Il nous a donc semblé que c’était notre hôte inconnu qui s’exprimait au
nom des morts dans les tables tournantes, l’écriture et la parole
automatiques. Il nous a paru prendre en nous-mêmes la place de ceux qui
ne sont plus, s’unir peut-être à des forces qui ne périssent point,
visiter les tombeaux pour en ramener d’inexplicables fantômes qui
surgissent inutilement devant nous ou hantent nos demeures sans nous
dire pourquoi. Nous l’avons vu, dans des expériences d’intuition et de
lucidité, supprimer tous les obstacles qui éloignent ou cachent les
pensées; et, à travers les corps devenus transparents, lire à même notre
âme les secrets oubliés du passé, les sentiments qui n’ont pas encore de
forme, les intentions qui ne sont pas encore nées. Nous avons constaté
qu’il lui suffit d’un objet touché par un être lointain, pour
qu’immédiatement il participe à la vie la plus profonde, la plus intime
de cet être, descende plus bas et monte plus haut que lui, voie ce qu’il
voit et ce qu’il ne voit pas, les paysages qui l’entourent, la maison
qu’il habite, comme les dangers qui le menacent et les passions secrètes
qui l’agitent. Nous l’avons surpris errant çà et là, au hasard, dans
l’avenir, le confondant avec le présent et le passé, désorienté mais
clairvoyant, sachant peut-être tout, mais ignorant l’importance de ce
qu’il sait ou encore inhabile à en tirer parti ou à se faire entendre;
oublieux et méticuleux, prolixe et réticent, inutile et indispensable.
Nous l’avons vu enfin, alors que nous l’avions cru jusqu’ici
indissolublement, inaltérablement humain, émerger tout à coup d’autres
créatures et y révéler des facultés qui rejoignent les nôtres,
communient avec elles au fond du plus profond des mystères, les égalent
et parfois les surpassent dans une région qui nous semblait à tort le
seul domaine vraiment intangible de l’homme; je veux dire le domaine
obscur et abstrus des grands nombres.
Il a encore bien d’autres manifestations non moins étranges, plus
importantes peut-être, que nous nous proposons d’examiner plus tard,
notamment ses surprenantes vertus thérapeutiques, et ses phénomènes de
matérialisation. Mais sans préjuger ce que nous ignorons encore,
peut-être, au cours des pages précédentes, l’avons-nous suffisamment
esquissé pour qu’il soit d’ores et déjà possible de dégager d’un
fouillis de lignes souvent contradictoires, certains traits généraux et
caractéristiques.