Il est vrai que cette explication n’explique pas grand’chose; mais les
autres sont tout aussi impuissantes, et prêtent aux mêmes objections.
Celles-ci sont diverses et nombreuses, et il est plus facile de les
soulever que d’y répondre. Par exemple, on peut se demander pourquoi, la
subconscience ou les esprits, puisqu’ils lisent dans l’avenir et savent
nous annoncer un malheur imminent, ne nous donnent presque jamais le
seul renseignement utile et précis qui nous permettrait de l’éviter?
Quelle est donc la raison puérile ou mystérieuse de ces bizarres
réticences? Dans bien des cas, elles sont presque criminelles; ainsi
dans l’exemple rapporté par le professeur Hyslop[17], on voit la
prémonition du plus grand malheur qui puisse atteindre une mère, germer,
grandir, se ramifier, se développer comme une plante gourmande et
fatale, pour s’arrêter net au dernier avertissement, à l’unique détail,
insignifiant en soi, mais indispensable, qui eût sauvé l’enfant. Il
s’agit d’une femme qui commence par éprouver l’impression confuse mais
puissante qu’une épreuve douloureuse est suspendue sur sa famille. Le
mois suivant, cette impression se renouvelle fréquemment, se précise et
finit par se concentrer autour de l’enfant de la malheureuse femme.
Chaque fois qu’elle fait un projet qui se rapporte à l’avenir de cette
enfant, elle entend une voix lui murmurer à l’oreille: «Elle n’en aura
pas besoin.» Un mois avant la catastrophe, sans cause apparente, une
violente odeur de brûlé envahit la maison. Ensuite, c’est l’obsession du
danger des allumettes que la mère recherche dans tous les coins et cache
soigneusement. Enfin, une heure avant l’accident, cette obsession
devient irrésistible elle veut détruire toutes les allumettes qui se
trouvent dans la chambre; mais elle se dit que son fils aîné, absent en
ce moment, en aura besoin à son retour et remet à plus tard l’exécution
de son projet. Elle couche l’enfant, et tandis qu’elle arrange le
berceau, la voix habituelle et mystérieuse murmure à son oreille:
«Retourne le matelas»; mais comme elle est très pressée, elle dit à
l’enfant: «Je retournerai ton matelas quand tu auras dormi.» Elle
descend s’occuper de besognes urgentes. Aussitôt, des cris lui
parviennent, elle accourt, trouve le berceau et les couvertures en
flammes et la fillette si terriblement brûlée qu’elle meurt trois heures
après.
[17] _Proceedings_, vol. XIV, p. 266-270.