VI

Je renvoie, pour les détails nombreux que je n’ai pu donner, à l’étude

scrupuleuse et très complète du Dr Osty; mais ceux que j’ai retenus

suffisent à caractériser ce cas extraordinaire.

Nous avons d’abord une certitude qui paraît à peu près inattaquable;

c’est qu’il ne saurait être question d’un crime. Personne n’avait le

moindre intérêt à la mort du vieillard. Le corps ne portait aucune trace

de violence; du reste la pensée d’un attentat quelconque n’effleura même

pas l’esprit de ceux qui furent mêlés à l’aventure. Le malheureux dont

le dérangement cérébral était connu de tous ceux qui l’approchaient,

hanté de l’idée et du désir fixes de la mort, était allé chercher

celle-ci, obstinément et paisiblement, dans un taillis voisin. Il n’y a

donc pas de criminel, c’est-à-dire pas de communication possible ou

imaginable du subliminal du médium avec un subliminal vivant sur cette

terre. Il faut dès lors admettre que la communication s’établit avec le

mort ou sa subconscience demeurée vivante près d’un mois après le décès

et errant encore aux mêmes parages; ou bien accepter que tout ce drame

futur, tout ce que le vieillard allait voir, faire et subir se trouvait

déjà irrévocablement inclus et inscrit dans les plis du foulard, au

moment où il le portait.

Je ne vois pas, dans l’espèce,--toutes relations avec les vivants étant

nettement et incontestablement coupées,--d’autres explications. Les deux

seules qui nous restent sont également stupéfiantes, et nous replongent

inopinément en des régions féeriques et fabuleuses auxquelles nous

croyions avoir dit, une fois pour toutes, adieu. Si l’on n’adopte pas

l’hypothèse du foulard révélateur, il faut se ranger à celle des

spirites qui maintiennent que les désincarnés communiquent librement

avec nous. Il est certain qu’ils peuvent trouver dans cet exemple un

argument sérieux. Mais un fait unique ne suffit pas à étayer une

théorie, d’autant moins que celui-ci ne sera jamais entièrement à l’abri

de l’objection qu’on peut tirer d’un crime après tout possible et dont

on est impuissant à prouver matériellement l’inexistence. Il nous faut

donc, en attendant d’autres faits similaires et plus décisifs, s’il en

est d’imaginables, revenir à ceux qui sont pour ainsi dire des faits de

laboratoire que ceux-là seuls contestent qui ne veulent pas prendre la

peine de les constater; et ces faits-là, il n’y a, pour les interpréter,

que les deux hypothèses dont nous avions parlé avant cette diversion;

puisqu’ici nous n’avons généralement pas, comme dans la parole ou

l’écriture automatique, à envisager l’intervention des morts. Il est

rare en effet que les plus notoires psychomètres soient spirites et se

réclament des désincarnés. D’habitude, ils ne se soucient guère de la

source de leurs intuitions et semblent peu curieux d’en préciser le

mécanisme et l’origine. Or, il serait bien étonnant qu’agissant et

parlant au nom des trépassés, ils ignorassent aussi régulièrement

l’existence de ceux qui les inspireraient; et plus étonnant encore que

les morts que nous voyons en d’autres circonstances si jaloux de

revendiquer leur identité, ne cherchassent point ici, où l’occasion est

si propice, à s’affirmer, à se manifester et à se faire reconnaître.

L'hôte inconnu · 第 28 / 114 题