XIII

Et les énigmes s’accumulent qu’on ne peut espérer de résoudre. On a dit

que ces facultés anormales étaient des communications ou des

infiltrations elles-mêmes anormales à travers le diaphragme qui sépare

notre conscience de notre subconscience. C’est extrêmement probable,

mais une petite partie de la question. Il importerait avant tout de

savoir ce que représente cette subconscience, à quoi elle tend et avec

quoi elle-même communique. La forme cérébrale de la connaissance

est-elle une étape nécessaire ou accidentelle? Est-ce la forme

impersonnelle qu’elle prend dans la subconscience qui est la seule

vraie? Y a-t-il réellement, comme tout semble le prouver,

incompatibilité irréductible entre nos facultés intellectuelles et ces

facultés d’origine incertaine, au point que celles-ci ne peuvent se

manifester que grâce à l’affaiblissement ou durant la suspension de

celles-là? On constate, en tout cas, qu’elles ne s’exercent presque

jamais simultanément. Faut-il croire qu’à un moment donné, l’humanité ou

le génie qui préside à ses destinées ait eu à faire un choix exclusif et

redoutable entre l’énergie cérébrale et les mystérieuses forces de la

subconscience et qu’on trouve encore dans notre organisme les traces de

ses hésitations? Que serait devenue une humanité où la subconscience

l’eût emporté sur le cerveau? N’est-ce pas le cas des animaux et

l’humanité ne serait-elle pas demeurée purement animale? Ou bien cette

prépondérance d’un élément subconscient plus puissant que chez les

animaux et presque indépendant de notre corps n’eût-elle pas entraîné la

disparition de la vie telle que nous la subissons; et n’aurions-nous pas

dès à présent vécu tels que probablement nous vivrons lorsque nous

serons morts? Voilà bien des questions sans réponse, mais qui ne sont

peut-être pas aussi oiseuses qu’on le croirait d’abord.

L'hôte inconnu · 第 110 / 114 题