On a inventé plus tard le principe de l'ambition toujours légitime des
cabinets, pourvu que cette ambition _per fas aut nefas_ eût pour objet
et pour résultat l'agrandissement de la puissance, ou dynastique ou
nationale, des États; le principe de l'accroissement illimité et
toujours légitime des peuples ou des rois, faux principe qui ne se
résume que dans ce qu'on a appelé la monarchie universelle, principe
qui a été porté à son apogée par les Grecs sous Alexandre le Grand,
par les Romains sous les consuls et les Césars, par les Barbares sous
Charlemagne, par les Arabes sous Mahomet, par les Espagnols et les
Germains sous Charles-Quint et sous Napoléon, principe qui a été
chaque fois démenti par le soulèvement du genre humain contre ces
ambitions du monde, qui, non contentes d'aspirer à le fondre dans
l'unité de la servitude, aspiraient encore à assujettir d'autres
planètes pour que l'infini de leur orgueil remplît l'infini de
l'espace! La Providence a soufflé pour toujours sur ce principe de
l'accroissement indéfini des peuples, et il n'en est resté qu'un peu
de noms et beaucoup de cendres. L'unité de l'univers dans la servitude
est le rêve de l'homme; la diversité dans l'indépendance est la loi de
Dieu.