II

Lorsque je parle de l’état présent du mystère, il va sans dire que je

n’entends pas du tout le mystère de la vie, de sa fin et de ses

origines; ni la grande énigme de l’Univers où nous sommes plongés. En ce

sens, tout est mystère, et, comme je l’ai dit ailleurs, il est probable

que tout le sera toujours; et que nous n’atteindrons jamais, sur aucun

point, les dernières limites de la connaissance et de la certitude. Il

s’agit ici de ce qui, dans ce mystère accepté, habituel, familier et

presque oublié, trouble brusquement la routine de notre ignorance

générale. En eux-mêmes, ces faits, qui nous semblent surnaturels, ne le

sont pas plus que les autres; peut-être sont-ils plus rares, ou, pour

mieux dire, moins fréquemment ou plus difficilement constatés. En tout

cas, leurs causes profondes, tout en n’étant probablement ni plus

lointaines, ni plus inaccessibles, paraissent se cacher dans un inconnu

moins souvent parcouru par notre science qui n’est au fond qu’une

expression rassurante et conciliante de notre ignorance. On peut

aujourd’hui, grâce aux travaux de la _Society for Psychical Research_,

et d’une foule d’autres chercheurs, aborder avec une certaine confiance

l’ensemble de ces phénomènes. On marche enfin, hors des légendes, des

contes à dormir debout, des commérages, des illusions et des

exagérations, sur un terrain étroit mais assez sûr. Ce n’est pas à dire

qu’il n’y ait d’autres phénomènes surnaturels que ceux recueillis par

cette société et quelques revues sérieuses qui suivent les mêmes

méthodes. Malgré leur diligence qui, depuis plus de trente ans, fouille

les coins obscurs de notre planète, il est inévitable que bien des

choses leur échappent; outre que la sévérité de leurs enquêtes rejette

les trois quarts de celles qu’on leur signale. Mais il est permis

d’affirmer que les vingt-huit volumes de ses _Proceedings_, les dix-sept

tomes de son _Journal_, en y joignant les vingt-cinq années des _Annales

des sciences psychiques_, pour ne citer que ce périodique entre tous

excellent, embrassent, pour l’instant, tout le champ de l’extraordinaire

et offrent quelques exemples de toutes les manifestations anormales de

l’inexplicable qui nous enveloppe. On peut dès maintenant les classer,

les diviser, les subdiviser en genres, espèces et variétés. C’est peu de

chose, si l’on veut, mais c’est ainsi que commencent les sciences et

qu’au surplus finissent beaucoup d’entre elles. Il y a donc assez de

faits acquis à peu près incontestables pour qu’il soit possible de les

interroger utilement, de reconnaître leurs tendances, d’entrevoir leur

caractère général et peut-être de remonter à leur source unique en

écartant peu à peu les broussailles et les ruines qui, depuis tant de

centaines ou de milliers d’années, la voilaient à nos yeux.

L'hôte inconnu · 第 13 / 114 题