XI

M. Ernest Bozzano, un des maîtres les plus érudits, les plus hardis et

les plus subtils de la science nouvelle qui se forme, dans une

remarquable étude publiée par _Les Annales des Sciences psychiques_[31],

émet l’avis qu’à travers les siècles, ils sont demeurés stationnaires et

immuables. Ils ne se seraient nullement disséminés, généralisés et

affinés, comme tant d’autres beaucoup moins importants et moins utiles

au point de vue de la lutte pour la vie, ceux de la musique, par

exemple. Il ne paraît même pas, au dire de M. Bozzano, qu’il soit

possible de les cultiver ou de les développer méthodiquement. Les

peuples hindous, notamment, qui depuis des milliers d’années s’y

appliquent, ne sont parvenus qu’à mieux connaître les procédés

empiriques qui en favorisent les manifestations chez les individus qui

en étaient naturellement et préalablement doués. Je ne sais jusqu’à quel

point les assertions de M. Bozzano sont incontestables. Il s’agit là de

faits historiques ou lointains qu’il est fort difficile de contrôler. En

tous cas, c’est déjà quelque chose que d’avoir, comme on l’a fait aux

Indes, perfectionné les procédés empiriques qui favorisent les

phénomènes supra-normaux. On pourrait même dire que c’est à peu près

tout ce que nous sommes en droit d’espérer, attendu que de l’aveu même

de notre auteur, ces facultés sont latentes en tout homme et qu’il

suffit, comme on l’a fréquemment constaté, d’une maladie, d’un accident

traumatique et parfois d’une simple émotion ou d’un simple malaise pour

qu’elles se révèlent soudain chez l’individu qui en paraissait le plus

irrémédiablement dépourvu. Il est donc fort possible qu’en améliorant

les méthodes, en attaquant le mystère par d’autres angles, nous

obtenions des résultats plus décisifs que les Hindous. N’oublions pas

que c’est d’hier que notre science occidentale s’occupe de ces problèmes

et qu’elle possède des moyens d’investigation et d’expérimentation que

n’eurent jamais les Asiatiques. On peut même affirmer qu’à aucun moment

de l’existence de notre globe, l’intelligence scientifique ne fut mieux

outillée, plus apte à toutes les besognes, plus précise, plus habile et

plus pénétrante qu’aujourd’hui. Il n’y a donc nulle raison de croire,

parce que les empiriques orientaux y ont échoué, qu’elle ne réussira pas

à réveiller et à cultiver en tout homme ces facultés qui lui seraient

souvent plus utiles que celles de l’intelligence même. A certains points

de vue la véritable histoire de l’humanité est à peine commencée.

[31] _Annales des Sciences psychiques_, sept. 1906.

L'hôte inconnu · 第 108 / 114 题