La diplomatie de l'empire, tant qu'elle fut éclairée par le génie
pacifique de 1789 personnifié dans M. de Talleyrand, n'abandonna
jamais l'idée mère du duc de Choiseul, l'alliance autrichienne comme
pivot solide de l'équilibre continental.
M. de Talleyrand (on l'a vu), même après Austerlitz, Wagram et le
traité léonin de Presbourg, se hâta de saisir la première circonstance
décisive et la première lueur de haute raison dans Napoléon pour
renouer, par un lien indissoluble, le mariage de Napoléon avec
Marie-Louise, l'alliance entre les deux monarchies.
Sans le crime diplomatique de Bayonne et sans l'extravagance militaire
de Moscou, les deux monarchies réunies étaient à jamais arbitres du
continent pacifié; leur influence irrésistible excluait l'Angleterre,
dominait la Russie, régentait la Prusse, pacifiait l'Italie et
l'Espagne. C'étaient là les vues de M. de Talleyrand; c'était
l'intérêt de Napoléon, non plus conquérant, mais fondateur de
dynastie. Ces vues étaient si justes que l'Autriche se trouva
entraînée à nous suivre en Russie, même dans notre folie: à plus forte
raison nous eût-elle suivis dans notre raison et dans notre droit. Ce
fut encore cette alliance qui nous offrit obstinément à Dresde, après
nos catastrophes de Russie, une paix acceptable et glorieuse sous la
médiation autrichienne. M. de Metternich ne renonça à nous sauver que
quand nous voulûmes obstinément nous perdre: il ne quitta Dresde que
découragé par les injures personnelles de Napoléon.
Au congrès de Châtillon, et le Rhin franchi par sept cent mille
hommes, M. de Metternich tentait encore de négocier pour qu'on offrît
des conditions plus tolérables au vaincu de Leipsick (lisez les
correspondances diplomatiques entre Napoléon et ses plénipotentiaires
au congrès de Châtillon; elles sont écrites du champ de bataille;
elles varient de la nuit au jour, selon la défaite ou la victoire).
L'Autriche ne désespère de Napoléon que quand il s'abandonne lui-même
au hasard, qui livre sa capitale aux alliés et sa dynastie à
l'abdication.