Il en fut de même, enfin, pour la Pologne, quand, à la tête d'une
émeute de trente mille vociférateurs recrutés dans les rues de Paris,
les Polonais voulurent nous imposer la folie d'une déclaration de
guerre au continent tout entier pour la cause malheureusement trois
fois jugée de la Pologne. Je leur répondis que la France ne se
laisserait jamais dicter sa politique par des étrangers, et que
c'était aux Polonais de ressusciter la Pologne. Ils s'en vengèrent
quelques jours après en venant, dans un tumulte nocturne, me menacer
dans mon foyer d'une émeute irrésistible pour me contraindre à leur
obéir: ils tinrent parole. Le 15 mai suivant, l'émeute, aux cris de:
_Vive la Pologne!_ vint envahir une assemblée souveraine française, et
donner à Paris le spectacle des anarchies de Varsovie. Paris tout
entier se leva pour réprimer cet outrage à sa représentation, et pour
désavouer cette diplomatie en haillons qui jetait des cris sans les
comprendre. Il ne fut pas donné à une diplomatie d'émigrés de dicter
des lois à la nation française.
Cette diplomatie provisoire ne démentit pas, dans la tempête, la
diplomatie de la France dans les temps réguliers; elle n'eut que le
mérite des gouvernements de transition, elle ne compromit rien de
l'avenir. L'esprit de M. de Talleyrand, de Mirabeau, de l'Assemblée
constituante, l'esprit qui a pour objet la conquête des idées, au lieu
de la conquête des territoires, était resté dans le cabinet des
Tuileries.