Ce n'était plus un guerrier qu'il fallait à la France, puisqu'elle
n'avait plus d'armes à lui fournir: c'était un politique.
M. de Talleyrand se montra, et tout convergea vers lui: son
intervention fut le salut de son pays. On l'a nié, comme l'esprit de
parti nie tout, même le patriotisme. La moindre équité et le moindre
bon sens lui rendront la justice qui lui est due par l'histoire. Sa
diplomatie couvrit la patrie, qu'une épée napoléonienne ne pouvait
plus couvrir, puisque cette épée, brisée à Moscou, à Dresde, à
Leipsick, sur le Rhin, n'était plus qu'un glorieux tronçon qui avait
laissé violer jusqu'à sa capitale. Que pouvait faire M. de Talleyrand
contre le monde et contre le sort?
Il n'avait point trahi Napoléon, quoiqu'il désespérât de lui depuis la
guerre d'Espagne, depuis la campagne de Russie, depuis le refus de la
médiation de l'Autriche dans la campagne obstinée de Leipsick; la
preuve qu'il ne le trahissait pas, c'est qu'il avait fortement
insisté, dans le dernier conseil du gouvernement où il fut appelé par
les frères de Napoléon, pour que l'impératrice Marie-Louise et le roi
de Rome ne sortissent pas de Paris, malgré les avis contraires. Cette
fille de l'Autriche, sur le trône de France, défiant son père de la
détrôner, et s'offrant comme un gage de paix entre Napoléon et
l'Europe, lui paraissait un dernier expédient de négociation qu'il
fallait garder pour le jour suprême. Les frères de Napoléon et
Napoléon lui-même ayant voulu enlever Marie-Louise à la capitale et en
disposer seuls comme d'un gage personnel de transaction, M. de
Talleyrand, dépourvu de tout prétexte de négociation avec l'Europe,
n'eut plus qu'à se prononcer entre un homme et la patrie.