VI

Il n’y a donc pas lieu de proscrire entièrement les autres théories. La

plupart renferment sans doute plus d’une parcelle de vérité; et,

notamment, la grande querelle de la subconscience et du spiritisme

repose en somme sur un malentendu. Il est fort possible et même assez

probable que les morts nous entourent, puisqu’il est impossible que les

morts ne vivent pas. Notre subconscience doit se mêler à tout ce qui ne

meurt pas en eux; et ce qui meurt en eux ou plutôt se disperse et perd

toute importance, n’est que la petite conscience rassemblée sur cette

terre et maintenue jusqu’à la dernière heure par les liens fragiles de

la mémoire. En toutes ces manifestations de notre hôte inconnu, c’est

notre moi d’après la tombe qui déjà vit en nous tandis que nous sommes

encore dans la chair et rejoint par moments ce qui ne périt pas dans

ceux qui ont quitté leur corps. L’existence de notre hôte inconnu

supposerait donc l’immortalité d’une partie de nous-mêmes? Est-il

possible d’en douter? Vous êtes-vous jamais imaginé que vous péririez

tout entier? Pour moi, ce que je ne saurais me représenter, c’est la

façon dont vous vous représenteriez cet anéantissement total. Mais si

vous ne pouvez entièrement périr, il est non moins certain que ceux qui

vous ont précédé n’ont pas péri non plus; et dès lors, il n’est pas tout

à fait invraisemblable qu’on les puisse retrouver et communiquer avec

eux. En ce sens élargi, l’hypothèse spirite est parfaitement admissible;

mais ce qui ne l’est point du tout, c’est l’étroite et minable

interprétation que lui donnent trop souvent ses adeptes. Ils voient les

morts s’agglomérer autour de nous comme de misérables fantoches

indissolublement attachés aux médiocres lieux de leur agonie, par les

mille petits fils d’insipides souvenirs et de radoteuses manies. Ils

seraient là, encombrant nos demeures, plus bassement humains que s’ils

vivaient encore, vagues, inconsistants, bavards, désemparés, inutiles,

oisifs, agitant pêle-mêle leurs ombres désolées que dévorent lentement

le silence et l’oubli, s’occupant sans cesse de ce qui ne les regarde

plus, mais à peu près incapables de nous rendre un service réel; tels,

en un mot, qu’ils finiraient par nous persuader que la mort ne sert de

rien, ne purifie, n’élève, ne délivre rien et qu’elle est redoutable et

sans espoir.

L'hôte inconnu · 第 104 / 114 题