour et à son jeu, et le font avec des questions si
rares et chatouillantes et plaisantes, si nouvelles, si subtiles et
si convaincantes, qu’elles inspirent l’amour en les lisant, et je
m’asseure que les plus dégoustées de ces dames y trouveront de quoy se
satisfaire.
TABLE MISTIQUE ET ALLEGORIQUE SELON LE SENS MORAL ET LITTERAL DE
L’ECOLE DES FILLES.
DIALOGUE PREMIER.
1. Remarque de l’âge plus propre à marier les filles.
2. Premiers tesmoignages d’amour des garçons envers les filles.
3. Rigueurs des mères et sottises des filles qui refusent les garçons
et leurs caresses.
4. Filles ignorantes pour ne pas prester l’oreille aux paroles des
hommes.
5. Excellence du plaisir d’amour.
6. Simplicité d’une fille qui ne sçait ce que c’est d’amour ny à quoy
il est propre.
7. Préparation aux filles pour l’instruction du plaisir d’amour.
8. Age propre à commencer l’amour aux garçons et aux filles.
9. Petite description par parenthèse et nécessaire en ce lieu, d’un
homme qui pisse et d’un vit quand il ne bande point.
10. Généralité du plaisir d’amour, et du grand nombre de personnes qui
s’en meslent, avec une division là-dessus.
11. Des garçons et des filles, et comme ils y ont plus de plaisir.
12. Les noms propres des choses qui servent à plus au plaisir d’amour,
et premièrement une reprise sur le vit.
13. Discours des coüillons.
14. Premiers apprêts d’un garçon pour donner les plaisirs d’amour à
une fille qu’il aime; et comme cette doctrine est fort importante à
sçavoir, elle sera répétée diversement en plusieurs endroits de ce
livre, pour choisir laquelle est la meilleure.
15. Reprise deuxième sur le vit, ou description du vit quand il entre
là où il doit entrer.
16. Comme le vit n’entre pas tout d’un coup, et comme cela donne bien
de la peine au garçon.
17. Comment s’appelle l’engin de la fille.
18. Comment fait le garçon pour pousser le vit dans le con, et du
plaisir que la fille en reçoit.
19. Comme le garçon a du plaisir à cela, aussi bien que la fille.
20. Reprise troisième, et description plus particulière du vit
qu’auparavant; anatomie intérieure du con, dont il n’est rien si
difficile à esplucher; avec le commencement, la fin et la durée du
plaisir d’amour.
21. De la liqueur d’amour, qui vient à propos en cet endroit.
22. Reprise quatrième, comme le vit se retire après la fonction du
plaisir d’amour, et comme la fille le peut faire revenir roide avec la
main.
23. Grandes et différentes vertus de la main des filles pour donner du
plaisir aux garçons; là où il est inséré quelque chose du baiser de la
langue.
24. Première vertu.
25. Seconde vertu.
26. Du terme général de chevaucher, et la différence du plaisir d’amour
quand la fille chevauche le garçon, et pourquoy, avec la manière
qu’elle tient pour cela.
27. Remède possible et nouveau aux filles à qui le con démange faute de
vit pour y mettre, en le frottant avec le doigt.
28. Conseil aux filles pour prendre un amy, avec les perfections qu’il
doibt avoir.
29. Raisons qui empeschent les filles de se divertir, et les
réfutations d’icelles.
30. Première raison.
31. Deuxième raison.
32. Troisième raison.
33. Quatrième raison.
34. Honneur des filles, ce que c’est et comment on en doibt user.
35. Du secret d’amour et comment il est nécessaire, avec les avantages
du monde, et d’une fille qui se divertit.
36. Irrésolutions d’une fille qui manque d’expérience, et le secours
charitable qu’on luy offre là-dessus; là où est contenu une propriété
du plaisir d’amour.
37. Plaisirs d’amour, accompagnés de plusieurs autres.
38. Tableau exemplaire pour apprendre à se bien gouverner au lict ou
aux premiers approchements et caresses d’un garçon qui va coucher avec
une fille la nuict.
39. Qu’est-ce que foutre, et les diverses façons de chevaucher, et de
celles qu’on peut s’imaginer davantage.
40. Friandise des amoureux pour manger, et une remarque sur
l’impatience du plaisir d’amour.
41. Autres propriétés du plaisir d’amour.
42. Combien il se retire de fois, ou combien on peut chevaucher de
coups en une seule nuict.
43. Grande description d’une nuict amoureuse, pour instruire les
filles, et autres circonstances nécessaires à sçavoir.
44. Comparaison jolie du bruict que fait un vit au con quand il entre
et qu’il sort, et la continuation de cette nuict.
45. Apprentissage nécessaire aux filles pour bien remuer les fesses.
46. De l’éjaculation de la liqueur d’amour et comment elle se fait.
47. Mesnage qu’il faut faire de la dernière faveur d’amour, avec
une briefve description et division de tous les plaisirs qui doivent
précéder et accompagner, tant en pensées et en paroles qu’en œuvres.
48. Heureux état d’une fille qui jouit de tous ces plaisirs, et de la
difficulté et de l’art de les apprendre.
49. Exemple de description en un amy.
SECOND DIALOGUE.
1. Remarque des premières lumières d’esprit d’une fille qui se
divertit; sa joye et sa disposition à bien faire.
