XXV

Je le répète, le grand miracle d’Elberfeld est d’avoir su prolonger et

reproduire à volonté ces «éclairs psychiques» désintéressés. Les

chevaux, par rapport aux autres animaux, s’y trouvent dans l’état où

serait l’homme dont le subliminal aurait pris le dessus. Cet homme

vivrait plus haut, dans une atmosphère presque immatérielle, dont les

phénomènes de la métapsychique, étincelles tombées d’une région que nous

atteindrons peut-être quelque jour, nous donnent parfois une notion

précaire et fugitive. L’intelligence qui est notre léthargie et qui nous

tient captifs au fond d’un petit creux de l’espace et du temps, y serait

remplacée par l’intuition ou plutôt par une sorte de science immanente

qui, sans effort, nous ferait prendre part à tout ce que sait un univers

qui, peut-être, sait tout. Malheureusement, nous n’avons pas, ou du

moins nous ne connaissons pas, comme les chevaux, un être supérieur qui

s’intéresse à nous et nous aide à secouer notre engourdissement. Il nous

faut devenir notre propre dieu, nous tirer au-dessus de nous-mêmes et

nous y maintenir par nos seules forces. Il est à peu près certain que le

cheval, sans le secours de l’homme, ne serait jamais sorti de sa sphère

nébuleuse; mais il n’est pas interdit d’espérer que l’homme, sans autre

assistance que sa haute et bonne volonté, ne parvienne à rompre le

sommeil qui le borne et l’aveugle.

L'hôte inconnu · 第 87 / 114 题