Et les énigmes s’accumulent qu’on ne peut espérer de résoudre. On a dit
que ces facultés anormales étaient des communications ou des
infiltrations elles-mêmes anormales à travers le diaphragme qui sépare
notre conscience de notre subconscience. C’est extrêmement probable,
mais une petite partie de la question. Il importerait avant tout de
savoir ce que représente cette subconscience, à quoi elle tend et avec
quoi elle-même communique. La forme cérébrale de la connaissance
est-elle une étape nécessaire ou accidentelle? Est-ce la forme
impersonnelle qu’elle prend dans la subconscience qui est la seule
vraie? Y a-t-il réellement, comme tout semble le prouver,
incompatibilité irréductible entre nos facultés intellectuelles et ces
facultés d’origine incertaine, au point que celles-ci ne peuvent se
manifester que grâce à l’affaiblissement ou durant la suspension de
celles-là? On constate, en tout cas, qu’elles ne s’exercent presque
jamais simultanément. Faut-il croire qu’à un moment donné, l’humanité ou
le génie qui préside à ses destinées ait eu à faire un choix exclusif et
redoutable entre l’énergie cérébrale et les mystérieuses forces de la
subconscience et qu’on trouve encore dans notre organisme les traces de
ses hésitations? Que serait devenue une humanité où la subconscience
l’eût emporté sur le cerveau? N’est-ce pas le cas des animaux et
l’humanité ne serait-elle pas demeurée purement animale? Ou bien cette
prépondérance d’un élément subconscient plus puissant que chez les
animaux et presque indépendant de notre corps n’eût-elle pas entraîné la
disparition de la vie telle que nous la subissons; et n’aurions-nous pas
dès à présent vécu tels que probablement nous vivrons lorsque nous
serons morts? Voilà bien des questions sans réponse, mais qui ne sont
peut-être pas aussi oiseuses qu’on le croirait d’abord.