2. Comment l’esprit s’ouvre en chevauchant.
3. Accoutumance des filles avec les garçons.
4. Méthode jolie et spirituelle pour trousser finement la cotte à une
fille sans qu’elle s’en aperçoive, ou les premières approches d’un
garçon pour chevaucher une fille, comme si de rien n’estoit, avec les
déportements de la fille qui consent; le tout déclaré bien au long.
5. Petite description du con, en passant, et la préparation d’un homme
assis pour chevaucher.
6. Description jolie d’une fille qu’on dépucelle, et toutes les
cérémonies requises de la fille et du garçon.
7. Advertissement, non moins facile que nécessaire, pour ceux qui
dépucellent les jeunes filles.
8. Autre advertissement nécessaire et remarquable sur ce sujet, et de
la disposition du vit et du con l’un dans l’autre.
9. Dernier effort, ou les abois du pucellage.
10. Plaisir qui suit le dépucellage.
11. Posture commode et plaisante pour chevaucher en levrier, le con
derrière.
12. Grand plaisir que reçoit une fille qui n’a jamais chevauché, à la
première descharge qui se fait.
13. Estat de l’homme et de la femme après le chevaucher, et les devis
amoureux qu’ils se font.
14. Complaisance remarquable et exemplaire d’un garçon qui n’a pas
envie de chevaucher envers une fille qu’il ayme, et la rétribution
réciproque de la fille envers luy.
15. Petit commerce joyeux des amants qui ont chevauché, et les
plaisantes badineries qu’ils se font pour se mettre en humeur.
16. Une jolie façon de chevaucher, et bien circonstanciée pour le
ragoust qu’on y trouve.
17. Le chevaucher plus doux et plaisant après le dépucellage.
18. Un grand raisonnement sur le plaisir d’amour commencé et non
achevé, et comme l’expérience vaut mieux que le discours.
19. Postures plus plaisantes les unes que les autres et pourquoy; avec
une façon commune de chevaucher qui s’appelle _jambes au col_.
20. Plusieurs recherches curieuses et spéculatives sur les différentes
façons de parler des amants quand ils sont entre eux, et quelques
raisons là-dessus, avec une explication fine et spirituelle des
mots: _enfiler_, _enconner_, _besogner_, _foutre_, _chevaucher_, et
semblables.
21. Point de prérogative ou petite annotation légère qui s’est glissée
icy en passant, au desçeu de l’autheur, et qui n’en mérite pas moins sa
place; comme le mot de _besogner_ emporte le prix sur tous les autres,
et de sa merveilleuse et grande signification.
22. En quels termes les hommes parlent des filles en leur absence.
23. Douces libertés d’amour, qui font rougir les filles de honte après
avoir fait, et pourquoy les hommes les agencent en tant de postures
différentes.
24. Méthode curieuse et excellente à une fille pour aprendre à
chevaucher juste en un quart d’heure, faisant trois choses, avec la
manière asseurée et infaillible de chevaucher sur un coffre quand on
est pressé.
25. Préparation pour cette méthode curieuse.
26. Exécution.
27. De la circonstance plus importante à savoir de cette méthode.
28. Conclusions d’icelle avec quelques instructions là-dessus.
29. Plusieurs recherches sur les divers tempéraments des hommes,
et premièrement de ceux qui crient en chevauchant, avec les raisons
pourquoy.
30. Comment ils font pour crier si haut, et les inconvénients qui en
peuvent arriver, avec les moyens de s’en garantir.
31. De ceux que l’on fesse pour faire bander.
32. Des chastrez.
33. Étrange humeur de ceux qui ne disent rien en chevauchant, et au
contraire de ceux qui s’entretiennent doucement.
34. Petite récapitulation du plaisir d’amour.
35. Instruction méthodique et plus spirituelle que les autres pour
s’entretenir doucement en chevauchant, le plaisir qui en provient, et
les autres privilèges d’icelle.
36. Faute de jeunes gens qui manquent de prévoiance en amour et ne
chevauchent pas quand ils veulent.
37. Misères, infortunes et perplexités des amants qui manquent de
commodités pour chevaucher, et les consolations qu’ils reçoivent.
38. Suite des incommodités que l’on a à chevaucher quand on est espié,
avec un joly expédient aux filles de chevaucher devant le monde sans
qu’on s’en apperçoive, et du cotillon percé par où on passe le vit du
garçon dans le con de la fille.
39. Grande circonspection qu’il faut avoir dans le monde en chevauchant
et les maux qui arrivent faute d’icelle.
40. Diverses questions d’amour traitées à fond jusques à la fin du
premier dialogue, et le lecteur sera adverty qu’elles sont plus
spirituelles que les précédentes et partant plus dignes de son
attention; cela soit dit en passant.
41. Distinction des vits en trois différentes manières et leurs
différentes qualités, et premièrement des petits vits.
42. Des grands vits et de ceux qui mettent des bourelets contre leur
ventre.
43. Des moyens vits et de leur bonté.
44. Du vit d’amy, le meilleur de tous.
45. Autre description du vit; comment il doibt estre fait.
46. Questions excellentes pourquoy on use de paroles libres en
chevauchant; la dite question est résolue ailleurs.
47. Le but d’amour est le plaisir du corps, et pourquoy, avec une jolie
explication là-dessus.
48. Comparaison familière des hommes et des bêtes sur ce sujet.
49. Fin naturelle de l’amour, où les naturalistes se pourront instruire
de la vérité, si bon leur semble, et quel est l’objet d’un amant qui
soupire.
50. Preuve que l’amour se passe en chevauchant et revient faute de
chevaucher, la dite preuve renouvelée encore plus bas.
