Je crois donc que, l’intervention des morts provisoirement écartée, dans
la plupart des cas que j’appellerai cas de laboratoire, parce qu’on peut
les reproduire à volonté, on n’est pas nécessairement réduit à
l’hypothèse de l’objet animé qui représente intégralement, indéfiniment
et inépuisablement, à travers toutes les vicissitudes du temps et de
l’espace, chacun de ceux qui, durant une minute, le tinrent dans leurs
mains. Car, ne l’oublions pas, dans cette hypothèse, l’objet recèlera et
révélera, par l’intermédiaire du médium, autant de personnalités
distinctes et complètes qu’il aura subi de contacts. Il ne se fera
jamais de confusions ni de mélanges entre ces personnalités différentes.
Elles demeureront nettement superposées et indépendantes les unes des
autres; et, comme le formule le Dr Osty, «le sujet peut traduire chacune
d’elles totalement, comme s’il était en communication avec
l’individualité éloignée».
Tout cela rend cette hypothèse assez incroyable, encore qu’elle ne le
soit pas beaucoup plus que tant d’autres phénomènes dont l’habitude a
émoussé les aspérités miraculeuses. On retrouverait un peu partout dans
la nature ce don prodigieux d’emmagasiner dans l’invisible
d’inépuisables énergies, des traces, des souvenirs, des impressions
ineffaçables. Il n’est pas une chose en ce monde qui se perde,
disparaisse, s’arrête, cesse d’être, de garder et de propager de la vie.
Faut-il rappeler, dans cet ordre d’idées, l’incessante émission d’images
que constate la plaque sensible, les vibrations sonores qui s’accumulent
dans les disques du gramophone, les ondes hertziennes qui ne perdent
rien de leur force à travers l’espace, les mystères de la semence et,
pour tout dire en un mot, l’inexplicable de presque tout ce qui nous
environne?