De quelle façon, ceux qui se sont occupés de ces manifestations
insolites, ont-ils essayé de les expliquer?
Donnons en passant un coup de faux dans les menues broussailles des
hypothèses puériles ou saugrenues. Je ne m’arrêterai donc point à la
fraude, aux signaux évidents, visuels ou acoustiques, à l’installation
électrique qui commanderait les réponses et autres fantaisies trop
grossières. Il suffit, pour constater leur inanité sans excuse, de
passer quelques minutes dans l’honnête écurie d’Elberfeld.
J’ai, au début de cette étude, parlé de l’attaque de Herr Pfungst. Herr
Pfungst, on se le rappelle, prétend établir que toutes les réponses du
cheval sont déterminées par des mouvements imperceptibles et
probablement inconscients de l’interrogateur. Cette interprétation qui
ne tient pas plus que les précédentes devant la simple réalité des
faits, ne mériterait pas qu’on la discutât sérieusement, si le rapport
du psychologue berlinois n’avait eu, il y a quelques années, un immense
retentissement et n’était parvenu à intimider jusqu’à ce jour la majeure
partie de la science officielle allemande. Il faut du reste reconnaître
que ce rapport est un monument de pédantesque sottise. Il n’en est pas
moins vrai que tel quel, il anéantit le pauvre von Osten, qui, n’étant
pas un polémiste et ne sachant comment s’y prendre pour proclamer la
vérité qui l’étouffait, mourut tristement dans son coin.
Pour en finir avec cette théorie encombrante et puérile, est-il
nécessaire de faire remarquer une fois de plus que les expériences, où
l’animal ne peut apercevoir l’interrogateur, réussissent aussi
régulièrement que les autres? Krall, si vous le désirez, se tiendra
derrière le cheval, parlera du fond de la salle, quittera l’écurie; et
les résultats seront identiques. Ils le sont encore quand les épreuves
ont lieu dans l’obscurité ou que la tête de l’animal est strictement
encapuchonnée. Ils ne varient pas davantage lorsqu’il s’agit de Berto
qui n’y voit point, ou qu’un assistant quelconque, en l’absence de
Krall, propose le problème. Soutiendra-t-on que ce profane ou ce nouveau
venu connaît d’avance et d’instinct les signes imperceptibles qui
dicteront la solution qu’il ignore souvent lui-même? Mais à quoi bon
prolonger ce combat contre un nuage de poussière? Tout cela ne résiste
pas à l’examen, et il faut un véritable effort de conscience pour se
résoudre à réfuter sérieusement d’aussi minables objections.