Je renvoie, pour les détails nombreux que je n’ai pu donner, à l’étude
scrupuleuse et très complète du Dr Osty; mais ceux que j’ai retenus
suffisent à caractériser ce cas extraordinaire.
Nous avons d’abord une certitude qui paraît à peu près inattaquable;
c’est qu’il ne saurait être question d’un crime. Personne n’avait le
moindre intérêt à la mort du vieillard. Le corps ne portait aucune trace
de violence; du reste la pensée d’un attentat quelconque n’effleura même
pas l’esprit de ceux qui furent mêlés à l’aventure. Le malheureux dont
le dérangement cérébral était connu de tous ceux qui l’approchaient,
hanté de l’idée et du désir fixes de la mort, était allé chercher
celle-ci, obstinément et paisiblement, dans un taillis voisin. Il n’y a
donc pas de criminel, c’est-à-dire pas de communication possible ou
imaginable du subliminal du médium avec un subliminal vivant sur cette
terre. Il faut dès lors admettre que la communication s’établit avec le
mort ou sa subconscience demeurée vivante près d’un mois après le décès
et errant encore aux mêmes parages; ou bien accepter que tout ce drame
futur, tout ce que le vieillard allait voir, faire et subir se trouvait
déjà irrévocablement inclus et inscrit dans les plis du foulard, au
moment où il le portait.
Je ne vois pas, dans l’espèce,--toutes relations avec les vivants étant
nettement et incontestablement coupées,--d’autres explications. Les deux
seules qui nous restent sont également stupéfiantes, et nous replongent
inopinément en des régions féeriques et fabuleuses auxquelles nous
croyions avoir dit, une fois pour toutes, adieu. Si l’on n’adopte pas
l’hypothèse du foulard révélateur, il faut se ranger à celle des
spirites qui maintiennent que les désincarnés communiquent librement
avec nous. Il est certain qu’ils peuvent trouver dans cet exemple un
argument sérieux. Mais un fait unique ne suffit pas à étayer une
théorie, d’autant moins que celui-ci ne sera jamais entièrement à l’abri
de l’objection qu’on peut tirer d’un crime après tout possible et dont
on est impuissant à prouver matériellement l’inexistence. Il nous faut
donc, en attendant d’autres faits similaires et plus décisifs, s’il en
est d’imaginables, revenir à ceux qui sont pour ainsi dire des faits de
laboratoire que ceux-là seuls contestent qui ne veulent pas prendre la
peine de les constater; et ces faits-là, il n’y a, pour les interpréter,
que les deux hypothèses dont nous avions parlé avant cette diversion;
puisqu’ici nous n’avons généralement pas, comme dans la parole ou
l’écriture automatique, à envisager l’intervention des morts. Il est
rare en effet que les plus notoires psychomètres soient spirites et se
réclament des désincarnés. D’habitude, ils ne se soucient guère de la
source de leurs intuitions et semblent peu curieux d’en préciser le
mécanisme et l’origine. Or, il serait bien étonnant qu’agissant et
parlant au nom des trépassés, ils ignorassent aussi régulièrement
l’existence de ceux qui les inspireraient; et plus étonnant encore que
les morts que nous voyons en d’autres circonstances si jaloux de
revendiquer leur identité, ne cherchassent point ici, où l’occasion est
si propice, à s’affirmer, à se manifester et à se faire reconnaître.