Le seul essai d’explication qui tienne à côté du spiritisme, recourt,
une fois de plus, aux mystérieuses forces de notre subconscience. Il
faut reconnaître que si l’avenir existe dès aujourd’hui, déjà pareil à
ce qu’il sera lorsqu’il deviendra pour nous le présent et le passé,
l’intervention des désincarnés ou de tout autre entité spirituelle
détachée d’une autre sphère, est assez inutile. On peut imaginer un
esprit infini qui contemple indifféremment le passé et le futur dans
leur coexistence, et supposer toute une hiérarchie d’intelligences
intermédiaires qui prennent à cette contemplation une part plus ou moins
étendue et la transmettent à notre subconscience. Mais tout cela n’est
au fond qu’hypothèses inconsistantes et rêves ingénieux dans les
ténèbres; en tout cas, c’est adventice, secondaire et provisoire.
Tenons-nous aux faits tels que nous les constatons: une faculté
inconnue, repliée au fond de notre être et généralement inactive,
perçoit, à de rares moments, des événements qui n’ont pas encore eu
lieu. Nous n’avons à ce sujet qu’une seule certitude, à savoir que c’est
bien en nous que se passe le phénomène; c’est donc en nous qu’il
convient de l’étudier tout d’abord, sans nous embarrasser d’hypothèses
qui l’éloignent de son centre et déplacent simplement le mystère. Le
miracle incompréhensible, c’est la préexistence de l’avenir; dès qu’on
l’admet,--et il semble bien difficile de le contester,--il n’y a aucune
raison d’attribuer à des intermédiaires imaginaires plutôt qu’à
nous-mêmes, la faculté de saisir certains fragments de cet avenir. Nous
voyons, à propos de la plupart des manifestations médiumniques, que nous
possédons en nous toutes les puissances insolites dont les spirites
dotent les désincarnés; pourquoi en irait-il autrement en ce qui
concerne les puissances divinatrices?
L’explication tirée de la subconscience est la plus directe, la plus
proche; au lieu que l’autre est infiniment complexe, détournée et
lointaine. En attendant que les désincarnés attestent leur existence
d’une façon irréfragable, il n’y a nul avantage à aller chercher, dans
leurs tombes, la clef d’une énigme qui paraît bien se trouver au fond de
notre vie.