Il arriva ceci: c'est que tous les cabinets européens sans exception,
les plus hostiles à la France, et surtout à la France sous la
dénomination de république, eurent la bouche fermée et la main
désarmée par cette déclaration d'inviolabilité de tous les
territoires, de tous les gouvernements et de tous les traités, même
les plus onéreux pour la France; c'est qu'aucun gouvernement,
monarchique, représentatif ou républicain, n'eut le prétexte d'appeler
ses peuples aux armes contre une république qui respectait chez les
autres les inviolabilités inoffensives qu'elle revendiquait pour elle;
c'est que les peuples, au lieu de s'indigner et de se lever contre une
France conquérante ou menaçante de leurs foyers, conçurent une
partialité bienveillante pour une France respectueuse envers tous les
territoires et envers toutes les formes d'institutions nationales des
autres contrées; c'est que cette loyauté équitable de la France
popularisa à l'instant le nom de la nouvelle république dans toute
l'Europe, et prédisposa, sans aucune immixtion propagandiste du
cabinet républicain, tous les peuples voisins à se donner des
institutions représentatives modelées de plus ou moins près sur la
France; c'est que Berlin, Vienne, Turin, Milan, Naples, Rome,
Florence, Londres même et Dublin s'émurent d'une sympathie spontanée
pour la France; c'est que, bien loin de pouvoir penser à former des
coalitions nationales contre nous, les princes et les gouvernements
eurent assez à faire pour se préserver eux-mêmes du contre-coup de
notre sagesse; c'est qu'enfin, après trois mois seulement d'une telle
diplomatie pratiquée religieusement dans le cabinet français, la
France n'avait qu'à choisir entre tous les systèmes d'alliances qu'il
lui conviendrait d'adopter. Je pus dire à la tribune, sans être
contredit par personne en Europe, le jour où la France, debout dans sa
représentation souveraine, eut à nous demander compte de sa
diplomatie: «Nous nous présentons à vous avec la paix conservée et
avec les mains pleines d'alliances; vous choisirez!»