I
Nous venons d’étudier quelques manifestations de celui que nous avons
appelé tour à tour et assez indifféremment, l’inconscient, le
subconscient, le subliminal, l’hôte inconnu, dénominations auxquelles on
pourrait ajouter celles de subconscience ou de psychisme supérieurs,
imaginées par le Dr Geley. Ces manifestations, si elles sont réellement
établies, il n’est plus possible, sinon de les expliquer, ou plutôt de
les classifier, sans avoir recours à des hypothèses nouvelles. Or, on
peut douter sur bien des points, ergoter, contester; mais je défie
quiconque s’est sérieusement et sincèrement approché des faits en
question, de les rejeter tous ensemble. Il est permis de négliger les
plus extraordinaires; mais il en est une foule d’autres qui sont
devenus, ou pour parler plus exactement, sont reconnus aussi fréquents,
aussi habituels que n’importe quel fait de la vie courante et normale.
Il est assez facile de les reproduire à volonté, pourvu qu’on se mette
dans les conditions requises par leur nature même; et dès lors, il n’y a
plus de raison valable pour les exclure du domaine de la science
proprement dite.
Jusqu’ici, tout ce que nous avons appris au sujet de ces faits, c’est
que leur origine est inconnue. On dira que c’est peu et que la
découverte est assez pitoyable. J’en conviens volontiers; s’imaginer
qu’on explique un phénomène en disant que c’est un inconnu qui le
produit, serait en effet puéril. Mais c’est déjà quelque chose que d’en
repérer la source, de ne pas s’attarder au sein d’une brume où l’on
tente au hasard toutes les directions, de concentrer peu à peu
l’attention sur un point unique d’où partent tous les prodiges et de
reconnaître à chaque instant, dans chaque phénomène, les habitudes, les
procédés et les traits essentiels du même inconnu. C’est à peu près tout
ce qu’on peut faire pour l’instant; mais ce premier effort n’est point
tout à fait méprisable.