51. Plaisir du corps, et de l’origine des plus belles pensées de
l’amour, et de l’erreur que les filles se forment là-dessus.
52. Remède d’amour pour ceux qui ne peuvent chevaucher celles qu’ils
aiment, et de ceux qui chevauchent leur idée.
53. Subtile raison, interrompue cy devant et reprise en cet endroit,
des vilains mots et autres paroles libres d’amour qui se disent en
chevauchant.
54. Autres raisons bien douces pourquoy les amants appellent toutes
choses par leurs noms, et comme toute chose est permis de dire entre
deux amants qui se baisent.
55. Comme on peut aimer l’esprit pour le corps et le corps pour
l’esprit, et la conclusion des recherches sur les hommes.
56. Curiosités inouïes sur le sujet des filles et premièrement la
crainte frivole qu’elles ont pour la grossesse, avec l’entière solution
de ce doubte, qui ne laisse aucune difficulté à vuider.
57. Inventions diverses qu’elles ont de se donner du plaisir sans
crainte d’engrosser.
58. Premièrement de statues de femmes pour les hommes.
59. Des godemichis ou vits de velours, de verre, ou autres instruments
pour se fourrer au con.
60. Moyens plus plaisants pour se divertir avec les hommes avec autant
de seureté que cy devant.
61. Circonstance nécessaire pour engrosser, tirée de la plus subtile
doctrine des médecins, facile à éviter, avec une exhortation aux filles
à passer par dessus et à se bien divertir.
62. Autres particularités pour engrosser, et les remèdes de contraire
ou contre icelles.
63. Raisons pourquoy on serre les fesses en chevauchant, et une
explication là-dessus.
64. Autre question pourquoy les hommes sont plus aises que les femmes
leur touchent l’engin avec la main qu’avec toute autre partie du corps,
et le mérite particulier et de haut goût attribué à la main de la
femme.
65. Problème à quoi sert l’estendue du vit derrière les coüillons.
66. Raison de la composition naturelle de l’homme et de la femme.
67. Pourquoy on appelle le vit et le con des parties honteuses.
68. Qui prend plus de plaisir à chevaucher de l’homme ou de la femme.
69. Recherche curieuse et naturelle pourquoy le plaisir vient sans
qu’on y pense, et pourquoy l’homme et la femme, sans savoir qu’il y en
ait, souhaitent tant de se joindre, et de l’androgénie.
70. Définition de l’amour.
71. Autre définition de l’amour par idée.
72. Pourquoy la liqueur d’amour chatouille en sortant.
73. Pourquoy, pendant le déchargement, l’on ne peut rire, et de
l’occupation sérieuse de l’âme en cet instant.
74. Pourquoy les hommes se plaisent à descharger quelquefois entre les
cuisses, tétons, et ailleurs.
75. Du baiser de la langue, et pourquoy il est si doux et si suave.
76. Pourquoy il est plus doux de chevaucher la femme dessus que
dessoubs, et de la métamorphose d’amour.
77. Souverain et dernier principe d’amour, qu’une moitié veut s’unir à
son autre moitié.
78. Sommaire et récapitulation de toutes les choses qui ont été
traittées cy devant, et de plusieurs menues particularitez assez
importantes à sçavoir.
79. Remerciement à la louange de cette doctrine, avec un aveu des plus
grands privilèges de l’amour.
80. Grand plaisir de l’imagination de l’homme qui est chevauché par une
femme, et l’on voit par cette posture répétée tant de fois que l’auteur
y prend plaisir; avec un exemple instructif pour méditer là-dessus.
81. Autre congratulation à l’amour.
82. Explication et recherche non moins utile que plaisante en dernier
lieu, ou le tableau de deux amants propres à se bien donner du plaisir.
83. Introduction à la première recherche, ou discours ingénieux de
la preexcellence du vit et du con à tous les autres membres, pour le
plaisir qui en provient.
84. Commencement de cette recherche, et premièrement de la beauté en
général.
85. De la différence des beautés, et ce qu’elles doivent avoir pour
être parfaites.
86. De la beauté particulière de la femme, avec une inscription
méthodique et bien raisonnée des mœurs et bonnes qualités qu’elle doibt
avoir tant à l’esprit qu’au corps, et ce chapitre mérite d’être leu des
filles qui veulent apprendre, pour son utilité.
87. Appellation figurée et philosophique du con, et des grands
privilèges et de la beauté cy dessus escrite.
88. Description particulière de la beauté de l’homme et des bonnes
qualités qu’il doit avoir.
89. Paragon de la beauté masle et vigoureuse de l’homme à la beauté
molle et délicate de la femme, et suite de la dernière description.
90. Convenances nécessaires à garder aux deux amants sus dits dans le
temps de l’accouplement pour rendre leur plaisir parfait, avec une
exhortation pour les suivre, et les filles qui voudront s’instruire
prendront ainsy la peine de lire cecy, s’il leur plaist.
91. Réflexion morale et civile sur la malice et l’ignorance de ce
siècle, qui condamne les plaisirs d’amour ouvertement et les approuve
en secret, avec la conclusion finale de cet œuvre par deux ou trois
petites questions qui ne sont pas hors de propos.
92. Qui sont les personnes les plus habiles à traiter l’amour, les
hommes ou les filles, et d’où naissent les différents appétits des
hommes sur ce sujet.
93. Qu’il fait mauvais se jouer aux filles, et pourquoy.
94. Conseil pour s’adresser aux femmes mariées.
95. Dernier conseil aux filles pour se marier, pour faire l’amour plus
commodément, et le plaisir qu’il y a d’avoir un amy et un mary tout
ensemble.
