Je ne cite ces traits que parce qu’ils sont fort ordinaires et qu’il
n’est personne qui n’ait fait mille observations de ce genre.
D’habitude, nous ne remarquons pas que ces humbles manifestations
représentent des sentiments, des associations d’idées, des inférences,
des déductions, tout un effort intellectuel absolument humain. Il ne
leur manque que la parole; mais la parole n’est qu’un accident mécanique
qui nous révèle plus nettement les opérations de la pensée. Nous nous
émerveillons que Muhamed ou Zarif reconnaissent l’image d’un cheval,
d’un âne, d’un chapeau ou d’un cavalier, ou qu’ils rapportent
spontanément à leur maître les petits événements de l’écurie; mais il
est certain que notre chien fait sans cesse, en silence, un travail
analogue, et que ses yeux, si nous savions y lire, nous en diraient bien
davantage. Le premier miracle d’Elberfeld, c’est qu’on ait pu donner aux
étalons le moyen d’exprimer ce qu’ils pensent et éprouvent. Il est
considérable; mais à l’examiner de près, il n’est pas incompréhensible.
Il y a une distance énorme entre les chevaux qui parlent et mon chien
qui se tait; mais non point un abîme. Ce que j’en dis ici, n’est pas
pour diminuer la portée du prodige, mais pour faire remarquer que
l’hypothèse de l’intelligence animale est plus défendable et moins
chimérique qu’on n’est d’abord tenté de le penser.