Or, pour assurer aux sociétés politiques la paix, et pour établir,
autant que possible, l'équilibre, garantie de la paix, quels sont les
moyens?
Il y en a deux: premièrement, la force nationale, qui donne aux États
les conditions _défensives_ de leur nationalité par les armes; car
nous ne sommes pas de ces béats de la paix universelle qui croient
supprimer la guerre entre les peuples, comme si l'on pouvait supprimer
jamais l'injustice, la cupidité, l'ambition, l'oppression, l'égoïsme,
les passions, qui forment malheureusement la moitié de la nature des
individus ou des peuples! Ne pouvant pas les supprimer, il faut les
contenir; il faut se préserver soi-même, les armes de l'indépendance à
la main, contre les armes de la conquête, de l'ambition, de
l'oppression des contempteurs du monde.
Les armées sont les remparts vivants des peuples: offensives, elles
sont de vils instruments de tyrannie; défensives, elles sont le droit
armé des nations. Nous ne connaissons rien de plus beau dans
l'organisation sociale qu'une armée donnant son sang pour la patrie.
L'armée, ainsi comprise, c'est la paix sous les armes. Gloire aux
armées!
Le second moyen de paix, c'est le système des alliances adopté par un
État avec d'autres États pour se garantir mutuellement et se secourir,
en réunissant leurs forces contre l'omnipotence, l'usurpation,
l'oppression des autres États; une assurance réciproque contre les
périls communs. C'est ainsi que l'Europe, vaincue, attaquée, opprimée
depuis Madrid jusqu'à Moscou par Napoléon, de 1806 à 1813, finit par
s'allier tout entière contre la France, instrument de gloire dans la
main d'un César français, par trouver son salut dans cette alliance de
tous contre un, et par dicter deux fois la paix dans la capitale de la
guerre.