96. Résolution du mariage sur ce sujet.
FIN DE LA TABLE.
_Icy l’auteur fait une excuse très humble aux filles de ce qu’il se
sert plus souvent des mots de_ foutre _et_ chevaucher _que de pas un
autre; c’est qu’il dit qu’ils sont plus en usage_.
BULLE ORTHODOXE.
_Nostre auguste père de Priape fulmine anathème contre tous ceux de
l’un et de l’autre sexe qui liront ou entendront lire les préceptes
d’amour, expliquez morallement en la célèbre_ Escole des Filles,
_sans spermatiser ou estre stimulés de quelque émotion spirituelle
ou corporelle; comme aussi il concède indulgence plénière à tous
les religieux de l’ordre de nature, de corps vereux que la débilité
de l’âge ou l’action fréquente causera, et béatise en l’autre monde
les infortunés pèlerins qui souffriront constamment en cestui cy les
travaux du périlleux voyage de furie_.
A MONSIEUR MILILOT
SUR SON ESCOLE DES FILLES.
MADRIGAL.
_Autheur foutu d’un foutu livre,
Escrivain foutu de Cypris,
Qui dans tous tes foutus écrits
Fais voir que bien foutre est bien vivre,
Cent arguments foutus dont tu fais tes leçons,
Pour faire foutre en cent façons,
N’éterniseront pas ta plume.
Non, ce gui te rendra pour jamais glorieux,
C’est que dans ton foutu volume,
Par une nouvelle coutume,
Ta prose nous fout par les yeux._
L’ESCOLE DES FILLES
OU
LA PHILOSOPHIE DES DAMES
DIVISÉE EN DEUX DIALOGUES
PREMIER DIALOGUE
SUSANNE ET FANCHON, personnages.
_Susanne._ Bon jour, Fanchon.
_Fanchon._ Ha! bon jour, ma cousine, et vous soiez la bien venue. Mon
Dieu! que je suis ravie de vous voir! et quel bon vent vous ameine donc
icy à cette heure que ma mère n’y est pas?
_Susanne._ Rien du tout que pour te voir, m’amie, et causer un petit
avec toy, car il m’ennuyoit, je t’asseure, et il y avoit trop longtemps
que je ne t’avois point veüe.
_Fanchon._ Que vous ne m’aviez point veüe? Vrayement je vous suis
bien obligée de tant de peine. Et ne vous plaist-il donc pas de
vous asseoir? Vous voiez, il n’y a icy personne que moy, avec nostre
servante.
_Susanne._ Pauvre fille, que fais-tu là? Tu travailles.
_Fanchon._ Ouy.
_Susanne._ Hélas! je pense que c’est là ton plus grand affaire, car tu
ne sors presque point de la maison, et les femmes te peuvent bien venir
voir à ta chambre si elles veulent, car pour les hommes, c’est comme
un couvent de religieuses, et il n’y en entre non plus que s’il n’en
estoit point au monde.
_Fanchon._ Hélas! je vous laisse dire, ma cousine. Mais aussi, que
ferois-je des hommes, à vostre advis, s’il n’y en a point qui pense
à moi? Et puis ma mère dit que je ne suis pas encore assez bonne à
marier.
_Susanne._ Pas bonne à marier (1)! une fille de seize ans, grande et
grasse comme tu es! Voilà bien débuté pour une mère qui devroit songer
à ton plaisir autant comme elle a fait au sien. Et où est l’amour et
charité des pères et mères envers leurs enfants? Mais ce n’est point
encore cela que je te voulois dire, car, dis-moy, au pis-aller, es-tu
simple de croire qu’on ne puisse avoir compagnie d’homme sans estre
mariée?
_Fanchon._ Nenny vrayement, vous ne me dites rien de nouveau, et ne
sçavez vous pas aussi qu’il en vient icy assez souvent.
_Susanne._ Qui sont-ils donc, ces hommes-là? car je n’en vois point.
_Fanchon._ Qui ils sont? ah! il y a premièrement mes deux oncles,
mon parrain, monsieur de Beaumont, mon cousin de la Mothe, et tant
d’autres.
_Susanne._ Holà! c’est bien de ceux-là que j’entends! ce sont des
parens, ceux-là, mais je dis des estrangers, moy.
_Fanchon._ Et bien! des estrangers, n’y a-t-il point du Verger, du
Moulin, monsieur de Lorme et le jeune monsieur Robinet, que je devois
nommer le premier, car il y vient assez souvent, luy, et me dit
assez de fois qu’il m’aime et bien d’autres choses où je ne comprends
rien. Mais à quoy me sert cela? je n’ai pas plus de plaisir avec ces
hommes-là qu’avec ma mère et ma tante qui me font rire quelquefois, et
j’ayme mieux qu’il n’en vienne point du tout, que de voir ces simagrées
qu’ils font (2); car quand je parle à eux, ils sont toujours avec plus
de cérémonie et me regardent avec des yeux comme s’ils avoient envie de
me manger, et au bout du compte ne me disent point un mot qui vaille;
et quand ils s’en retournent, à leur dire, ils sont aussi peu contents
comme quand ils estoient venus, et voilà bien de quoy me contenter;
pour moy je suis lasse de tant de façons.
_Susanne._ Mais ne te disent-ils pas quelquefois que tu es belle, et ne
te veulent-ils pas baiser ou toucher en quelque endroit?
