Prenons maintenant un autre rêve prémonitoire, rigoureusement contrôlé
par le comité des _Proceedings_[9]. Dans les premiers jours de
septembre, Mrs Annette Jones, femme d’un marchand de tabac de «Old
Gravel lane» (East London) qui avait un enfant malade, rêve qu’elle voit
passer un char qui s’arrête devant elle et contient trois petits
cercueils, dont deux étaient blancs, et le troisième, un peu plus grand,
d’un bleu pâle. Le conducteur retire le plus long des cercueils blancs,
le dépose aux pieds de la femme et poursuit sa route emportant les deux
autres. Mrs Jones raconte son rêve à son mari et à une voisine, en
insistant particulièrement sur la circonstance curieuse du cercueil bleu
pâle.
[9] _Proceedings_, vol. XI, p. 493.
Le 10 septembre, une amie des Jones met au monde un enfant qui meurt le
29 du même mois. Le lundi suivant, 2 octobre, le fils des Jones, âgé de
seize mois, succombe à son tour. On décide d’enterrer les deux enfants
le même jour. Le matin du jour choisi, le prêtre annonce aux Jones qu’un
troisième enfant étant mort dans le voisinage, on le porterait à
l’église en même temps que les deux autres. Mrs Jones dit à son mari:
«Les cercueils de nos enfants sont blancs; si l’autre est bleu pâle, ce
sera l’accomplissement de mon rêve.»--On apporte le troisième cercueil,
il est bleu pâle. Il reste à remarquer que les dimensions des cercueils
correspondaient exactement aux prémonitions du rêve: le plus petit étant
celui de l’enfant mort le premier, le deuxième celui du fils Jones qui
avait seize mois, et le plus grand, le bleu, celui d’un enfant âgé de
six ans.
Prenons encore, plus ou moins au hasard, un autre exemple dans les
inépuisables _Proceedings_[10]. Le fait est rapporté par le Dr Alfred
Cooper et appuyé du témoignage de la duchesse de Hamilton, du duc de
Manchester et d’un autre gentilhomme auquel la duchesse avait communiqué
le cas avant l’accomplissement de la vision prophétique.
[10] _Proceedings_, vol. XI, p. 505.
Quinze jours avant la mort du comte de L..., raconte le Dr Cooper,
j’étais allé, pour des raisons professionnelles, voir le duc de
Hamilton. La consultation achevée, nous revînmes ensemble au salon, où
se tenait la duchesse. Le duc me demanda: «Comment se porte le
comte?»--La duchesse intervenant: «Quel comte?»--Je répondis: «Lord
L...»--Alors elle observa: «C’est étrange! j’ai eu hier soir une vision
impressionnante. Je me trouvais au lit depuis peu, et je n’étais pas
encore endormie, lorsque je vis se dérouler devant moi une véritable
scène de théâtre. Les acteurs en étaient: Lord L..., sur une chaise,
inanimé, et un homme à barbe rousse penché sur lui. Lord L... se
trouvait à côté d’une baignoire au-dessus de laquelle brûlait
distinctement une lampe rouge.»
Je répondis: «Je soigne en ce moment Lord L..., ce n’est pas grave; il
n’en mourra pas; dans quelques jours il sera rétabli.»
En effet, son état s’améliora durant une semaine, et il était presque
guéri. Mais six ou sept jours plus tard, je fus rappelé d’urgence. Une
inflammation avait envahi les deux poumons.
J’appelai en consultation Sir William Jenner, mais, au bout de six
jours, notre malade mourait. J’avais fait venir pour l’assister deux
infirmiers; l’un de ceux-ci tomba malade. Quand j’aperçus celui qui le
remplaçait, je vis que le rêve de la duchesse était exactement réalisé.
Il était penché sur le comte, près de la baignoire; et, chose étrange,
sa barbe était rousse et la lampe rouge brûlait au-dessus d’eux. Il est
assez rare de voir une salle de bains éclairée par une lampe rouge; et
c’est cette circonstance qui me rappela la vision de la duchesse. Cette
vision m’avait été décrite quinze jours avant la mort de Lord L...