Je le répète, le grand miracle d’Elberfeld est d’avoir su prolonger et
reproduire à volonté ces «éclairs psychiques» désintéressés. Les
chevaux, par rapport aux autres animaux, s’y trouvent dans l’état où
serait l’homme dont le subliminal aurait pris le dessus. Cet homme
vivrait plus haut, dans une atmosphère presque immatérielle, dont les
phénomènes de la métapsychique, étincelles tombées d’une région que nous
atteindrons peut-être quelque jour, nous donnent parfois une notion
précaire et fugitive. L’intelligence qui est notre léthargie et qui nous
tient captifs au fond d’un petit creux de l’espace et du temps, y serait
remplacée par l’intuition ou plutôt par une sorte de science immanente
qui, sans effort, nous ferait prendre part à tout ce que sait un univers
qui, peut-être, sait tout. Malheureusement, nous n’avons pas, ou du
moins nous ne connaissons pas, comme les chevaux, un être supérieur qui
s’intéresse à nous et nous aide à secouer notre engourdissement. Il nous
faut devenir notre propre dieu, nous tirer au-dessus de nous-mêmes et
nous y maintenir par nos seules forces. Il est à peu près certain que le
cheval, sans le secours de l’homme, ne serait jamais sorti de sa sphère
nébuleuse; mais il n’est pas interdit d’espérer que l’homme, sans autre
assistance que sa haute et bonne volonté, ne parvienne à rompre le
sommeil qui le borne et l’aveugle.