_Fanchon._ Ho! ouy bien pour cela, ma cousine; mais Dieu! qui est-ce
qui vous l’a donc dit? Je pense que vous devinez ou que vous estiez
derrière eux quand ils me parloient, car je vous asseure que c’est la
plus grande partie de ce qu’ils me content, de dire que je suis belle,
et quelquefois ils approchent leur bouche de la mienne pour me baiser
et me veulent mettre les mains sur les tétons; ils disent bien qu’ils
prennent plaisir à toucher cela, mais pour moy je dis que je n’y en
prends pas.
_Susanne._ Et les laisses-tu faire quand ils veulent faire ces
actions-là?
(3) _Fanchon._ Vrayement nenny, car ma mère m’a dit que ce n’estoit pas
bien fait de souffrir ces choses-là.
_Susanne._ Hé! que tu es innocente quand je t’écoute parler, et que tu
es encore ignorante en tout ce que tu dis.
_Fanchon._ Et qu’est-ce donc à dire cela, ma cousine? et y a-t-il
quelque chose à sçavoir que je ne sçache point?
_Susanne._ Il y a tout, et tu ne sais rien.
_Fanchon._ Dites-le moy donc, de grâce, afin que je l’apprenne.
_Susanne._ Voilà ce que c’est d’escouter toujours une mère et prester
jamais l’oreille aux paroles des hommes.
_Fanchon._ Et qu’est-ce que les hommes nous apprennent tant, ceux-là
qu’on dit estre si méchants.
(4) _Susanne._ Hélas! je le sçay depuis peu, ce qu’ils nous apprennent,
à mon grand plaisir. Ils ne sont pas si meschants que tu penses, mon
enfant, mais tu es aussi esloignée de le sçavoir qu’un aveugle de
voir clair, et tant que tu seras privée de leur compagnie et de leurs
conseils, tu seras toujours dans une stupidité et ignorance qui ne te
donnera jamais aucun plaisir au monde. Car, dis-moy, en l’estat où tu
es, comme une fille qui est toujours avec sa mère, quel plaisir as-tu
que tu me puisses dire?
_Fanchon._ Quel plaisir? j’en ay plusieurs, ma cousine. Je mange quand
j’ay faim, je bois quand j’ay soif, je dors quand j’ay sommeil, je
ris, je chante, je danse, je saute, je vais me promener quelquefois aux
champs avec ma mère.
_Susanne._ Tout cela est bel et bon, mais tout le monde n’en fait-il
pas de même?
_Fanchon._ Et comment donc, ma cousine, y a-t-il quelque sorte de
plaisir que tout le monde n’a pas?
(5) _Susanne._ Vrayement ouy, puisqu’il y en a un que tu n’as pas,
lequel vaut mieux que tous les autres ensemble, tout ainsi que le vin
vaut mieux que l’eau de la rivière.
_Fanchon._ Je demeure maintenant d’accord que je ne sçais pas tout, ma
cousine, et ne sçais non plus quel est ce plaisir dont vous me parlez,
si vous ne me le montrez autrement.
_Susanne._ Mais est-il possible que ces hommes à qui tu parles si
souvent, et particulièrement monsieur Robinet, ne t’en ayent rien dit?
_Fanchon._ Non, je vous asseure, ma cousine; si c’est quelque chose de
bon, ils n’ont pas eu la charité de me le dire.
_Susanne._ Comment, si c’est quelque chose de bon! C’est la meilleure
chose du monde. Mais ce qui m’estonne plus que le reste, c’est que
monsieur Robinet ne t’en ayt rien dit, luy qui t’a toujours montré
plus d’affection que les autres; il faut que tu luy ayes rendu quelque
desplaisir.
(6) _Fanchon._ Hélas! au contraire, ma cousine; il le sçait bien, et
quand il soupire et se plaint auprès de moy, bien loin que ce soit
moy qui luy cause ce mal, je luy demande toujours ce qu’il a et luy
proteste toujours de bon cœur que je voudrois pouvoir quelque chose
pour son soulagement.
_Susanne._ Ah! je commence à cette heure à comprendre votre mal à
tous deux. Mais quand il dit qu’il t’aime, ne luy dis-tu point que tu
l’aimes aussi?
_Fanchon._ Non, ma cousine, car à quoy cela serviroit-il? Si je croiois
que cela fust bon à quelque chose, je le luy dirois, mais comme il
n’est bon à rien, je ne me sçaurois contraindre à luy dire.
_Susanne._ Voilà qui t’a trompée, pauvre fille, car si tu luy avois
dit que tu l’aimes, il t’auroit infailliblement monstré le plaisir que
je te veux apprendre, mais il n’a eu garde jusques icy, puisqu’il luy
estoit impossible à moins que tu ne l’aimasses.
_Fanchon._ Certes, vous me dites là une chose estrange, ma cousine, que
pour aimer un homme de la sorte, on doit avoir tant de plaisir; car il
me semble que quand j’aimerois Robinet et cent mille autres avec luy,
je n’y en aurois pas davantage qu’en ne les aimant point.
_Susanne._ Cela seroit bon à dire, grosse sotte, si on estoit toujours
à se regarder, mais que penses-tu? dame, on se touche quelquefois.
_Fanchon._ Mais je l’ay aussi touché plusieurs fois, et bien d’autres
garçons aussi, mais je n’ay point eu pour cela plus de plaisir.
_Susanne._ Tu ne touchois que les habits, mais falloit toucher autre
chose.
