Pour moi, s’il me fallait choisir, j’adopterais nettement, dans la
plupart de ces cas de laboratoire, l’hypothèse d’après laquelle l’objet
touché servirait simplement à dépister, parmi la foule prodigieuse des
êtres, celui qui l’imprégna de son fluide. «Cet objet, comme le dit le
Dr Osty, n’aurait d’autre rôle que de permettre à la sensibilité du
sujet de distinguer une force déterminée parmi les innombrables forces
qui le sollicitent.» Il semble de plus en plus certain qu’étant les
cellules d’un immense organisme, nous sommes reliés à tout ce qui existe
par un inextricable réseau d’ondes, de vibrations, d’influences, de
courants, de fluides sans nom, sans nombre et ininterrompus. Presque
toujours, chez presque tous les hommes, tout ce qu’apportent ces fils
invisibles tombe dans les ténèbres de l’inconscience et passe inaperçu,
ce qui ne veut pas dire qu’il y demeure inactif. Mais parfois, une
circonstance exceptionnelle, comme dans le cas présent la merveilleuse
sensibilité d’un médium de premier ordre, nous révèle brusquement, par
les vibrations et l’action irrécusable d’un de ces fils, l’existence du
réseau infini. Dans un ordre d’idées analogues, mais dans un monde plus
modeste et plus naïvement borné, et sans m’arrêter à des histoires de
pistes presque médiumniquement retrouvées et suivies après avoir flairé
un objet, histoires d’ailleurs fort vraisemblables mais qui ne sont pas
encore assez rigoureusement étayées, le chien, par exemple, est sans
cesse environné d’odeurs et de fumets divers auxquels il semble
indifférent, jusqu’à ce que son attention soit éveillée par l’un ou
l’autre de ces effluves vagabonds. Il le démêle alors dans
l’invraisemblable lacis. On dirait que la trace s’anime, vibre comme une
corde à l’unisson des désirs de l’animal, devient irrésistible et
l’entraîne à son but après d’innombrables détours.
Dans la «correspondance croisée», nous voyons également se révéler le
réseau mystérieux. Deux ou trois médiums qui ne se connaissent pas, que
séparent souvent des continents ou des mers, qui ignorent où se trouve
celui qui va compléter leur pensée, écrivent chacun un bout de phrase
qui, isolé, n’a aucune signification. On réunit les fragments et l’on
constate qu’ils s’emboîtent à merveille et prennent un sens intelligible
et manifestement prémédité. Nous retrouvons ici la même faculté
médiumnique qui permet de dépister, parmi des milliers d’autres, une
force déterminée qui errait dans l’espace. Il est vrai que dans ce cas,
les spirites soutiennent que toute l’expérience est organisée et dirigée
par une intelligence désincarnée, indépendante des médiums, qui entend
de cette façon prouver son existence et son identité. Sans rejeter
d’emblée cette théorie qui n’est pas indéfendable, bornons-nous à
remarquer que puisqu’en psychométrie, la faculté se manifeste sans
l’intervention des esprits, il n’y a peut-être pas de raisons
suffisantes pour l’attribuer aux désincarnés dans la «correspondance
croisée».