Des ministres inhabiles, ou trop compromis dans sa cause, n'avaient
ni les vues supérieures, ni l'autorité européenne, ni le caractère
indépendant nécessaires pour imposer à leur maître et à l'Europe. La
diplomatie de Maret n'était que la foi d'un sectaire; la diplomatie de
Caulincourt n'était que l'horreur de voir remonter les Bourbons sur le
trône de France: l'un défiait toujours au nom de son maître à demi
vaincu; l'autre concédait tout, pourvu que le trône impérial restât
debout sur les ruines de la France. On ne comprend pas que M. Thiers
ait donné à ce favori de Napoléon la qualification de grand citoyen,
de profond négociateur, d'homme d'État. C'est abuser des plus grands
mots de la langue politique; c'est décréditer l'estime et la
reconnaissance des peuples que de décerner de pareils titres à des
instruments, qui n'ont eu d'autre diplomatie que l'excès de confiance
dans la bonne fortune, et l'excès d'abnégation dans la mauvaise. Le
silence est plus juste que l'éloge quand il s'agit d'hommes qu'on ne
peut louer et qu'on ne veut pas accuser. M. Maret, en diplomatie, ne
fut qu'un secrétaire de cabinet; M. de Caulincourt ne fut qu'un
parlementaire entre deux camps. Napoléon les employait, mais ne les
consultait pas. Quand Napoléon voulait penser, et non brutaliser
l'Europe, il appelait encore de temps en temps Talleyrand, le seul
homme qui portât dans sa tête une tradition, un système, un avenir.