Passons à d’autres exemples. J’emprunte à l’excellente étude de MM.
Pickering et Sadgrove, sur l’_Importance des précognitions_, parue dans
le numéro du 1er février 1908 des _Annales des Sciences psychiques_, le
résumé d’une expérience de Mrs W. Verral, dont le détail se trouve au
tome XX des _Proceedings_. Mrs W. Verral est une automatiste célèbre
dont les _Correspondances croisées_ occupent un volume entier des
_Proceedings_. Sa bonne foi, sa sincérité, sa loyauté et sa rigueur
scientifiques sont à l’abri de tout soupçon; et elle compte parmi les
personnalités les plus estimées et les plus actives de la _Society for
Psychical Research_.
Donc, le 11 mai 1901, à 11 h. 10 du soir, Mrs W. Verral écrivit
automatiquement ce qui suit:
«_Do not Hurry. Date this hoc est quod volui tandem_ δικαιοσύνη Καὶ χαρὰ
συμφωνεῖ συνετοὶσιν A.W.V. Καὶ αλλω τινὶ ἴσως. _calx pedibus inhaerens
difficultatem superavit. magnopere adjuvas persectando semper. Nomen
inscribere jam possum sic en tibi[8]._»
[8] On sait que la xénoglossie n’est pas rare dans l’écriture
automatique; assez fréquemment même, l’«automatiste» parle ou écrit
des langues qu’il ignore complètement. Voici la traduction du
passage: «Ne vous pressez pas. Datez ceci. C’est ce que je voulais
enfin. Justice et Joie, dites un mot pour le sage, A.W.V.; et
peut-être pour quelqu’un d’autre encore. La craie adhérant aux pieds
a vaincu la difficulté. Vous aidez beaucoup en persévérant toujours.
Maintenant je puis écrire un nom comme cela.»
Après l’écriture venait un dessin humoristique représentant un oiseau
qui marchait.
La même nuit, comme «certains faits de nature douteuse» se produisaient,
prétendait-on, dans deux chambres, à Londres, deux expérimentateurs
décidèrent de passer la nuit dans ces appartements. Afin de découvrir
les traces de tout intrus, ils répandirent sur le parquet de la craie
pulvérisée. Mrs Verral ignorait toute l’affaire. Les phénomènes
commencèrent à minuit 43 et se terminèrent à 2 h. 9 du matin. Les
expérimentateurs observèrent des marques dans la craie pulvérisée. Les
ayant examinées, ils constatèrent «qu’il s’agissait d’empreintes de
pieds d’oiseaux très nettement tracées: trois dans la pièce de gauche,
cinq dans celle de droite». Les marques étaient identiques, chacune de
deux pouces trois quarts de largeur, pouvant être comparées aux
empreintes d’un oiseau de la grosseur d’une dinde. Les empreintes n’ont
été observées qu’à _2 h. 30 du matin_; les phénomènes inexpliqués
avaient commencé à _minuit 43 de la même nuit_. Les mots concernant «la
craie s’attachant aux pieds», suivis du dessin d’un oiseau, se
rapportaient à ces faits d’une manière frappante; mais le point capital,
c’est que Mrs Verral écrivit ce que nous avons dit, _une heure et
trente-trois minutes_ avant que le fait ne se produisît.
Les personnes qui veillèrent dans les deux chambres furent questionnées
par M. Piddington, membre du conseil de la _Society for psychical
Research_, et déclarèrent qu’elles n’avaient aucunement prévu ce
qu’elles découvrirent.
Inutile d’ajouter que Mrs Verral n’avait jamais entendu parler des faits
qui se passaient dans la maison hantée, de même que les veilleurs
ignoraient complètement l’existence de Mrs Verral.
Voici donc une très curieuse prédiction d’un événement d’ailleurs
insignifiant, qui doit arriver, dans une maison inconnue de celle qui le
prédit, à des gens qu’elle ne connaît pas davantage. Est-ce, comme le
veulent les spirites qui triomphent ici, non sans quelque raison, un
désincarné qui, intentionnellement, afin de prouver son existence et sa
clairvoyance, organise cette mystérieuse petite scène où l’avenir, le
présent et le passé se confondent?--Est-ce la subconscience de Mrs
Verral qui erre ainsi, au hasard, dans le futur? Il est certain que le
problème se présente rarement sous un aspect aussi déroutant.