«Il y a un autre parti à prendre par le cabinet de la république:
c'est de déclarer la paix à toutes les puissances qui ne se
déclareront pas en guerre avec elle; c'est de respecter les limites,
l'existence, la forme, quelle qu'elle soit, de tous les gouvernements
adoptés par tous les peuples; c'est de déclarer la république
française compatible avec toutes ces formes de gouvernement, dont
elle n'a pas le droit de discuter la convenance avec d'autres idées,
d'autres moeurs, d'autres intérêts, d'autres nationalités; c'est de la
déclarer héritière de tous les traités de limites établis, même contre
elle, à d'autres époques, et de promettre au monde qu'elle ne
revendiquera des rectifications éventuelles à cette géographie des
puissances que de concert commun avec tous les autres peuples, lorsque
des événements imprévus viendraient à motiver, en congrès général, le
remaniement européen, en ajoutant que, ce qu'elle accepte pour la
France, elle l'exige naturellement pour les autres, et qu'elle prendra
fait et cause, si cela lui convient, pour toute nation qu'une
puissance étrangère voudrait contraindre ou opprimer dans son libre
développement d'institutions.»
Ce fut cette diplomatie, UNANIMEMENT adoptée par le gouvernement de
1848, qui jeta sur les matières incendiaires de l'Europe la poignée de
cendre qui rassura et pacifia la France et l'Europe.
Le peuple, il faut le reconnaître, fut aussi éclairé que le
gouvernement; les partis même, et les plus exaltés, applaudirent à
cette répudiation de la guerre pour la guerre; l'esprit de liberté
étouffa l'esprit de conquête. Ce fut le jour de la plus haute sagesse
de la France depuis 1789: ce jour prouva que l'expérience profite
aussi même aux révolutions.
Je n'eus que l'honneur d'avoir pris, avec _tous_ mes collègues,
l'initiative d'une pensée juste qui était dans la raison publique. Et
qu'arriva-t-il?