Il n’y a donc pas lieu de proscrire entièrement les autres théories. La
plupart renferment sans doute plus d’une parcelle de vérité; et,
notamment, la grande querelle de la subconscience et du spiritisme
repose en somme sur un malentendu. Il est fort possible et même assez
probable que les morts nous entourent, puisqu’il est impossible que les
morts ne vivent pas. Notre subconscience doit se mêler à tout ce qui ne
meurt pas en eux; et ce qui meurt en eux ou plutôt se disperse et perd
toute importance, n’est que la petite conscience rassemblée sur cette
terre et maintenue jusqu’à la dernière heure par les liens fragiles de
la mémoire. En toutes ces manifestations de notre hôte inconnu, c’est
notre moi d’après la tombe qui déjà vit en nous tandis que nous sommes
encore dans la chair et rejoint par moments ce qui ne périt pas dans
ceux qui ont quitté leur corps. L’existence de notre hôte inconnu
supposerait donc l’immortalité d’une partie de nous-mêmes? Est-il
possible d’en douter? Vous êtes-vous jamais imaginé que vous péririez
tout entier? Pour moi, ce que je ne saurais me représenter, c’est la
façon dont vous vous représenteriez cet anéantissement total. Mais si
vous ne pouvez entièrement périr, il est non moins certain que ceux qui
vous ont précédé n’ont pas péri non plus; et dès lors, il n’est pas tout
à fait invraisemblable qu’on les puisse retrouver et communiquer avec
eux. En ce sens élargi, l’hypothèse spirite est parfaitement admissible;
mais ce qui ne l’est point du tout, c’est l’étroite et minable
interprétation que lui donnent trop souvent ses adeptes. Ils voient les
morts s’agglomérer autour de nous comme de misérables fantoches
indissolublement attachés aux médiocres lieux de leur agonie, par les
mille petits fils d’insipides souvenirs et de radoteuses manies. Ils
seraient là, encombrant nos demeures, plus bassement humains que s’ils
vivaient encore, vagues, inconsistants, bavards, désemparés, inutiles,
oisifs, agitant pêle-mêle leurs ombres désolées que dévorent lentement
le silence et l’oubli, s’occupant sans cesse de ce qui ne les regarde
plus, mais à peu près incapables de nous rendre un service réel; tels,
en un mot, qu’ils finiraient par nous persuader que la mort ne sert de
rien, ne purifie, n’élève, ne délivre rien et qu’elle est redoutable et
sans espoir.