II

Le bruit de ces curieuses expériences ne tarda pas à se répandre, et les

visiteurs affluèrent dans la petite cour où von Osten faisait travailler

son insolite élève. Les journaux s’en mêlèrent et de vives polémiques

éclatèrent entre ceux qui croyaient à la réalité du phénomène et ceux

qui n’y voyaient qu’une impudente supercherie. Une première commission

scientifique fut nommée en 1904, composée de professeurs de psychologie,

de physiologie, d’un directeur de jardin zoologique, d’un directeur de

cirque, de vétérinaires et d’officiers de cavalerie. Elle ne découvrit

rien de suspect, mais ne hasarda aucune explication. On nomma une

seconde commission qui comptait parmi ses membres M. Oskar Pfungst,

élève du laboratoire de psychologie de Berlin. M. Pfungst, à la suite de

nombreuses expériences, rédigea un volumineux et écrasant rapport où il

soutenait que le cheval n’était doué d’aucune intelligence, ne

reconnaissait ni lettre, ni chiffre, ne savait en réalité ni calculer,

ni compter, mais obéissait simplement aux signes imperceptibles,

infinitésimaux et inconscients qui échappaient à son maître.

Il y eut dans l’opinion publique un brusque et large revirement. On

éprouvait une sorte de soulagement un peu lâche à voir subitement

expirer un miracle qui menaçait de jeter la perturbation dans le petit

troupeau satisfait des vérités acquises. Le pauvre von Osten eut beau

protester, on ne l’écouta plus, la cause était jugée. Il ne se releva

pas de ce coup officiel, devint la risée de tous ceux qu’il avait

d’abord étonnés, et mourut dans l’amertume et dans l’isolement, le 29

juin 1909, à l’âge de soixante et onze ans.

L'hôte inconnu · 第 65 / 114 题