Dans cet antagonisme, quel triomphe souhaiter et toute alliance entre
les deux forces ennemies est-elle à jamais impossible, tant que nous
sommes dans notre chair? En attendant, que faut-il faire? S’il est
indispensable de choisir, vers quoi penchera notre choix et quelle sera
l’Iphigénie que nous immolerons? Écouterons-nous ceux qui nous disent
qu’il n’y a plus rien à gagner ni à apprendre en ces parages
inhospitaliers où tous les phénomènes qui nous intriguent aujourd’hui
étaient connus depuis que l’homme est homme? Est-il vrai que
l’occultisme,--comme on l’a fort improprement appelé, car la science
qu’il poursuit n’est pas plus occulte que les autres,--est-il vrai qu’il
piétine, s’embarrasse sans espoir dans les mêmes faits équivoques et que
depuis sa renaissance qui date de plus d’un demi-siècle, il n’ait pas
fait un pas en avant? Il faut tout ignorer de l’admirable effort de ces
années fécondes pour oser hasarder une telle assertion. Ce n’est pas le
lieu de traiter cette question qui exigerait de longs développements;
mais il est permis d’affirmer qu’aucune science jusqu’ici, en aussi peu
de temps, n’a débrouillé pareil chaos, n’a constaté, contrôlé et classé
une telle quantité de faits, n’a plus rapidement éveillé, cultivé et
discipliné dans l’homme certaines facultés qu’on n’avait jamais
sérieusement cru qu’il possédât, n’a fait reconnaître comme
incontestable et introduit ainsi dans le cercle des réalités, sur quoi
nous fondons notre vie, certains phénomènes invraisemblables qu’on avait
dédaigneusement négligés jusqu’à ce jour. On attend encore, il est vrai,
l’application pratique et d’utilité quotidienne, la domestication de la
force nouvelle. On attend encore la manifestation révélatrice et
décisive qui emportera les derniers doutes et éclairera le problème
jusqu’au fond de ses origines. Mais convenons qu’on attend également
cette manifestation dans la plupart des sciences. Nous voici déjà, en
tout cas, en présence d’un surprenant amas de matériaux pesés et
vérifiés, qu’on avait pris jusqu’ici pour des déchets de rêves, des
débris de chimères ou de légendes sans importance, sans signification.
Durant plus de trois siècles, la science de l’électricité demeura à peu
près au point où se trouvent aujourd’hui nos sciences psychiques. On
enregistrait, on accumulait, on tentait d’interpréter une foule de
phénomènes bizarres et sans portée; on s’amusait autour de la machine de
Ramsden, des bouteilles de Leyde, de la pile de Volta encore indécise.
On croyait avoir découvert un passe-temps anodin, une ingénieuse
distraction de laboratoire ou de cabinet de physique; et, on ne
soupçonnait nullement qu’on effleurait les sources d’une puissance
universelle, irrésistible, inépuisable, invisiblement présente et active
en toutes choses, qui allait bientôt envahir la surface de notre globe.
Rien ne nous dit que les forces psychiques, que nous commençons à peine
d’entrevoir, ne nous réservent pas d’analogues surprises, avec cette
différence qu’il s’agit ici d’énergies et de mystères plus hauts, plus
grandioses et sans doute bien plus lourds de conséquences, puisqu’ils
touchent à nos destinées éternelles, passent à travers notre vie et
notre mort et débordent notre planète.