Mais je demande à voir le grand ancêtre, Kluge Hans, Hans-le-Sage. Il
vit toujours. Il est vieux, il doit avoir seize ou dix-sept ans; mais sa
vieillesse, hélas, n’est pas exempte des funestes orages que connaissent
les hommes au déclin de leur vie! Hans a mal tourné, paraît-il, et l’on
n’en parle plus qu’à mots couverts. Un palefrenier imprudent ou
vindicatif, je ne sais plus au juste, ayant introduit une jument dans la
cour, Hans le pur, qui, jusqu’alors, avait mené une existence austère et
monacale, vouée au célibat, à la science et aux chastes ivresses des
nombres, Hans l’irréprochable, perdit incontinent la tête et s’éventra
sur le bas-flanc de sa stalle. On dut lui remettre en place les
entrailles et lui recoudre l’abdomen. Il est maintenant piteusement au
vert dans un pré de la campagne environnante. Tant il est vrai qu’une
vie ne peut être jugée qu’à son terme et qu’on n’est sûr de rien tant
que l’on n’est pas mort.