_Fanchon._ Oh! de grâce, ma cousine, ne me faites plus languir, si vous
m’aimez, car je n’entends rien à tout cela; dites moy naïvement ce que
je devois faire pour estre si contente avec luy.
(7) _Susanne._ Pour ne te plus tenir en suspens, tu dois sçavoir qu’un
garçon et une fille prennent ensemble le plus grand plaisir du monde,
et si cela ne leur couste rien du monde.
_Fanchon._ Ha! ma cousine, que j’ay desjà d’envie de le sçavoir. Hé!
qu’est-ce, et comment est-ce?
_Susanne._ Donne toy patience, et je te diray tout. N’as-tu jamais veu
un homme qui fust tout nud?
_Fanchon._ Non, jamais en ma vie; j’ay bien vu quelquefois des petits
garçons.
(8) _Susanne._ Tout cela n’est rien; il faut qu’ils soyent grands, tout
au moins de l’âge de dix et sept ans, et que la fille en ayt quinze.
_Fanchon._ Cela estant, non, je n’en ay donc point veu.
_Susanne._ Escoute, ma pauvre cousine, je t’aime trop pour te rien
celer: n’en as-tu pas veu quelqu’un qui pissât, et cest affaire avec
quoy il pisse?
(9) _Fanchon._ Ouy, bien cela, ma cousine; j’en ay une fois vu un dans
la rue qui pissoit contre une muraille, et qui tenoit quelque chose en
la main que je ne pouvois deviner, et comme il me vit venir du long du
mur, il se retourna vers moy, et me fit voir comme un bout de boudin
blanc qui estoit assez long, dont je m’esmerveillai que je n’en avois
point de pareil.
_Susanne._ Et c’est tant mieux, pauvre ignorante, que tu n’en ayes
point, car cela feroit que tu ne pourrois recevoir ce grand plaisir,
mais je te diray encore à ceste heure bien des choses dont tu seras
encore plus estonnée.
_Fanchon._ Ma cousine, vous m’obligerez, mais que je vous dise encore
ceci auparavant: n’y a-t-il que les garçons et les filles qui peuvent
avoir ce plaisir?
_Susanne._ Vrayement, nous sommes bien loin de compte, il y en a
de toutes les façons (10); il y a premièrement donc les garçons et
les filles, et il y a les messieurs et les dames, qui est une autre
façon, et de plus les maris et les femmes, mais tout cela s’appelle
communément les hommes et les femmes.
_Fanchon._ N’y a-t-il pas de différence entre eux pour ceste chose-là?
_Susanne._ Le mary et la femme, cela est bon, vois-tu, mais il n’est
pas encore si bon que les autres, à cause qu’il est plus ordinaire et
que c’est leur pain quotidien; car c’est la difficulté et la rareté qui
rend cela un petit meilleur, d’où vient que les femmes, pour prévenir à
tout, quand elles sont mariées elles ont toujours des messieurs qui le
leur font en cachette, à cause que le mary ne le veut pas et qu’il en
seroit jaloux s’il le sçavoit.
_Fanchon._ Et pourquoy ne le veut-il pas?
_Susanne._ C’est un autre fait, et nous le dirons tantost pourquoy,
mais le mary va bien chercher aussi ailleurs quand il est dégousté de
sa femme, et tesmoin ton père qui a donné le plaisir à Marguerite, la
servante que vous avez chassée. C’est pour cela que vous eustes tant de
bruict dernièrement au logis. Hé bien! ta mère, qui est encore belle
et qui sçait cela, penses-tu qu’elle n’ait pas quelques messieurs, en
secret, qui lui viennent faire?
_Fanchon._ Je ne sçais pas, ma cousine, mais les messieurs et dames,
qu’est-ce?
_Susanne._ Celui-là est bien-plus plaisant que les autres. Les
messieurs, ce sont des personnes bien faites, mariez ou d’âge pour
l’estre, qui cherchent à donner le plaisir aux femmes, et Paris en est
tout plein; et les dames sont les femmes mariées ou veufves qui sont
encore belles, et la plupart de grande condition, à qui les messieurs
viennent donner le plaisir chez elles.
_Fanchon._ Vous me surprenez, ma cousine; et les garçons?
(11) _Susanne._ Les garçons et les filles, c’est le plus plaisant de
tout, parce qu’ils sont plus frais et plus jeunes et que la jeunesse
est bien plus propre à cela. Mais desquels dirons-nous, à ton avis,
pour t’instruire?
_Fanchon._ Ma cousine, disons des garçons, qu’il y a plus de plaisir.
_Susanne._ Des garçons, soit. Premièrement, il faut que tu sçaches que
cest engin avec quoy les garçons pissent s’appelle un _vit_.
_Fanchon._ Ah! vous jurez, ma cousine.
_Susanne._ Patience, non fait; hé! que tu es importune et qu’il faut
bien vrayement que tu ostes tous ces scrupules, si tu veux que je te
die quelque chose dont tu seras tantost ravie.
_Fanchon._ Hé bien! j’escouteray tout ce que vous voudrez.
(12) _Susanne._ Je dirai encore _cul_, _con_, _vit_ et _coüillons_.
_Fanchon._ Hé bien! il n’importe.
_Susanne._ Cest engin donc avec quoy les garçons pissent s’appelle
un _vit_, et quelquefois il s’entend par le _membre_, le _manche_, le
_nerf_, le _dard_ et la _lance d’amour_, et quand un garçon est tout
nud, on voit cela qui lui pend au bas du ventre, comme une longue tette
de vache, à l’endroit où nous n’avons qu’un trou pour pisser.
