XII

«Il y a un autre parti à prendre par le cabinet de la république:

c'est de déclarer la paix à toutes les puissances qui ne se

déclareront pas en guerre avec elle; c'est de respecter les limites,

l'existence, la forme, quelle qu'elle soit, de tous les gouvernements

adoptés par tous les peuples; c'est de déclarer la république

française compatible avec toutes ces formes de gouvernement, dont

elle n'a pas le droit de discuter la convenance avec d'autres idées,

d'autres moeurs, d'autres intérêts, d'autres nationalités; c'est de la

déclarer héritière de tous les traités de limites établis, même contre

elle, à d'autres époques, et de promettre au monde qu'elle ne

revendiquera des rectifications éventuelles à cette géographie des

puissances que de concert commun avec tous les autres peuples, lorsque

des événements imprévus viendraient à motiver, en congrès général, le

remaniement européen, en ajoutant que, ce qu'elle accepte pour la

France, elle l'exige naturellement pour les autres, et qu'elle prendra

fait et cause, si cela lui convient, pour toute nation qu'une

puissance étrangère voudrait contraindre ou opprimer dans son libre

développement d'institutions.»

Ce fut cette diplomatie, UNANIMEMENT adoptée par le gouvernement de

1848, qui jeta sur les matières incendiaires de l'Europe la poignée de

cendre qui rassura et pacifia la France et l'Europe.

Le peuple, il faut le reconnaître, fut aussi éclairé que le

gouvernement; les partis même, et les plus exaltés, applaudirent à

cette répudiation de la guerre pour la guerre; l'esprit de liberté

étouffa l'esprit de conquête. Ce fut le jour de la plus haute sagesse

de la France depuis 1789: ce jour prouva que l'expérience profite

aussi même aux révolutions.

Je n'eus que l'honneur d'avoir pris, avec _tous_ mes collègues,

l'initiative d'une pensée juste qui était dans la raison publique. Et

qu'arriva-t-il?

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 149 / 171 题