XLI

Ce n'était plus un guerrier qu'il fallait à la France, puisqu'elle

n'avait plus d'armes à lui fournir: c'était un politique.

M. de Talleyrand se montra, et tout convergea vers lui: son

intervention fut le salut de son pays. On l'a nié, comme l'esprit de

parti nie tout, même le patriotisme. La moindre équité et le moindre

bon sens lui rendront la justice qui lui est due par l'histoire. Sa

diplomatie couvrit la patrie, qu'une épée napoléonienne ne pouvait

plus couvrir, puisque cette épée, brisée à Moscou, à Dresde, à

Leipsick, sur le Rhin, n'était plus qu'un glorieux tronçon qui avait

laissé violer jusqu'à sa capitale. Que pouvait faire M. de Talleyrand

contre le monde et contre le sort?

Il n'avait point trahi Napoléon, quoiqu'il désespérât de lui depuis la

guerre d'Espagne, depuis la campagne de Russie, depuis le refus de la

médiation de l'Autriche dans la campagne obstinée de Leipsick; la

preuve qu'il ne le trahissait pas, c'est qu'il avait fortement

insisté, dans le dernier conseil du gouvernement où il fut appelé par

les frères de Napoléon, pour que l'impératrice Marie-Louise et le roi

de Rome ne sortissent pas de Paris, malgré les avis contraires. Cette

fille de l'Autriche, sur le trône de France, défiant son père de la

détrôner, et s'offrant comme un gage de paix entre Napoléon et

l'Europe, lui paraissait un dernier expédient de négociation qu'il

fallait garder pour le jour suprême. Les frères de Napoléon et

Napoléon lui-même ayant voulu enlever Marie-Louise à la capitale et en

disposer seuls comme d'un gage personnel de transaction, M. de

Talleyrand, dépourvu de tout prétexte de négociation avec l'Europe,

n'eut plus qu'à se prononcer entre un homme et la patrie.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 127 / 171 题