VII

Je crois donc que, l’intervention des morts provisoirement écartée, dans

la plupart des cas que j’appellerai cas de laboratoire, parce qu’on peut

les reproduire à volonté, on n’est pas nécessairement réduit à

l’hypothèse de l’objet animé qui représente intégralement, indéfiniment

et inépuisablement, à travers toutes les vicissitudes du temps et de

l’espace, chacun de ceux qui, durant une minute, le tinrent dans leurs

mains. Car, ne l’oublions pas, dans cette hypothèse, l’objet recèlera et

révélera, par l’intermédiaire du médium, autant de personnalités

distinctes et complètes qu’il aura subi de contacts. Il ne se fera

jamais de confusions ni de mélanges entre ces personnalités différentes.

Elles demeureront nettement superposées et indépendantes les unes des

autres; et, comme le formule le Dr Osty, «le sujet peut traduire chacune

d’elles totalement, comme s’il était en communication avec

l’individualité éloignée».

Tout cela rend cette hypothèse assez incroyable, encore qu’elle ne le

soit pas beaucoup plus que tant d’autres phénomènes dont l’habitude a

émoussé les aspérités miraculeuses. On retrouverait un peu partout dans

la nature ce don prodigieux d’emmagasiner dans l’invisible

d’inépuisables énergies, des traces, des souvenirs, des impressions

ineffaçables. Il n’est pas une chose en ce monde qui se perde,

disparaisse, s’arrête, cesse d’être, de garder et de propager de la vie.

Faut-il rappeler, dans cet ordre d’idées, l’incessante émission d’images

que constate la plaque sensible, les vibrations sonores qui s’accumulent

dans les disques du gramophone, les ondes hertziennes qui ne perdent

rien de leur force à travers l’espace, les mystères de la semence et,

pour tout dire en un mot, l’inexplicable de presque tout ce qui nous

environne?

L'hôte inconnu · 第 29 / 114 题