Il n'y eut que trois tentatives folles, coupables et insignifiantes de
propagande armée contre les gouvernements voisins par des bandes
furtives et désavouées du gouvernement français, une incursion d'une
poignée de Parisiens en Belgique, une incursion d'une poignée
d'Alsaciens sur le territoire de Bade, une incursion d'une poignée de
Savoyards et d'ouvriers lyonnais à Chambéry.
L'incursion en Belgique fut avortée aussitôt que conçue, par
l'entente loyale entre les deux gouvernements.
L'invasion de Chambéry fut réprimée par le commissaire de la
république à Lyon, le jeune Arago, qui se hâta de m'informer de cette
violation de territoire.
J'offris moi-même au gouvernement sarde de prêter les soldats de la
France au gouverneur de Chambéry, si ses carabiniers ne suffisaient
pas pour expulser les envahisseurs.
L'invasion dans l'État de Bade fut dissoute immédiatement par les
agents de la république envoyés par moi dans les États de Bade.
Aucun de ces gouvernements étrangers n'eut à accuser la république de
ces fuites de gaz démagogique échappées de France par les fissures de
notre territoire en ébullition.
Notre système diplomatique d'inviolabilité des peuples et des trônes
en fut confirmé au lieu d'en être altéré; au lieu de demander une
réparation, le cabinet républicain n'eut à recevoir que des
remercîments. Il en fut de même à Londres, où la grande manifestation
radicale des trois cent mille _chartistes_, qui était venue nous
demander le concours de deux ou trois cent mille ouvriers français, ne
reçut de nous que le refus le plus sévère de prêter un seul Français à
des excitations de guerre civile contre un gouvernement avec lequel
nous étions en paix.
Il en fut de même à Dublin, quand les fauteurs de l'insurrection
irlandaise vinrent, par l'organe de leur chef, me sommer publiquement
à l'hôtel de ville, à la tête d'un rassemblement populaire, d'appuyer
l'insurrection de l'Irlande contre l'Angleterre. Ma réponse, publique
aussi, fut la réprobation la plus éclatante de toute intervention de
la république française dans les insurrections intestines d'une partie
de la Grande-Bretagne contre la mère-patrie.
L'Angleterre devrait s'en souvenir aujourd'hui, où elle intervient à
haute voix à Naples et ailleurs par les incitations de ses ministres
dans leurs harangues, et par la présence de ses volontaires devant
Gaëte, contre des princes avec lesquels elle est en paix; intervention
insurrectionnelle qui est le droit public de la guerre civile et le
droit des gens de l'insurrection.
La guerre est déplorable sans doute; mais elle est respectable quand
elle est purement nationale, c'est-à-dire quand elle est le
soulèvement spontané et quelquefois héroïque des opprimés contre les
oppresseurs. La guerre civile, au contraire, portée, formulée,
encouragée par un gouvernement étranger contre des gouvernements avec
lesquels ce gouvernement étranger n'est pas en guerre, cette guerre
civile-là n'a pas eu de nom jusqu'ici dans la langue de la diplomatie,
dans le vocabulaire du droit public; elle en aurait un désormais, elle
s'appellerait _la guerre britannique_. Malheur aux ministres qui
trempent leurs noms, jusque-là honorables, dans le sang de cette
diplomatie de l'insurrection par fantaisie, et de la guerre civile par
volontaires!