Est-ce à dire qu’on élimine ainsi tout risque de télépathie? Je
n’oserais l’affirmer. La puissance, l’étendue de la télépathie est
encore, on ne saurait assez le répéter, indéfinie, insaisissable,
indépistable, illimitée. Nous venons à peine de la découvrir, nous
savons seulement qu’il n’est plus possible de nier son existence; mais
pour tout le reste, nous en sommes à peu près au point où se trouvait
Galvani, quand il ranimait ses grenouilles mortes à l’aide de deux
petites lames de métal dont les savants du temps faisaient des gorges
chaudes, mais qui portaient en germe toutes les merveilles de
l’électricité.
Néanmoins, en ce qui concerne la télépathie telle que nous l’entendons
et la connaissons aujourd’hui, ma conviction est faite. Je suis persuadé
que ce n’est pas de ce côté que nous devons chercher l’explication du
phénomène; ou si nous l’y voulons trouver, cette explication se
complique de tant de mystères accessoires, que mieux vaut encore
accepter le prodige tel qu’il se présente, dans son obscurité et sa
simplicité premières. Quand je transcrivais par exemple un des problèmes
rébarbatifs dont je viens de parler, il est bien certain que mon
intelligence consciente ne savait par quel bout le prendre. J’ignorais
jusqu’à sa signification et si l’exposant 3, 4, 5 exigeait une
multiplication, une division ou quelqu’autre opération que je ne tentais
même pas d’imaginer; et si haut que remonte ma mémoire, je ne me
rappelle pas qu’à aucun moment de ma vie, j’en aie su davantage. Il
faudrait donc admettre que mon subliminal est un mathématicien-né,
prompt, infaillible et d’un savoir sans bornes. C’est possible et j’en
éprouve quelque fierté. Mais l’hypothèse déplace simplement le miracle
en le faisant passer de l’âme du cheval à la mienne, et il ne gagne à ce
transfert, d’ailleurs invraisemblable, aucune clarté nouvelle. Est-il
nécessaire d’ajouter, qu’à plus forte raison, les expériences du Dr
Hænel et maintes autres que je ne puis rapporter ici, faute de place,
excluent définitivement l’hypothèse?