XXVIII

Évidemment, il nous est difficile de comprendre que l’avenir puisse

ainsi précéder le néant, que le présent soit en même temps le futur et

le passé ou que ce qui n’est pas encore soit déjà en même temps qu’il

n’est plus. Mais, d’autre part, il nous est tout aussi malaisé de

concevoir que l’avenir ne préexiste pas, qu’il n’y ait rien avant le

présent et que tout ne soit que présent ou passé. Il est fort probable

que, pour une intelligence plus universelle que la nôtre, tout n’est

qu’un éternel présent, un immense _punctum stans_, comme disent les

métaphysiciens, où tous les événements sont sur un même plan; mais il

est non moins probable que quant à nous, tant que nous serons hommes,

pour comprendre quelque chose à cet éternel présent, nous serons

toujours obligés de le subdiviser en trois parties. Pris ainsi entre

deux mystères qui déroutent également notre intelligence, que nous

niions ou que nous admettions la préexistence de l’avenir, c’est au fond

une querelle de mots: dans le premier cas, nous appelons présent par

rapport à une intelligence idéale ce qui, pour nous, est avenir; dans le

second, nous appelons avenir ce qui, par rapport à l’intelligence

idéale, est le présent. Mais en dernière analyse, dans l’un et l’autre

cas, il est incontestable que, tout au moins par rapport à nous,

l’avenir préexiste, puisque cette préexistence est le seul nom dont nous

puissions désigner et la seule forme sous laquelle nous puissions

concevoir ce que nous n’apercevons pas encore dans le présent.

L'hôte inconnu · 第 59 / 114 题