«Mais qu'arrivera-t-il aussitôt après cette première ébullition de
l'esprit militaire tombée?
«Il arrivera que les peuples, les vrais peuples, ceux qui ont
l'orgueil de leur indépendance, la vertu de leur patriotisme, le zèle
sacré de leur famille, de leur propriété, de leur gouvernement,
monarchie ou république, commenceront à s'étonner, puis à s'alarmer,
puis à s'irriter de cette invasion de la France, et à se demander si
la liberté apportée à la pointe des baïonnettes ou des piques
étrangères est bien la liberté ou la servitude.
«Ce million d'apôtres armés vomis par la république française leur
paraîtront une insulte plus qu'un secours à leur patrie; le
patriotisme éternel se révoltera contre la propagande révolutionnaire;
ils se rangeront autour de leurs gouvernements, un moment abandonnés,
pour défendre le pays, le foyer, l'honneur national, en ajournant une
liberté conquérante, flétrissante; les armées refréneront les
populaces, elles s'entre-choqueront bientôt avec les envahisseurs
français; victoire ici, défaite là, mêlée partout; coalition certaine
des peuples et des rois contre ce débordement des baïonnettes
françaises; refoulement inévitable de la France sur toute la ligne.
«Et qu'arrivera-t-il à l'intérieur? Enivrement si on est vainqueur, et
proclamation du premier général populaire et victorieux comme
dictateur de la république, c'est-à-dire recommencement d'un Napoléon
de génie ou sans génie, et destruction de la liberté dans son propre
foyer. Si, au contraire, on est vaincu, démoralisation générale,
mesures de terreur pour arracher l'or et le sang dévorés par la guerre
universelle, résistance du peuple à livrer son or et ses enfants,
accusations de trahison, spoliations, emprisonnements, échafauds, fin
de la terreur par l'horreur du monde, ajournement à un autre siècle de
la liberté. Voilà, en quelques mots, le résultat logique de cette
diplomatie de la démence!