_Fanchon._ Oh! quelle merveille!
(13) _Susanne._ De plus, il y a deux ballottes dessoubs, qui pendent
dans une bourse, qui s’appellent deux _coüillons_, mais il ne faut pas
les nommer devant le monde, et qui sont de la forme, à les toucher,
de deux grosses olives d’Espagne; et tout cela est environné d’un
poil frisotté, de mesme qu’aux filles, et qui sied bien à le voir à
l’entour.
_Fanchon._ Je comprends ce que vous me dites, ma cousine, mais pourquoy
est-il fait comme cela aux hommes, et à quoy leur peut-il servir? ce
n’est pas seulement pour pisser, autrement ils n’en auroient pas plus à
faire que nous.
_Susanne._ Tiens, m’amour, c’est avec cela qu’ils nous donnent ce
plaisir, car quand un garçon aime bien une fille (14), voici comment
il luy fait quand il la rencontre seule en quelque part. Il se
met à genoux devant elle et luy demande, le plus gracieusement du
monde:—M’aimez-vous bien, ma bonne? car je vous aime bien aussi;—et
tandis qu’il luy dit cela, il la regarde avec des yeux mourants,
comme s’il avoit envie à se tuer pour elle, et si la fille luy
dit:—Ouy,—alors il se relève, et la prend de force de corps, et la
porte sur le lict, où il la couche à la renverse, et puis il luy
trousse la cotte et la chemise, et luy fait ouvrir les cuisses bien
large, pendant qu’il dénoue l’aiguillette de son haut-de-chausse pour
se descouvrir aussi. Et quand il a fait, il se couche comme cela sur le
ventre de la fille, et lui fourre, dans le trou par où elle pisse, ce
long engin, avec le plus grand plaisir et délice du monde.
_Fanchon._ Je suis grandement estonnée de ce que vous me contez là,
ma cousine. Mais comment peut-il faire pour entrer là dedans cest
engin qui est si mol et si flasque? Faut donc qu’il l’enfonce avec les
doigts.
(15) _Susanne._ Hé! pauvre idiote! il n’est pas toujours si mol quand
cela arrive. Au contraire, quand il le fait voir à la fille, il est
tout changé et ne paroist plus ce qu’il estoit auparavant; il est
grossi et allongé de moitié, il est dur et roide comme un baston, et
à force de se bander comme je dis, il y a une peau vers le bout qui se
retire contre le ventre et descouvre une teste qui est faite comme un
gros bigarreau rouge, et cela est plaisant à toucher au possible.
_Fanchon._ Et quand il bande, comme vous dites, c’est alors qu’il le
fourre dans le trou de la fille?
(16) _Susanne._ Vrayement ouy, car il ne le pourroit autrement, mais
c’est encore un autre plaisir de voir la peine qu’il se donne pour le
faire entrer, car cela n’entre pas tout d’un coup, comme tu pourrois
imaginer, mais petit à petit, et le garçon est quelquefois tout en
eau avant que le tout soit dedans, à cause que le trou de la fille
n’est pas assez large, et c’est là encore où il y a du plaisir, parce
que la fille sent l’engin du garçon qui l’entr’ouvre à force et qui
frotte fort contre les bords du con, ce qui la chatouille doucement et
voluptueusement.
_Fanchon._ J’aurois peur, au contraire, que cela ne luy fist du mal.
_Susanne._ Point du tout, mon cœur, et cela luy fait grand bien. Il
est bien vray que le premier coup de vit que l’on luy donne, en le luy
mettant dedans, elle sent une petite cuisson, à cause qu’elle n’y est
pas accoustumée, mais par après, cela ne fait plus que chatouiller et
exciter le plus grand plaisir du monde.
(17) _Fanchon._ Et l’engin de la fille, comment l’appelez-vous?
_Susanne._ Je l’appelle un _con_, et quelquefois il s’entend par le
_bas_, le _chose_, le _trou mignon_, le _trou velu_, etc. Et quand un
garçon fait cela à une fille, cela s’appelle _mettre vit au con_, ou
bien l’on dit qu’il la _fout_, la _chevauche_, et les garçons nous
apprennent à dire cela quand ils nous tiennent. Mais garde-toi bien
d’en parler devant le monde, car on dit que ce sont des vilains mots
qui font rougir les filles quand on les leur prononce.
(18) _Fanchon._ O! je n’ai garde, vrayement, mais comment fait donc le
garçon, ma cousine, pour faire entrer cest engin roide dedans le con?
_Susanne._ Il n’a pas plus tôt adjusté dans le trou de la fille, qu’il
le pousse du croupion, et puis se retire un peu arrière, puis repousse
plus fort avant, et la fille pousse aussi de son costé, pour l’enfiler
mieux, tant que le tout soit dedans, et elle sent cependant remuer les
fesses du garçon qui est dessus elle.
_Fanchon._ Il faut donc qu’il remue toujours, sans arrester aucunement?
_Susanne._ Vrayement ouy.
_Fanchon._ Et comment fait-il donc pour pouvoir remuer si à propos en
le faisant entrer petit à petit?
_Susanne._ Tiens, voilà, comme il fait, regarde comme je remue, et
tandis qu’elle le voit ainsi remuer, elle l’embrasse, elle le baise
à la bouche, elle le touche à l’estomach, tantost aux fesses et aux
cuisses, l’appelant son cœur et son âme, et sent cependant son vit
qui luy entre dans le con avec la plus grande douceur qu’on se puisse
imaginer.
_Fanchon._ Vrayement, ma cousine, il me semble que je voudrois bien
esprouver cela de la façon que vous dites; je pense pour moy que j’y
aurois bien du plaisir, et les filles, certes, doivent bien estre
obligées aux garçons qui leur font de telles choses. Mais n’y ont-ils
pas aussi du plaisir (19), eux qui se donnent tant de peine pour en
faire aux autres?
_Susanne._ Comment penses-tu donc? vrayement ouy, et ils le leur
témoignent assez. Quand ils pasment d’aise sur elles en leur faisant,
on ne leur entend rien dire autre chose sinon:—Hé! mon cœur, hé!
m’amour, je me meurs; et fais, je n’en puis plus, fais vite,—et le
plaisir de la fille est bien plus grand, quand elle voit que celuy qui
luy fait est bien aise, que s’il n’estoit pas; car si le garçon donne
du plaisir à la fille, il faut bien que la fille en donne aussi au
garçon.
_Fanchon._ C’est ce qui est bien raisonnable, ma cousine, et cela
estant, je pense que les filles sont bien longtemps à se tenir les
garçons dessus; car si c’estoit à moy, je ne laisserois jamais sortir
cest engin qui fait tant de bien dans le mien.
_Susanne._ O! que cela n’est pas comme tu penses.
_Fanchon._ Et comment donc?
_Susanne._ Parce que l’on finit de faire après quelque temps, après on
recommence.
_Fanchon._ Mais je croiois que cela duroit tousjours, sans finir, et
tant que l’on vouloit, et qu’il ne falloit que mettre cet engin là
dedans.
_Susanne._ C’est ce qui te trompe, cousine, et il est bien mieux de la
façon que je te le vais dire.
_Fanchon._ Expliquez-moi donc cela, en un mot, comment cela se fait,
et pourquoy il finit et recommence, et qu’est-ce qui fait que l’on
ressent ce plaisir, le vit estant dedans le con de la fille, puisqu’en
y mettant le doigt ce seroit bien quelque chose.
(20) _Susanne._ Premièrement, tu doibs sçavoir que cest engin du garçon
a une peau par dessus, douillette et unie, qui donne du plaisir à la
fille quand elle y touche avec la main. Il est dur et plein de nerfs
par dedans, et l’on sent cela par dessous la peau, qui est mouvante,
en le frottant haut et bas, fors et excepté devers la teste, qui est
composée d’une glande de chair tendre et délicate et qui ressemble
proprement, comme j’ay dit, un gros bigarreau rouge. Par dessous et
le long de cet engin, il y a un tuyau qui paroist enflé comme une
grosse veine et qui aboutit à la teste, là où il y a une petite fente
en long, comme d’un coup de lancette, et qui est tournée de mesme sens
comme celle du con. Pour la fille, je ne sçais comment elle est faite,
mais on dit qu’elle a un engin par dedans, fait comme celui du garçon.
Or voicy ce qui arrive quand la fille reçoit le vit au con (c’est le
mot): la peau du vit rebourse, qui ne peut entrer, et le membre coule
par dedans toute la teste; le garçon cependant pousse tousjours avec
le cul le membre, qui est pressé parce qu’il est trop gros, dans le
conduit de la fille; cela fait que la peau qui le couvroit, et qui
ne luy a descouvert que la teste, vient à frotter par dessous contre
le tuyau que j’ay dit. A mesure qu’il pousse et retire le cul pour
le faire entrer, la fille aussi, qui résiste, sent le frottement, et
celuy que la peau et l’engin du garçon luy font dans son conduit,
tout cela leur ameine du plaisir, avec les autres caresses qu’ils
se font. Enfin, à force de frotter et de remuer le cul de part et
d’autre, il arrive que tous deux viennent à s’eschauffer d’aise par
une petite démangeaison et chatouillement qui leur vient le long de
leurs conduits. Le garçon en avertit la fille et elle le garçon; cela
les oblige à frotter plus fort et à remuer plus viste les fesses. Le
chatouillement cependant s’augmente toujours, et, par conséquent,
le plaisir, lequel enfin devient si grand petit à petit, qu’ils en
soupirent d’aise et ne peuvent parler que par eslans; ils clignottent
des yeux, et semblent expirer en s’embrassant de plus fort en plus
fort. Alors le chatouillement les saisit de telle sorte que l’on les
voit pasmer d’aise et à petites secousses (21) à mesure qu’ils viennent
à descharger par les conduits ce qui les chatouilloit si fort, qui est
une liqueur blanche et espaisse comme bouillie, qu’ils rendent tous
deux l’un dans l’autre, avec un délice qui ne se peut exprimer.
_Fanchon._ Il faut, ma cousine, que ce plaisir soit bien furieux,
puisqu’il les fait tant oublier de ce qu’ils sont. Mais qu’arrive-t-il
par après?
(22) _Susanne._ Rien davantage. Tous deux sont contents pour ce coup,
et le vit, qui estoit droit auparavant, sort du con tout lasche et
abattu.
_Fanchon._ Cela est estrange, et ne leur prend-il point envie de
recommencer?
_Susanne._ Quelquefois, quand, à force de baisers et d’attouchements,
le vit se dresse, ou que la fille vient à le redresser avec la main,
car alors, ils le remettent encore une fois dedans et esprouvent le
même plaisir.
_Fanchon._ Comment, s’il estoit abattu, une fille le pourroit-elle bien
redresser?